F I E
pliquant communément anx temps éloignésles idées générales de leur fiecle ; source ter-reurs intarislâbles. Ceux qui ont remontéplus haut ont bâti des systèmes fur leurs pré-jugés. Peu de gens ont su porter leur espritsans prévention aux vraies sources des loixféodales ; de ces loix qu on vit paroître ino-pinément en Europe, fans qu’elles tinssentà celles qu’on avoir jusqu alors connues ; deces loix qui ont fait des biens & des maux infi-nis; de ces loix enfin qui ont produit la régléavec une inclination à l’anarchie, & l’anar-chie avec une tendance à la réglé. M. deMontesquieu tenant le bout du fil est entrédans ce labyrinthe , l’a tout vu , en a peintle commencement, les routes, & les dé-tours, dans un tableau lumineux dont je viensde donner l’eíquisl'e, en empruntant perpé-tuellement ion crayon, je ne dis pas soncolorís.
Ceux qui seront curieux de comparer sonexcellent ouvrage avec d'autres fur la mêmematière, peuvent lire, par exemple, de Hau-teserre, Origines feudorum pro moribus Gal-liae , liber smgularis ; il se trouve à la fin deses trois livres de ducibus & cemitibus provin-cialibus Galliee , Toulouse, i643 ,//z- 4°. LeFevre de Chantereau, dc l’origine des fiefs ;Loyseau , Boutilîier, Pasquier ; quelques-uns de nos historiens ; Cambden , dans íàBritannia-, Spelman, 8 í Saint-Arnaud,dansson Essai fur le pouvoir législatif de l } An-gleterre. (M. le chevalier DE JAUCOURT.)
Fief , (Jurifprud.) en latin feudum , &quelquefois anciennement feodum , est unimmeuble ou droit réel qui est tenu 8 cmouvant d’un seigneur , à la charge delui faire la foi ôc hommage , quand il ya mutation & changement de personne ,soit de la part du seigneur dont relevele fief, soit de la part du valsai, qui est leposte stenr du fief.
Il est aussi ordinairement dû des droits enargent au seigneur, pour certaines mutations;mais il n’y a que la foi Ut hommage qui soitde l'elsence du fief: c’est ce qui le distinguedes autres biens.
Les auteurs sont fort partagés fur l'éty-mologie du mot fief : les uns le font venirde faedus , à cause de l’alliance qui se saitentre le seigneur & le vassal ; d'autres, com-me Cujas, le font venir d efides, ou du motgaulois/é ou fié, qui signifie foi, parce queTome XI V.
FIE z 29
la foi est ce qui constitue l'essence du fief-,d’autres, du mot saxon feh , gages. Bodinprétend que le mot latin fitdus est formédes lettres initiales de ces mots , fide/is erodomino vero meo , qui étoit une ancienneformule de la foi & hommage : Hottmandle fait venir du mot allemand qui signifieguerre : Pontanus le tire du mot danois feid,service militaire : d’autres, du mot hongroisfoeld , terre : d’autres , de fòden , nourrir 3mais l’opinion de Selden , qui paraît la plussuivie, est que ce mot fief tire son étymo-logie de l’ancien saxon feod, qui signifiejouissance ou possession de la solde ; parce qu'eneffet les fiefs , dans leur origine, ont étédonnés pour récompense du service militaire,8 c à la charge de faire ce service gratuite-ment : de maniéré que le fief tenoit lieude solde. De feod on a fait en latin feo-dum , & par corruption feudum aussi lestermes de féodal 8 c de féodalité son t-ils plususités dans nos coutumes,que celui de feudal.
Tous les héritages ôc droits réels réputésimmeubles, sont tenus en fief, ou en censive,ou en franc-aleu.
Les fiefs sont opposés aux rotures, qui sontles biens tenus en censive ; ils sont aussi dis-férens des franc-aïeux, qui ne relevent d’au-cun seigneur.
Dans le doute, une terre est présumée ro-ture , s’il n’appert du contraire.
La qualité de fief doit être prouvée patdes actes de foi & hommage, par des aveux& dénombremens, par des partages, ou paxdesjugemens contradictoires, 8 c autres actesauthentiques.
Un seul dénombrement ne sossit paspour la preuve du fief, à moins qu’il ne soitsoutenu d’autres adminicuîes : la preuve partémoins n’est point admise en cette matière.
On peut tenir en fief toutes sortes d’im-meubles , tels que les maisons & autres bâ-timens , cours , bastè-cours, jardins, & au-tres dépendances , les terres labourables ,prés , vignes, bois, étangs, rivières, &c.
M. le Laboureur, fur les Masures de l'Ifle-Barbe , p. 1 8 1 , dit , à l’occasion d’un titrede l’an 1341 , que l’érection d’un fief ne sopouvoit faire qu’il n’y eût 10 liv. de rente;ce qui fuffifoit alors pour ^entretien d’ungentilhomme.
On peut aussi tenir en fief toutes fortes