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Tome quatorzième.
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dire qu’il ne prouvoit rien, parce qu’on eûtpassé pour nier le dogme; par-là le sensfiguré acquit bientôt une autorité consi-dérable , &c on ne craignit pas de Rapporteren preuves d’opinions nouvelles. En voiciun exemple frappant, & que tout le mondeconnoît : c'est l’usage qu’on a voulu faire del'allégorie des deux glaives pour attribuerà l'église une autorité fur les souverains,même dans le temporel; & il est à re-marquer que cette méthode d'expliquerlecriture &c l’autorité des allégories appor-tées en preuves des dogmes, étoit tellementétablie dans le xj e siecle, que les défenseursde l’empereur Henri IV contre Grégoire VIIne s’avisoient pas de dire que cette figurene prouvoit rien.

Cet abus étoit monté au comble au tempsdont nous parlons, & nous n’en sommespas encore tout-à-fait corrigés; Vives auxvj e siecle s’en plaignoit amèrement : quoma gis miror , dit-il fur le ch. iij du livreXVII de civitate Dei, Jlultitìam , ne dicaman imprudentiam , an utrumque eorum , quiex al/egoriis prœcepta Sr leges vites , dogmatareligionis , vincula quibus ligemur teneamur-que, colligant atque innodant , & ea pro cer-tistimis in vulgum efferunt , ac hcereticum cla-mant fi quis dijsentiat.

Mais même en supposant que le sens figurésoit employé par les théologiens en preuved’un dogme bien établi d’ailleurs, c’est tou-jours un inconvénient considérable qued’employír une ausiì mauvaise raison, &on doit bannir absolument de la théologie,l’usage de ces sortes duplications. Cepen-dant les anciens théologiens ( & les moder-nes ne font pas tout-à-fait exempts de cereproche ) ont tombés fréquemment dansce défaut. Il s’en présente à moi un exem-ple tiré de S, Thomas. Pour prouver queles simples ne font point tenus d’avoir unefoi explicite de toutes les vérités de la reli-gion , il s’appuie fur le pastage de Job. i.JBoves arabant & afinx pafiebantur juxta eos ;quia fcilicct minores , dit-il, qui fignificanturper sfinss debent in credendis adhxrere majo-ribus, qui per bovcs fignificantur. Voilà unemauvaise preuve & une étrange explication.Il est vrai que saint Grégoire a donné le'même sens à ce texte ( lib. II, Moral. ) :mais on volt aster la différence qu’il y a

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entre l’emploi d’une semblable explicationdans un traité de morale, & celui queS. Thomas en fait dans un traité de théo-logie.

Cet abus est si grand, que je ne fais pointde doute que si Dieu n’eut veillé fur sonéglise , cette prodigieuse quantité d’explica-tions détournées, de sens allégoriques, &c.ne fût entrée dans le corps de la doctrinechrétienne, comme la cabale des juifs dansleur, théologie ; mais la providence avoitplacé dans l’église une barrière à ces excès,l’autorité de l’église elle-même, qui feuleayant le droit suprême d’interpréter les livressaints, anéantit & laisse oubliées les glosesdes docteurs particuliers, qui ne rendentpoint le vrai sens des écritures, pendantquelle adopte celles qui font conlormes àla doctrine qu’elle a reçue de J. C.

Le second inconvénient de cette méthodeest que les incrédules en ont pris occasionde dire que ces explications précaires ontautant corrompu lecriture parmi les chré-tiens, en en faisant perdre l'intelligence,qu’auroit pu le faire l’altération du textememe. La liberté d’expliquer ainfi récriture ,dit M. Fleury, a été poujsée à un tel excès ,qu’elle ta enfin rendue méprisable aux gensd’esprit mal instruits de la religion ; Us l’ontregardée comme un livre inintelligible qui nefignifioit rien par lui-même , Ù qui étoit lejouet des interprétés. C’est par-là, disent lesSociniens, que nous en avons perdu le vraisens fur les dogmes ímportansde la Trinité,de la satisfaction de Jeíùs-Christ, du péchéoriginel, &c. de forte que nous ne pouvonsplus y rien entendre, préoccupés que noustommes de sens figurés qu’une longue habi-tude nous fait regarder comme propres,quoique nous ayons perdu le sens simple&c naturel que les écrivains sacrés avoiencen vue. Il est facile de répondre à cela ,que la doctrine catholique n’est point fon-dée fur ces explications arbitraires & figuréesde certains passages, mais fur leur sens pro-pre & naturel, comme le prouvent les théo-logiens en établissant chaque dogme en par-ticulier; que quelle que soit l’anciennetéde ces explications figurées , nous pouvonsaujourd’hui dansl’exameu des dogmes, exa-miner & saisir le sens propre ôc naturel despassages fur lesquels nous les établissons,