Band 
Tome quatorzième.
Seite
453
JPEG-Download
 

F I G

dire le grec t? l’hébreu , ct de connaître Vhis-toire & le s moeurs de cette antiquité fi reculée,C’étoit plutôt fait de donner des sens mystérieuxa ce que l’on n’entendoit pas ; Sc c n effet, fil'on y prend gârde, S. Augustin, S. GrégoireSc la plus grande partie des peres qui onttravaillé fur l'écriture de cette façon, n’en-tendoient ni le grec ni l'hébreu. Au lieu queS. Jérôme qui connoistoit les sources, nes’attache qu'au sens littéral.

Pour montrer que cette ignorance deslangues originales a souvent influé dans lamaniéré dont les peres ont expliqué Récri-ture , je citerai un exemple tiré encore deS. Augustin.

Au livre XIII de la cité de Dieu , chap.xij, il explique ainfi la menace faite parDieu au ch. ij de la Genèse : In quoeumquedie comederis ex eo , morte morieris : mortemoriemini , dit-il, non tantùm animœ mortispartem priorem ubi anima privatur Deo , nectantùm pofieriorem ubi corpus privatur animâ ,nec solùm ipsam totam primam ubi anima Ùa Deo & ù corpore separata punitur , sed quid-quii mortis est usque ad novisfimam quae se-cundo dicitur , & quâ est nulla posterior com-minatio illa amplexa est.

On volt bien que dans toute cette expli-cation S. Augustin se fonde sur l’énergie &l'emphase qu’il prête à l'expreíïìon mortemoriem ni ; Sc c'est l'ignorance de la languehébraïque qui le fait tomber dans cette erreur,selon la remarque du savant le Clerc, quime fournit cct exemple, Artis crìt, pag. r t ,fret. prima , ch. iv. En hébreu on joint astersouvent l'infinitif au verbe, comme un nom,sans que ce redoublement donne aucuneénergie à la phrase. Par exemple, au versetprécédent on lit dans l'hébreu & dans lesseptante, comedendo comedes , mis Ample-ment pour comedes ; le même tour à peu présa lieu dans la dialecte attique. On trouvedans Homere concìonem concionarì; les Latinsmême disent vivere vitam , &c. Lc toutes cesexpressions n'ont point l'emphase que S. Au-gustin a vue ici.

Sixième cause. L'opînion de l’infpirationrigoureuse de tous les mots , de toutes lessyllabes de Récriture & de tous les faits, c'est-à-dire de ceux-là mêmes dont les écrivainssacrés avoient été les témoins , Sc qu'ils pou-voient raconter d'après eux-mêmes.. Cardans 1

F I G 455

cette òprnion on a regardé chaque mot deRécriture, comme renfermant des mystèrescachés, Sc les circonstances les plus minu-tieuses des faits les plus simples, commedestinées par Dieu à nous fournir des con-noistances très-relevées. Ce principe a étéadopté par la plupart des peres.

Je le trouve très bien développé par lejésuite Kirker, au liv. II de son ouvrage dearcâ Noë. C'est au chap. viij , qu’il intitulede myjîico-allegorico-tropologicâ arcœ expofi-tione : il dit que puisque Dieu pouvoit d'unseul mot sauver du déluge Nue, sesensans& les animaux , fans tout cet appareil d’ar-che, de provisions, ùc. il est probable qu’iln’a fait construire ce grand bâtiment, &qu’il n'en a fait faire à Rhistorien sacré unedescription si exacte, que pour nous éleverà la contemplation des choses invisibles parle moyen de ces choses visibles, Sc quecette arche cache Sc renferme de grandsmystères. Les bois durs Sc qui ne se cor-rompent point, font les gens vertueux quifont dans Réglise ; ces bois font polis, pourmarquer la douceur & Rhumilité : les boisquartes, font les docteurs; les trois étages del'arche font les trois états qu’on voit dans Ré-glise , le séculier, Recclésiastique & le monasti-que. Il met les moines au troisième étage,mais il n’astìgne point aux deux autres ordresleurs places respectives, &c.

Voilà , je crois, les principales causes quiont introduit les explications figurées. Jevais tâcher à présent de faire sentir les incon-véniens qu’a entraînés cette méthode d’in-terpréter Récriture.

Premier inconvénient . Quoique les expli-cations figurées puissent le plus souvent êtrerejetées, par cela seul qu'elles ne font pas,fondées, elles ne font pas bien dangereusestant qu'elles ne consistent qu’à chercheravec trop de subtilité dans les sens figurésde Récriture, les dogmes établis d ailleursfur des passages pris dans leur sens propreSc naturel. Mais le mal est qu’on ne s’estpas toujours renfermé dans des bornes légi-times , Sc qu’on s’est efforcé d’ériger des sensfigurés en dogmes. Ce nouvel usage, commeon voit, pouvoit s’iritroduire aster facile-ment ; en effet, lorsqu’on se servoit du sensfiguré pour établir un dogme déja reçu, onn’ayoit garde de nier le feus figuré, ou de