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gine des hiéroplyphes, de peindre les figuresauxquelles la coutume avoir donné cours.Le langage figuré est proprement celui desprophètes, 8c leur style n est pour ainsi direqu’un hiéroglyphe parlant. Enfin les progrès& les changemens du langage ont suivi lesort de f écriture; & les premiers efforts dûsà la nécessité de communiquer ses penséesdans la conversation, sont venus par la fuitedes siécles, de même que les premiers hié-roglyphes, à se changer en mystères, 8c fina-lement à s'élever jusqu à fart de l’éloquence8c de la persuasion.
On comprend maintenant que les expres-sions figurées étant naturelles à des gens sim-ples , ignorait s 8c grossiers dans leurs con-ceptions , ont dû faire fortune dans leurslangues pauvres 8e stériles : voilà pourquoicelles des Orientaux abondent en pléonasmes8c en métaphores. Ces deux figures consti-tuent f élégance 8c la beauté de leurs dis-cours , Sc l’art de leurs orateurs Sc de leurspoètes consiste à y exceller.
Le pléonasme se doit visiblement auxbornes étroites d’un langage simple : l’hé-breu , par exemple , où cette figure se trouvefréquemment, est la moins abondante detoutes les langues orientales; de-là vient quela langue hébraïque exprime des choses diffé-rentes par le même mot, ou une même chosepar plusieurs synonymes. Lorsque les ex-pressions ne répondent pas entièrement auxidées de celui qui parle , comme il arrivesouvent en se servant d’une langue qui estpauvre , il cherche nécessairement à s’expli-quer en répétant fa pensée en d’autres ter-mes, à peu près comme celui dont le corpsest gêné dans un endroit, cherche continuel-lement une place qui le satisfasse.
La métaphore paroît due évidemment àla grossièreté de la conception , de mêmeque le pléonasme tire son origine du manquede mots. Les premiers hommes étant sim-ples , grossiers 8c plongés dans les sens, nepouvoient exprimer leur conception desidées abstraites, 8c les opérations réfléchiesde l’entendement , qu’à l'aide des imagessensibles, qui, au moyen de cette applica-tion , devenoient métaphores.
Telle est f origine des figures ; Sc la choseest si vraie, que quiconque voudra faire at-tention au peuple dans son langage, il leTome XIV.
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verra presque toujours porté à parler figuré -ment. Ces expressions, une maison trijle , unecampagne riante , le froid dé un discours, le feudes yeux , font dans la bouche de ceux quicourent le moins après les métaphores, 8cqui ne savent pas même ce que c est qu unemétaphore.
Nous parlons naturellement un langagefiguré , lorsque nous sommes animés d’uneviolente passion. Quand il est de notre in-térêt de persuader aux autres ce que nouspensons, &c de faire fur eux une impression
f iareille à celle dont nous sommes frappés ,a nature nous dicte 8c nous inspire son lan-gage : alors toutes les figures de fart oratoire,que les rhéteurs ont revêtu de tant de nomspompeux, ne sont que des façons de parlertrès-communes, que nous prodiguons fansaucune connoissance de la rhétorique ;ainsi le langage figuré n est que le langage dela simple nature, appliqué aux circonstancesoù nous le devons parler.
Dans le trouble d’une passion violente, ils’éleve en nous un nuage qui nous fait paroî-tre les objets, non tels qu'ils sont en effet,mais tels que nous les voulons voir ; c’est àdire ou plus grands &c plus admirables, ouplus petits 8c plus méprisables, suivant quenous sommes emportés par f amour ou parla haine. Quand f amour nous anime , toutest merveilleux à nos yeux ; 8c tout devienthorreur quand la haine nous transporte.Nous voulons intéresser à notre cause tousles êtres éloignés, présens, ab sens, sensiblesou inanimés ; 8c comme nos connoiflàncesont enrichi nos langues , nous appelions cesêtres en grand nombre, nous leur parlons,8c nous les comparons ensemble, par f habi-tude où nous sommes de juger de tout parcomparaison. A cesmouvemens divers, quise succèdent rapidement 8c sans ordre , ré-pond un discours plein de ces tours qu’onnomme hyperboles , similitudes , prosopopées ,hyperbates , c’est-à-dire plein de toutes lesfigures , soit de mots , soit de pensées. Cclangage nous est utile, parce qu’il est propreà persuader les autres ; il est propre à les per-suader , parce qu’il leur plaît ; il leur plaît,parce qu’il les échauffe 8c les remue , en neleur présentant que des peintures vivantes,8c leur donnant le plaisir de juger de la vé-rité des images : ainsi c’est dans* la natureM m m