Band 
Tome quatorzième.
Seite
666
JPEG-Download
 

*66 F L U

F L U

L’aír déios semble signifier un air craintif& timide.

Outre les airs de flûte que nous venonsde donner , Olympe phrygien d’origine ,composa sur cet instrument , à l’honneurd’Apollon , l’air appelé polycéphale ou à plu-sieurs têtes. Pindare en fait Pallas l’inven-trice pour imiter les gémiffemens des sœursde Méduse , après que P c r fée lui eut coupéla tête. Comme les serpens qui couvroientla tête de Méduse étoient,censés siffler furdifFérens tons , la flûte imitoit cette variétéde íifflemens.

Les auteurs parlent austì de Pair pharma-tios , c’est-à-dire du char. Hésychius prétendque cet air prit ce nom de son jeu , qui luifaisoit imiter la rapidité ou le son aigu dumouvement des roues d’un char.

L’air orthien est célébré dans Homere ,dans Aristophane , dans Hérodote , dansPlutarque , & autres. La modulation enéroit élevée , & le rythme plein de vivacité,ce qui le rendoit d’un grand usage dans laguerre , pour encourager les troupes. C’estfur ce haut ton que crie la discorde dansHomere , pour exciter les Grecs au combat.C’étoit, comme nous le dirons bien-tôt,en jouant ce même air fur la flûte , que Ti-mothée le thébain faisoit courir Alexandreaux armes. C’étoit, au rapport d’Hérodote,le nome orthien que chantoit Arion fur lapoupe du vaisseau , d’où il se précipita dansla mer.

Enfin l’on met au nombre des principauxairs de flûte le cradias , c’est-à-dire , P air dufiguier , qu’on jouoit pendant la marche desvictimes expiatoires dans les thargélies d’A-thenes ; il y avoir dans ces fêtes deux vic-times expiatoires qu’on frappoit pendant lamarche avec des branches de figuier sauva-ge. Ainsi le nom de cradias est tiré de xpAbranche defiguier.

Comme il n’étoit plus permis de rien chan-ger dans le jeu des airs de flûte , soit pourl’harmonie , soit pour la cadence, que lesmusiciens avoient grand soin de conserver àchacun de ces airs , le ton qui lui étoit pro-pre ; de-là vient qu’on appeloit leurs chantsnomes , c’est à-dire , loi , modelé , parce qu’ilsavoient tous difFérens tons qui leur étoientaff ctés , & qui fer voient de réglés inva-riables, dont on ne devoir point s’écarter.

On eut d’autant plus de soin de s’y con-former , qu’on ne manqua pas d’attribuer àl’excellence de quelques-uns de ces airs, deseffets íurprenans pour animer ou calmer lespassions des hommes. L’histoire nous enfournit quelques exemples , dont nous dis-cuterons la valeur.

Pythagore, selon le témoignage deBoece,voyant un jeune étranger échauffé des va-peurs du vin, transporté de colere, Sc fur lepoint de mettre le feu à la maison de sa maî-trefle, à cause d’un rival préféré , animé deplus par le son d’une flûte , dont on jouoitsor le mode phrygien ; Pythagore, dis - je ,rendit à ce jeune homme la tranquillité Scson bon sens, en ordonnant seulement aumusicien de changer de mode, & dc jouergravement, suivant la cadence marquée parle pie appelé spondée, comme qui diroit au-jourd’hui sur la mesure uont l’on composedans nos opéra les symphonies connues sousle nom de sommeils , si propres à tranquil-liser Sc à endormir.

Galien raconte une histoire presque toutepareille, à l’honneur d’un musicien de Milet,.nommé Damon. Ce sont de jeunes gens ivres,qu’une joueuse de flûte a rendus furieux , enjouant lur le mode phrygien , & qu’elle ra-doucit , par l’avis de ce Damon , en passantdu mode phrygien au mode dorien.

Nous apprenons de Dion Chrysostôme,que Timothée jouant un jour de la flûte de-vant Alexandre - le- Grand fur le mode or-thien , ce prince courut aux armes aussi tôt.Plutarque dit presque la même choso dujoueur de flûte Antigénide, qui, dans un re-lias, agita de telle maniéré ce même prince,que s’ctant levé de table comme un forcené, ilse jetta sur ses armes , & mêlant leur cli-quetis au son de la flûte , peu s’en fallut qu’ilne chargeât les convives.

Voilà ce que l’histoire nous a conservé deplus mémorable en faveur de la flûte des an-ciens : mais fans vouloir ternir fa gloire,comme ce n’est que fur des gens agités parles fumées du vin , que roulent presque tousles exemples qu’on allégué de ses effets, ilslemblcnt par-là déroger beaucoup au mer-veilleux qu’on vouiroit y trouver. Il ne fautaujourd’hui que le son aigu Sc la cadenceanimée d’un mauvais hautbois , soutenu,d’un tambour de basque, pour achever da: