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gens dans le monde , dont les folies fontvraiment physiques , & beaucoup dans lesmaisons de force qui n’ont que des foliesmorales. N’est-ce pas , par exemple , unefolie physique que celle du malade ima-ginaire ?
Tout excès est folie , même dans leschoses louables. T amitié , le désintéresse-ment , l’amour de la gloire , font des fen-timens louables , mais la raison doit ymettre des bornes ; c'est une folie que d’ysacrifier lans nécessité fa réputation, fafortune , Sc son bonheur.
Quelquefois néanmoins cet excès est ver-tu 5 quand il part d un principe de devoirgénéralement reconnu. C est qu alors Pex-cès n'est pas réel ; car si le principe est telqu il ne soit pas permis de s’en écarter ,il ne peut plus y avoir d'excès. En retour-nant à Carthage , Régulus fut un hommevertueux, il ne fut pas un fou.
Quelquefois aussi on regarde commevertu un excès réel , quand il tient à unmotif louable : c’est qu'alors on ne faitattention qu'au motif, Sc au petit nombrede gens capables de si beaux excès.
Souvent l'excès est relatif soit à l’âge ,soit à f état , soit à la fortune. Ce qui estfolie dans un vieillard ne l’est pas dans unjeune homme ; ce qui est folie dans unétat médiocre Sc avec une fortune bornée,ne Test pas dans un rang élevé ou avecune grande fortune.
Il y a des choses où la raison ne se trouveque dans un juste milieu, les deux extrê-mes font également folie ; il y a de la folieà tout condamner comme à tout approu-ver ; c’est un fou que le diísipateur quidonne tout à ses fantaisies, comme I’avarequi refuse tout à ses besoins ; Sc le syba-rite plongé dans les voluptés n'est pas plussensé que ^hypocondriaque, dont lameest fermée à tout sentiment de plaisir ; ilríy a de vrais biens lur la terre que lasanté , la liberté , la modération des dé-sirs , la bonne conscience. C'cst donc unefolie du premier ordre que de sacrifier vo-lontairement de si grands biens.
Parmi nos folies il y en a de tristes ,comme la mélancolie ; d'impétueuses ,comme la colere & l’humeur ; de doulou-reuses , comme la vengeance, qui a tou-
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jours devant les yeux un outrage imagi-naire ou réel, Sc Penvie , pour qui tousles succès d'autrui font un tourment.
U y a des fous gais ; tels font en généralles jeunes gens : tout les intéresse , parceque tout leur est inconnu ; tous leurs feti-timens font excessifs, parce que leur ameest toute neuve ; un rien les met au déses-poir , mais un rien les transporte de joie ;ils manquent souvent de 1 aisance Sc de laliberté , mais ils possedent un bien préféra-ble à ceux-là , ils font gais. Folie aimable,Sc qu'on peut appeler heureuse , puisqueles plaisirs l’emportent fur les peines -, foliequi pasiè trop vite , qu'on regrette dansun âge plus avancé , Sc dont rien ne dé-dommage.
Il est des folies satisfaisantes , fans êtregaies j telle est celle de beaucoup de gensà talens , fur-tout à petits talens. Ils atta-chent damant plus d'importance à leurart , que dans la réalité il en a moins. Maiscette folie flate leur amour-propre ; elle aencore pour eux un autre avantage ; ilsauroient peut-être été médiocres dans leurétat, elle les y rend supérieurs, elle a mêmequelquefois reculé les limites de l'art.
Il est enfin des salies auxquelles 011 íè-roit tenté de porter envie. De cette especeest celle d'un petit bourgeois, qui, parson travail Sc par son économie , s’étantacquis une aisance au-dessus de son état,en a conçu pour lui-même la plus sincerevénération. Ce sentiment éclate en lui dansson air , dans ses manières, dans ses dis-cours. Au milieu de ses amis il aime àfaire le dénombrement de ce qu il poflède.Il leur raconte cent fois , mais avec unesatisfaction toujours nouvelle , les détailsles moins inréreflàns de fa vie & de fafortune. Dans l’intérieur de fa maison ilne parle que par sentences ; il se regardecomme un oracle, & est regardé commetel par sa femme, par íes enfans , & parles gens qui le servent. Cet homme-là as-surément est fou , car ni sa petite fortune ,ni le petit mérite qui la lui a procurée ,ne sont dignes de i'admiration Sc du res-pect qu’ils lui inspirent ; mais cette f liene fait tort à personne , elie amuse lephilosophe qui en est spectateur ; Sc poui