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Tome XV.
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Ge pere a été spectateur d’un phénomèneassez rare, c’est de voir dan? un tems très-calme de la poussière & d’autres corps lé-gers emportés dans l’air, & méme allerquelquefois contre le vent : ce qu’il ne peutattribuer qu’à la matière électrique qui s’é-Iance de la terre dans ces endroits-là , quien font fans doute surchargés , pour s’éleverdans les hautes régions de l’athmofphere ,& qui entraîne avec elle tous les corps lé-gers qui peuvent lui servir de conducteur ,comme il a démontré qu’elle le pouvoit.Voyez ses Lettres , page zoz.

Mais le P. Beccaria n’est pas le seul phy-sicien qui ait joui de la vue d’un tel spec-tacle ; M. Wilcke dit savoir vu quelquesfois , parmi lesquelles il y en eut une quise distingua singulièrement des autres, parla maniéré distincte avec laquelle les phé-nomènes fe préfenterent à lui & fe succé-dèrent ; le détail qu’il en donne est aíïèzcurieux pour nous engager à en donner icile précis. D’ailleurs , ce ne fera qu’en ras-semblant ain si de bonnes observations tellesque celles-ci, & en les comparant entreelles, que l’on parviendra à la connoistàncede la formation de ce météore.

Ce physicien étant monté au haut defa maison , qui étoit assez élevée pour qu’ilput de là découvrir la campagne & un ho-rizon a fiez étendu , vit avec beaucoup desurprise , dans un après-midi du mois dejuillet de l’année 1758, à quelque distancede la ville & dans la ville même , un nuageépais de poussière s’élever de terre dansl’air, lequel augmenta au point de lui ca-cher la campagne & même les maisons àquelques cents pas de lui ; & tout cela fepaíïòit fans qu’il y eût l’apparence de vent.Cette poussière fuivoit cette direction dansson mouvement, qui d’ailleurs étoit fortlent ; elle montoit dans l’air en tirant in-sensiblement vers l’est. Toutes ces circons-tances lui sirent d’abord soupçonner quel’électricité caufoit tous ces effets, & bien-tôt après il put vérifier ses soupçons. IIvit un nuage épais Lt fort noir, qui venoità lui depuis l’est , qui, par son attraction ,fàisoit monter la poussière. Dès qu’il futà quelque distance du zénith , son appareilfut un peu électrisé positivement. Cette élec-tricité augmentas devint crès-forte, lors.

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que le nuage parvint au-dessus de I’appjcreil, & elle diminua à mesure qu’elle s’enéloigna , en allant directement du côté del’ouest. La poussiers paroissoit suivre lenuage ; au moins l’air sîéclaircit autour delui, ensorte qu’il put voir distinctement lafin de cette scene. Le nuage de poussièreparoissoit se resserrer davantage, en allantvers la nuée , jusqu’à ce qu’enfin il formaune espece de colonne très-dense, qui avoirla figure d’un cône , & qui alla se réunir àla nuée. Tandis que ces choses se passoientainsi dans ce lieu-Ià , il s’élevoit vers Testun autre nuage fort grand , & qui tenoità plusieurs autres qui le suivoient, & quitous ensemble marchoient avec plus de vi-tesse que le précédent. Lorsque ce grandnuage fut arrivé au-dessus de l’appareil,il l’électrisa négativement. II s’approchatoujours plus du précédent, jusqu’à cequ’enfin ils parurent se confondre. Maisà l’instant oà cette réunion commença, ilse fit un violent éclat de tonnerre, & l’éclairparut venir de la terre au travers de la co-lonne de poussière & du nuage positif, &s’étendre , autant qu’il put le remarquer,fur tout le nuage négatif : dans le mêmemoment l’appareil ne donna plus aucunsigne d’électricité. On doit conclure de toutcela, que l’électricité du nuage positif,- quis’étoit communiquée au nuage négatif,n’ayant pas suffi pour remplacer tout cequ’il devoit avoir de matière électrique, .que ce nuage, dis-je, est devenu lui-mêmenégatif; ensorte qu’il a tiré de la terre parla colonne de poussière ( que son athrnos-phere positive avoit d’abord attirée)la quan-tité de matière électrique qu’il falloir pourremettre ces nuages dans leur état naturel,

& éteindre ainsi leur électricité négative.Par où l’on voit que non - seulement lesnuages frappent la terre , mais qu’ils en fontfrappés à leur tour , & qu’ils fe frappent ré-ciproquement. On peut encore juger par-la , combien l’électricité des nuées influefur l’élévation des vapeurs.

Mais pour revenir au P. Beccaria,lephénomène de l’élévation de la poussièrelui paroît présenter une image & une dé-monstration parfaite de la maniéré dontles vapeurs de l’athmosphere sont élevees,pour sonner des nuages orageux. La matière