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Tome XV.
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2 7° FOU

Les pelletiers-fòurreurs teignent à froidle poil de toutes sortes d’animaux ; c’estle secret des fourreurs, & c’est ce qu’ilsappellent lujlrer les peaux. Ce lustre, ouplutôt cette teinture, fe donne avec del’eau chargée, pour les peaux dont le poilest noir, ou tirant fur le noir, d’une com-position dont le fond n’est autre chose quede la noix de galle pilée & mêlée dans del’eau où l’on a fait fondre de la couperoseverte.

Pour lustrer une peau , on l’étend furune table le poil en-deffiis ; & après en avoirtrempé dans la composition une brosse faitede foies de porc ou de sanglier, on la passesur la peau jusqu’à ce que les poils ensoient bien unis. On la frotte ainsi aveccette composition , jusqu’à ce que le lustreparoistè également étendu par-tout ; on lafait égoutter un moment, & on l’étendensuite au soleil, dont l’ardeur échauffele lustre , l’attache , & rend la peau noire& luisante. Lorsque la pointe des poils abien pris le lustre, on donne le fond ;opération qui consiste à faire tremper lespeaux à froid pendant deux jours dans lamême composition qui a servi pour donnerle lustre , & à les y fouler avec les pieds ,de dix-huit heures en dix-huit heures. Celafait, on les tord & on les secoue fortementpour faire revenir le poil ; & afin qu’ellesfechent plus facilement, on les étend furune corde à Pair. On ne les quitte pointpendant ce tems, on s’occupe à en manierle cuir pour l'empêcher de durcir ; toujourssecouant la peau , la corrompant avec lesmains, & restituant le. poil à fa place.Quand les peaux font seches, on leur donneune nouvelle couche de lustre; & aprèsles avoir fait sécher , on prend un peu desain-doux , on les frotte légèrement sur lecuir ; ensuite on les triballe ; après quoion les dégraisse encore de la maniéré sui-vante.

On a du sable bien menu, qu’on faitchausser au point d’y pouvoir tenir la main ;on le met tout chaud dans un tonneau avecles peaux, & on les y laistè pendant unedemi-heure ; ensuite on les tire du sable,on les applique les unes contre les autres,poil contre poil, & on les garde en cetétat ; mais on ne sauroit être trop atten-

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tif à ce qu’elles ne fastènt aucun pli dansle poil car comme les peaux travaillentencore fur elles-mêmes, ce pli resteroit.

11 y a plusieurs autres maniérés de lus-trer les peaux ; mais le détail en seroit troplong.

On est parvenu, par exemple, au moyende certaines drogues, à tigrer les peauxde chien, les lapins blancs ; à donner à deslapins gris une façon de genette ; à imiter lapanthère ; enfin à moucheter toutes fortesde peaux.

On distingue deux fortes de fourrures :celles que nous donnent les pays chauds,font fort inférieures à celles des pays froids ;ce qui fait nommer les premieres , pelle-teries communes. Les pelleteries les plusbelles & les plus précieuses, telles que lamarte, le renard noir, l’hermine , le petit-gris, le castor, &c. nous viennent de Suede,de Danemarck, de Moscovie, de Laponie,de Sibérie, & des régions septentrionalesde l’Arnérique ; mais la Sibérie est le ma-gasin des belles fourrures. Les criminelsqu’on exile de Moscovie, font obligés d’yaller à la chaste : on les nourrit ; mais cequ’ils prennent est pour le profit de fa ma-jesté czarienne.

La marte , dont on fait un si grand usagedans les fourrures , nous vient de la Biscaye,de la Prustè ,du Canada, & de bien d’autresendroits ; mais la plus estimée est la fibé-rine , la même que nous appelions gibeline ;la plus noire est la plus chere. Mais onfait des fripponneries fous le cercle po-laire , comme dans la zone tempérée.

Les Sibériens & les Russes ont trouvéla maniéré de teindre la marte rousiè, &de la rendre auífi noire que celle qui estnaturellement du plus beau noir. Le jusde citron est ce qu’on a trouvé de mieuxpour manger la couleur & pour mettrecette fraude en évidence.

Les fourrures de marte zibeline les plusrecherchées, font celles qui ne font faitesque des pointes de la queue de cet animal.Pour relever la blancheur éblouistànte del’hermine, les fourreurs font dans l’usagede la taveler de mouchetures noires, en yattachant de distance en distance de petitsmorceaux de peaux d’agneaux de I.ombar-die, dont la laine est d’un noir très-vif.