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Tome dix-neuvième.
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Mais ce qui nous intéresse extrêmement,comme philosophes & comme littérateurs,c’est que de toutes les divinités du paganis-me , il n’y en a point eu dont le culte aitété plus grand , plus solemnel, &pîus géné-ral. La peinture des vengeances de Junon ,dont les théâtres retentissoient fans cesse ,inspira tant de craintes , d’allarmes & derespect , qu’on n’oubha rien pour obtenir saprotection , ou pour appaister une déesse liíòrmidable , quand on crut savoir offensée.

Les honneurs religieux de tous genresqu’on lui rendit en Europe , passerent enAfrique , en Asie , en Syrie & en Egypte.On ne trouvoit par-tout que temples , au-tels , & chapelles dédiées à Junon ; maiselle étoit tellement vénérée à Argos , à Sa-mos, à Stymphale, à Olympie, â Carthage& en Italie , qu’il est nécessaire de nous ar-rêter beaucoup au tableau qu’en fait 1 his-toire , concurremment avec les poètes.

Les Argiens prétendoient que les troisfilles du fleuve Astérion , avoient nourri lasœur & sépouse de Jupiter. L’une de cestrois filles s’appelloit Eubee \ son nom futdonnée à la montagne fur laquelleparoissoitde loin le temple de Junon , dont Eupole-me avoir été l’architecte. Son fondateurétoit Phoronée fils d’Inachus , contempo-rain d’Abraham , ou peu s’en faut.

En entrant dans le temple , dit Paufa-pias, on voit aslìfe fur un trône la statue deJa déesse , d’une grandeur extraordinaire ,toute d’or & d'ivoire. Elle a fur la tête unecouronne que terminent les grâces & lesheures ; elles tient une grenade d’une main,& de l’antre un sceptre , au bout duquel estun coucou.

Les regards des spectateurs fe portoientensuite fur la représentation en marbre deI’histoire de Piton & Cléobis , deux frétésrecommandables par leur piété envers leurmere , & qui méritoient les honneurs hé-roïques. On conservoit dans ce même tem-ple le plus ancien simulacre de Junon , quiétoit de poirier sauvage.

Le vestibule du temple offroit à la vue■les statues de toutes les prêtresses de ladéesse , prêtresses fi respectées dans Argos,que l'on y comptoit les années par celles deleur sacerdoce. Ces prêtresses avoient leípin de couvrir saute! de b divinité d’une

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certaine herbe qui venoit fur les bords def Astérion ; seau dont elles fe servoientpour les sacrifices , & les mystères secrets,fe prenoit dans la fontaine Eleuthérie , & iln'étoit pas permis d’en puiser ailleurs : lesscholiastes de Pir.dare nous instruisent desjeux que les Argiens faifoient en I’honneurde Junon.

Les Samíens fe vantoient que la reine desdieux avoir pris naissance dans leur île ;qu’elle y avoit été élevée .- que même fesnoces avec Jupiter avoient été célébréesdans le temple qui lui étoit consacré, & quia fait tant de bruit dans le monde. Voici cequ’en dit M. de Tournefort, après son sé-jour fur les lieux.

Environ à 500 pas de la mer , & presque.1 pareille distance de la rivière Imbrafus ,/ers le cap de Cora , font les ruines du fa-meux temple de Junon , la protectrice detiamos. Les plus habiles papas de file con-ìoissent encore cet endroit fous le nom deemple de Junon. Menodote Samien , citédans Athénée , comme sauteur d’un livrequi traite de toutes les curiosités deSamos,assure que ce temple étoit le fruit des talensJe Caricus & des nymphes ; car les Cariensont été les premiers possesseurs de cetteIle.

Paufanias dit qu’on attribuoit cet ouvra-ge aux Argonautes qui avoient apportéd’Argos à Samos une statue de la déesse , &que les Samiens foutenoient que Junonétoit née fur les bords du fleuve Imbrafus ,

( d’où lui vint lé nom à'imbrajta ) , & fousun de ces arbres que nous appelions agnuscajìus : on montra long-temps par vénéra-tion ce pié S agnus cajìus , dans le templede Junon.

Paufanias prouve aussi l’antiquité de cetemple , par celle de la statue de la déesse ,qui étoit de la main de Smilis , sculpteurd’Egine , contemporain de. Dédale Athé-née , fur la foi du même Menodote , dontnous venons de parler , n’oublie pas un fa-meux miracle arrivé lorsque les Athéniensvoulurent enlever la statue de Junon ilsne purent jamais faire voile , qu âpres sa-voir remise à terre , prodige qui rendit fileplus célébré & plus fréquentée.

Le temple dont il s’agit ici fut brûlé parles Perses, & on en regardoit encore les