222 J U N
cette déesse avoit inventé la maniéré des’habiîîer & de se coëfFer. ,
Tristan , dans ses observations lur Calh-maque, a donné le type d une medaiLedes Samiens , représentant Junon ayant lagorge passablement découverte. Elle estvêtue d 1 une robe qui descend sur ses piés ,avec une ceinture assez serrée ; & le replique la robe fait sur elle-même , forme uneespece de tablier. Le voile prend du hautde la tête, & tombe jusqu’au bas de la robe,comme faisoient les écharpes que nos damesportoient au commencement de ce siecle.
Le revers d’une médaille qui est dans lecabinet du roi de France , & que M. Span-heim a gravée , représente ce voile tout dé-ployé , qui fait deux angles fur les mains , unangle fur la tête , & un autre angle fur lestalons.
Sur une des médailles du même cabinet,cette déesse est coëssée d’un bonnet assezpointu , terminé par un croissant. On voitfur d’autres médailles de M. Spanheim , uneespece de panier qui sert de coëssure à Ju-non , vêtue du reste à peu-prês comme nosreligieux bénédictins.La coëssure des femmesTurques approche fort de celle de Junon ,& les fait paroître de belle taille. Cettedéesse avoit fans doute inventé ces orne-mens de tête avantageux, & que les fon-tànges ont depuis mal imités.
Junon nuptiale, gamélienne, ou pré-sidente aux noces , portait une couronnede souchet & de ces fleurs que nous appel-ions immortelles. On en couvrait une petitecorbeille fort légere , que l'on arrêtait furie haut de fa tête : c’est peut-être de-là quefont venues les couronnes que l’on metencore dans. le levant fur la tête des nou-velles épouses ; & la mode n’en est pas en-tièrement pastee parmi nous , quand onmarie les jeunes filles.
II y a des médailles de Maximin , au re-vers desquelles est le temple de Samos ,avec une Junon en habit de noces, assezsemblable a ceux dont on vient de parler ,& ayant à ses piés deux paons , oiseaux qui,comme l'on sait, lui étoient consacrés , &qu’on élevoit autour du temple de cettedresse.
Quelquefois Pépervier & Poison accom-pagnent ses statues ; le dictamne, le pavot
J U N
& la grenade étoient les plantes ordinairesque les Grecs lui offroient, & dont ils or-noient ses autels ; enfin , la victime qu’onlui immoloit communément , étoit l’a-gneau femelle ; Virgile nous le dit :
Junoni maclans leclas de more bidentes.
U est temps de finir cet article de Junon;mais quelque long qu’ilsoit, je n’ai pris quela fleur de l’histoire de cette déesse , fur sonculte , ses temples , ses autels , ses attributs,ses statues & ses médailles. M. Bayle toucheencore un autre sujet dans son dictionnaite ;c’est la considération de l’état des malheursdu cœur qui tirannifoient sans cesse cette di-vinité , selon le système populaire de lathéologie payenne. Les poètes, les théâtres,les statues , les tableaux , les monumens destemples offroient mille preuves des amertu-mes de son ame, en peignant aux yeux detout le monde son humeur altiere , impé-rieuse , jalouse , toujours occupée de ven-geances & ne goûtant jamais une pleinesatisfaction de ses succès. Le titre pompeuxde reine du ciel, la séance sur le trône del’univers , le sceptre à la main , le diadèmefur la tête, tout cela ne pouvoir adoucirses peines & ses tourmens. L’immortalitêmême y mettoit le sceau ; car l’espérancede voir finir un jour ses chagrins par la mort,est une consolation que nous avons ici-bas.(D. J. )
JUNONALES ou JUNONIES, f. tpi. ( Antiq . rom.) en latin Junonnalia Jfête romaine en Phonneur de Junon , doncOvide ne parle point dans ses fastes, & quiest cependant décrite fort particulièrementpar Tite-Live , Décade 3 , hv. VII.
Cette fête fut instituée à P occasion decertains prodiges qui parurent en Italie ; cequi fit que les pontifes ordonnèrent quevingt-fept jeunes filles ; divisées en troisbandes , iroient par la ville en chantantun cantique composé par le poète Livius jmais il arriva que comme elles Papprenoientpar cœur , dans le temple de Jupiter Sta-tor , la foudre tomba fur celui de Junon-reine , au mont Aventin,
A la nouvelle de cet événement, les de-vins ayant été consultés , répondirent , quece dernier prodige regardoit les dames Ro-maines , qui dévoient appaiser la sœur de