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Tome dix-neuvième.
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JUR

au nom desqnelles. on juroit plus spéciale-ment en certains lieux qu’en d’autres. Ainsià Athènes on juroit le plus souvent par Mi-nerve qui étoit la déesse tutélaire de cetteville ; à Lacédémone , par Castor &.Pollux;en Sicile , par Proserpine , parce que ce futen ce lieu que Pluton l’enleva ; & dans cettemême île , le long du fleuve Simettre , onjuroit par les dieux Palices. Voye\ P ALI-CES. , A

Les particuliers avoienteux-mémes certainsse rmens dont ils usoient davantage selon ladifférence de leur état, de leurs engagemens& de leurs goûts. Les vestales juroient vo-lontiers par la déesse Vesta , les femmes ma-riées par Junon, les laboureurs par Cérès,les vendangeurs par Bacchus , les chasseurspar Diane , &c.

Non-seulement l’on juroit par les dieux '& les demi-dieux , mais encore par tout cequi relevoit de leur empire , par leurs tem-ples , par les marques de leur dignité , parles armes qui leur étoient particulières. Ju-vénal, qui comme Séneque, ne fait pas tou-jours s’arrêter où il le faut, nous présenteune longue liste des armes des dieux par les-quels les jureurs de profession tâchoient dedonner du poids à leurs paroles. Un hommede ce caractère , dit—il, brave dans ses jure-remens les rayons du soleil, les foudres deJupiter , P épée de Mars , les traits d’Apol-lon, les fléchés de Diane, le trident deNep-tune , Parc d’Hercule, la lance de Minerve,& finalement , ajoute ce poète dans sonstyle emphatique, tout ce qu’il y a d’armesdans les arsenaux du ciel.

Quidquid habent ttlorum armameruariacœli.

Les poètes & les orateurs imaginèrent decertifier leurs affirmations, en jurant par lespersonnes qui l eU r étoient cheres , soitqu’elles fussent mortes ou vivantes : j’en jure' par mon pere & ma mere , dit Properce.

Ojsa tibi iuro per matris } & ojsa parentis.

Quintilien s’écrie au sujet de fa femme &d’un fils qu’il avoit perdu fort jeune :j’enjure par leurs mânes, les tristes divinités dema douleur , per illos manès , numina dç-

Tome XIX .

JUR -;z

loris mei : j’en atteste les dieux , & vousma soeur , dit tendrement Didon dans l’é«*neïde , tefior , cara , deos & tegermana.

Quelquefois les anciens juroient par unedes principales parties du corps , commepar la tête ou par la main droite : j’en jurepar ma tête , dit le jeune Asoagne , par la-quelle mon pere avoit coutume de jurer.

Per caput hoc juro , per quodpater antttJolebat.

Dans la célébré ambassade que les Troïensenvoyeur au roi Latinus, Illionée qui portela parole , emploie ce noble & grand fer-ment : j’en jure par les destins d’Enée , Lcpar fa droite austì fidele dans les traités ,que redoutable dans les combats.

Faclaper JE ne te juro , dextramque po-te nte m

Sipe jìde , feu quis bello efi expertus , Aarmis.

Aìneid. VIL v. 234.

On ne doit pas être surpris que les amanspréférassent à tout autre usage celui de ju-rer par les charmes , par les beaux yeux deleur maîtresse : c’étoient-là des fermensdictés naturellement par l'amour , attejioroccnlos y fydera nojlrct , cuos : je me sou-viens , dit Ovide , que cette ingrate mejuroit fidélité p.v ses yeux , par les miens ;& les miens eurent un préfentiment de laperfidie qu’elle me préparoit.

Perque fitos nuperjurasse recordor ,Perque meos oculos , & doluere mei .

Amor. lib. III. Eleg. 3.

. Mais on est indigné de voir les Romainsjurer par le geme , par le salut, par la for-tune , par la majesté , par l’éternité de l’em-pereur.

II semble que les dieux n’auroient jamaisdu employer d ejuremens ; cependant la fa-ble avouai leur donner une garantie étran-gère , pour justifier aux hommes la saintetéde la parole. Ainsi la m, thojogie déclare ,que îes divinités de l’Olympe juroent elles-memes par le Stix , ce fleuve que nous con-cevons sous Tidée d’un dieu , & que les

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