ART
Ornement d’une province de l’A-P^nnin , qui s’étoit révoltée , Stqn’infestoient des bandits 5 c descontrebandiers : il appaisa tout , &acquit dans la province un grandempire íur les esprits , Sc en parti-culier fur ces voleurs. Un jour legouverneur-pocte, plus rêveur quede coutume, étant sorti en robe-de-chambre d’une forteresse où il sai-sit í'a résidence, tomba entre leursWains. Un d’eux le reconnut, &avertit que c ’étoit le Signor Arioste.Au nom de l 'Arioste , de fauteur duPoème A’Orlando furiofo , tous cesbrigands tombèrent á ses pieds,& leconduisirent jusqu’á la forteresse,enJ oi disant : que la qualiré de poètekur faisoit-respecter , dans fa per-^onne , letitrede gouverneur. L’A-r j°stc, d’une santé délicate & foible,fut obligé souvent d’avoir recoursa l’art des médecins. U fitparoitrebeaucoup de fermeté , & de tran-quillité dans fa dernière maladie ;J 1 dit à ceux qui étoient présens :Q«e plusteurs de ses amis étaient dejaPartis , qu 1 il souhaitait de les revoir,d' que chaque moment le faisait-languirCant qu il ne seroit point parvenu à cehonkeur. Un mal de langueur le réu-nit a eux en 15 5 5 , à ['âge de 59ans. II laissa deux fils illégitimes,qu’il eut d'une maîtresse , appellée■Alcxandra. U l’auroit épousée , s’iln avoit été retenu pat la craindrefi* perdre ses bénéfices, Landigttc-Çend qu'il se maria, sur la fin de sesjours, avec une veuve florentinehe la maison de Bcnucci, dont il n’eutPoint d’enfans... Ce poète s’est faitnn nom : I. Par sept Satyres, qui fu-rent courues. II. Par cinq Comédies,«lans lesquelles il y a beaucoupfi art 5 c de comique. On les com-para dans leur naissance à celles dePlante Sc de Térence. Celle qui aPour titre , les Supposés , fut la plusapplaudie , 6c l’efí encore en Ita-ie ‘ f II, Par des Sonnets , des Madri-
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gaitx , des Ballades , des Chansons ,
6c par ce que les Italiens appellentCapitolì. IV. L’ouvrage qui l’a im-mortalisé , est son Poème de Ro-land le furieux . «Si l'on veut met-» tre sans préjugé (dit un très-bel-esprit) » 1 ’Odyffée A'Homère avec» le Roland de YAiiostc , dans la» balance, l’Italien l’emporte à tous» égards. Tous deux ayant le mê-„ me défaut, rintempéranec de l’i-,« magingtion 6c le romanesque in-,, croyable : VArioste a racheté cen défaut par des allégories si vraies,
„ par des satyres si fines , par une„ connoissancc si approfondie du» cœur humain , par les grâces du„ comique qui succèdent fans cesse,, à des traits terribles , enfin par,, des beautés si innombrables en„ tout genre , qu’il a trouvé le se-» cret de faire un monstre admira-» ble. » Ce grand talent de Y Ariosteest cette facilité de passer rour-à-tour du terrible au tendre, 6c duplaisant au sublime. II va & revientde ses descriptions effrayantes auxpeintures les plus voluptueuses,8cde ces peintures à la morale la plussage. Ce qu’il a de plus extraordi-naire , c’est d’intéreffer vivementpour ses héros 8c ses héroïnes,quoiqu’il y en ait un nombre pro-digieux dans son poème. On ytrouve presqu’autant d'événemenstouchant,que d’aventures grotes-ques. Son lecteur s’accoutume sibien á cette bigarrure , qu’il passede l'un à l’autre sans en être éton-né. Sa poésie est une peinture vive6c brillante de la nature, avec tousses charmes. On lui a reproché d’a-voir terni ces beautés parle défautd’art & de vraisemblance. Les poè-tes de son tems puisoient leurs fic-tions dans les livres de chevalerie 8cdans les romans : de-là ces épiso-des qui ne tiennent point au sujet,ces fables dont le merveilleux ré-volte, Qn.a dit de lui, qu’il par-
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