4^o E R A
vu’il avoit illustrée en y fixant sademeure, qu’à Roterdam, qui jouitde la gloire de lui avoir donné lejour. Ses compatriotes ( commer-sus Pavons déjà dit) lui ont faitélever une statue au milieu de lagrandeplace, avec des inscriptionshonorables. Les ennemis mêmesé’Erasme ont avoué qu’il méritoitcette statue. 11 fut le plus bel es-prit & le savant le plus universelde son siecle. C’est à lui principale-ment qu’on doit la renaissance desbelles - lettres, les premieres édi-tions de plusieurs Peresde l’Eglise,la saine critique. Jules Scaliger ,(. dit le Pere Bertiet , ) s’oubliabeaucoup en l’attaquant du côté dela littérature ; en lui reprochantd’être le corrupteur de lu pitre Lati~nité , le dcjlrudeur de VEloquence , lahonte des Etudes , & c. &c. 11 se re-pentit d’avoir traité si indignementun homme qui mérita bien de sonsiecle & des siécles suivants. Eneffet, Erasme ranima les illustresmorts de l’amiquité, & inspira legoût de leurs écrits. 11 avoir forméson style sur eux. Lé sien est pur,élégant , aisé ; & quoiqu’un peubigarré, il ne le cede en rien à celuides écrivains de son siecle, qui,par une pédanterie ridicule , affec-toient de n’employer aucun termequi ne fût de Cicéron. II est un despremiers qui aient traité les matiè-res théologiques d’une maniéré no-ble , & dégagée des vaines subtili-tés & des expressions barbares deTécole. Son mérite, l’indécisionqusil montra quelquefois fur cer-tains sujets dogmatiques, la libertéavec laauelle il reprenoit les vicesde son temps - ( l’ignorance, la su-perstition , le mépris de la bellelittérature, l'oistveïé de certainsmoines, la mollesse des riches ec-clésiastiques , ) lui firent une fouled’ennemis. La Sorbonne , poufféepar son syndic Noël Sida > homme
E R A
aussi ignorant que passionné, cen-sura une partie de ses Ou vragés, Scne craignit point de charger sonanathème des qualifications de fou,d 'impie , d 'ennemi de J. C., de laVierge & des Saints. Erasme essuyad’autres orages , qu’il ne supportapas avec trop de patience. Natu-rellement sensible a l’éloge & à tacritique , il traitoit ses adversairesavec dédain & avec aigreur ; maisce grand homme se réconcilioirtrès facilement avec les petits écri-vains, qui, après I’avoir attaqué ,revenoient k lui sincèrement. Nul-lement envieux de la gloire de»autres, il ne faisoit jamais le pre-mier acte d’hostilité. II eut toutefa vie une passion extrême pourl’etude ; il préféra ses livres à tout,aux dignités Sc aux richesses. Lors-que les princes lui faisoient offrirquelque place pour se l’attacher àeux , il répondoit que les Gens-de-Icttres êcoient comme les capìjserîes deFlandre à grands personnages , qui nefont leur effet que lorsqu'elles fontvuesde loin. II étoit ennemi du luxe,sobre', libre dans ses sentiments,fincere , ennemi de la flatterie ,bon ami & constant dans ses ami-tiés ; en un mot, il n’étoit pas moinsaimable homme, que grandhomme:car , si notre siecle croît devoir luirefuser ce dernier titre, il le méritepar rapport au siecle où il naquit.
Toutes ses (S-uvres furent recueil-lies à Bále par le célébré Frohen,son ami, en g vol. in-fol. Les deuxpremiers & le quatrième font con-sacrés uniquement aux ouvragesde grammaire , de rhétorique & dephilosophie. On y trouve l’hlogede la Folie Sc les Colloques, les deuxproductions d’Erasme les plus ré-pandues. La premíere est une (ety-re de tous les états de la vie, depuisle simple moine iusqu’au souverainpontife. Le but de l’auteur est deprouver que la folie étepd son eme