Band 
[Tome troisième. - Tome quatrième.]
Seite
521
JPEG-Download
 

G Ô Ü

mettre par le moyen des contraftes^ eft jdevenue une vicieufe uniformité, ibid.34V a, b. Si la partie de famé qui con-noît, aime la variété, celle qui font, nela cherche pas moins : tout nous tangueà la longue, & fur-tout les grands plai-firs. On remédie à la laflkude de famé ,en variant fes modifications. Des plaifirsde lu furprife. Cette difpofition de faméqui la porte toujours vers difîerens objets,tait qu’elle goûte tous les plaifirs qui vien-nent de la furprife. Quand une chofe nousfurprend, comme nouvelle ou inattendue,le fentiment principal fe lie à un fenri-ment accefi'oire, fondé fur ce que la chofeeft nouvelle ou inattendue. C’eût par-làque les jeux de hafard nous piquent, &que les jeux de fociété nous piaifent. C’eftencore par-là que les pièces de théâtrenous interefient & nous attachent. La fur-prife peut être produite par la chofe, oupar la maniéré de l’appercevoir. Exempletiré de Suétone, propre à éclaircir cettemaxime, ibid. 34 6. a, b. Des dherfes cau-fcs qui peuvent produire un fentiment. Unfentiment n’a pas ordinairement dans no-tre ame une caufe unique. Les écrivainsqui ont plu davantage, font ceux quiont excité dans famé plus de fenfarions■en même- tems. Multiplicité de caufes quinous font préférer un jardin bien arrangé,à une confufion d’arbres. Celles qui fontque le jeu plaît. Autre exemple tiré duplaifir que nous donne la danfe. De lafenfibüite'. Prefque toujours , les chofesnous piaifent & déplaifent à difîerenségards. Chaque chofe nous donne un fen-timent compofé de beaucoup d’autres,lefquels s’afFoiblifîènt & fe choquent quel-quefois. Souvent notre 'ame fe compofeelle-même des raifons de plaifir, & elley réuffit, fur-tout par les liaifons qu’ellexnet aux chofes. De la délicate fe. Lesgens délicats font ceux qui à chaque idéeou à chaque goût, joignent beaucoup d’i-dées ou beaucoup de goûts acceffoires.ibid- 347. a, b. Du je ne fais quoi. On en-tend par-là ce charme invifible qu’ily a quelquefois dans les perfonnes ou dansles chofes. Cet effet femble être prin-cipalement fondé fur la furprife. Pourquoiles femmes laides ont très - fouvent desTome III,

G OU o.m

grâces , & font de grandes pafhons, aulieu qu’il eit rare qu’on puifié en direde même des belles. Les grandes paru-res ont rarement de la grâce , & fou-vent l’habillement des bergeres en a. Lesgrâces fe trouvent plus ordinairementdans fefprit que dans le vifage. Les grâ-ces fe trouvent moins dans les traits duvifage que dans les maniérés. Une femmene peut guere être belle que d’une façon,mais elle eft jolie de cent mille. Pourquoiles grâces font plus particuliérement atta-chées aux femmes qu’aux hommes. Ce'quine feroit rien fans la pudeur, devient d’unprix infini depuis cette heureufe loi quifait le bonheur de l’univers. En quoi con-fiftent les grâces. Pourquoi les maniérés na-turelles font les moins aifées. Négligencequi plaît dans la parure & dans l’efprit.ibid. 348, a , b. Les grâces ne s’acquierentpoint : pour en avoir , il faut être naïf.Cette ceinture qui donnoit à Vénus l’artde plaire, ne pouvoir être donnée qu’àVénus. Progrejjîon de la furprife. Ce quifait les grandes beautés, c’eft lorfqu’unechofe eft telle, que la furprife eft d’abordmédiocre, qu’elle fe foutient, augmente& nous mens à l’admiration. Exemplestires de Raphaël fie de Virgile. L’exacteproportion de la fameufe églife de fainePierre fait éprouver anflï cette progrefïïonde furprife. Il arrive fouvent que notreame fent du plaifir, lorfqu’eîle a un fenri-ment qu’elle ne peut pas démêler eile-même& qu’elle voit une chofe absolu-ment différente de ce qu’elle doit être.Des beautés qui nfn lient dJt.n certain em-barras de l’ame. Souvent la furprife vient àl’ame de ce qu’elle ne peut pas concilierce quelle voit avec ce qu’elle a vu. Lescontraftes nous frappent, parce que leschofes en oppofition fe relevent toutes lesdeux. Ces fortes de furprifes font le plaificque l’on trouve dans toutes les beautésd’oppofition, ibid. 349. a, b. dans toutesantithefes & figures pareilles : exemple tiréde Fîorus. Différence entre les antithefesd’idées & les antithefes d’expreffion. Cer-tains contraftes excitent notre rire ; il eneft qu’on peut regarder comme les grandsinftrumens de la laideur ; & alors ils ex-citent , ou notre pitié, ou notre averfiou»

V v v