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[Tome cinquième. - Tome sixième.]
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riches ne peuvent être ni fort honnêtesgens, ni réellement heureux; & fi l’onexamine attentivement l’effet naturel desrichefles, on verra qu’elles doivent fou-vent rendre l’homme injufte , ibid. 205. a,b. étouffer en lui ces mouvemens de com-paffion qu’infpire naturellement la vue desmalheureux, corrompre fon cœur , & ledépouiller tellement de tout ce qui rendpropre à la recherche de la vérité & àl’étude de la vertu , qu’il lui eft impoflï-ble d’allier jamais des chofes aufli incom-patibles par leur nature. Il y a lieu de croi-re qu’Anaxagore fit à-peu - près ces réfle-xions, & que ce ne fut point, comme leprétend fauffement Barbeyrac , par often-tation , ni par un défintéreffement mal en-tendu , qu’il réfigna fon patrimoine à fesparens. ibid. 2.06. a , b. Il y aura toujours,par l’effet d’un vice inhérent aux richefles ,une infinité de circonftances où le plus hon-nête homme s’éloignera de l’ordre fans s’enappercevoir. Il feroit inutile de dire avecEpicure , que ce n’eft point la liqueur quieft corrompue', mais le vafe , puifqu’ileft inconteftable que les maux que font lesricheifes , n’exifteroient pas fans elles ,quoiqu’elles n’en foient d’ailleurs que cau-fes occafionnelles. ibid. 207. a, b. Et s’il eftdes philofophes.que les richefles n’ont pointdé. ournés de la pratique de la vertu , & del’érude delà vérité,jefoutiensque ces phi—lofophes auroient pu faire beacoup plus deprogrès dans l’une & dans l’autre : magnuseft ille qui in divitiis pauper e(l , dit très-judicieufement Séneque ; fd fecurior , quicaret divitiis. Cependant il faut convenirque ce même philofophe fait un magnifi-que éloge des richeifes ; c’eft peut être leplaidoyer le plus éloquent que l’on pniflefaire en leur faveur. Mais je doute fortqu’il y ait parmi nous un feul riche quipuiffe lire fans trouble, fans émotion ,fans remords, à quelles conditions il per-met au fage de pofféder de grands biens.ibid. 208. a , b. &c. Ce qu’il dit de plusavantageux fur les richefles, fe réduit àtrois points que nous n’avons jamais pré-tendu nier. i°. Qu’il eft permis au fagede pofféder de grands biens à certainesconditions. 2 0 . Qu’il faut en faire un bonulage, 3 0 . Que les riches feroient très à

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portée de faire beancoup de bien, s’ilsufoient de leurs richefles comme ils ledoivent, ibid. 210. b■ Barbeyrac paroîtavoir mal faifi le fens des paroles de cephilofophe, lorfqu’il lui fait dire que lesrichefles ne font nullement incompatiblesavec la vertu , & que le caraéfere de phi-lofophe n’engage pas à s’en dépouiller. Ileft vrai que Séneque tient ailleurs un lan-gage peu conforme aux principes qu’il avoitétablis dans le paflâge dont on a parlé ,lorfqu’il dit : du tefte , j’avoue qu’il fautavoir des ricbefjes , qu elles font utiles , &qu’elles apportent de grandes commodite's Ala vie. Je voudrois pour l’honneur de Sé-neque , qu’il n’eut pas fait cet aveu fi peud’accord avec fes autres préceptes de mo-rale ; car pour exalter ces commodités dontil parle, il faudroit prouver , que fans elles,la vie n’eft plus qu’un pefant fardeau ; quecette joie intérieure , cette paix qui font: lecaraêfere diftindif du fage, accompagnenttoujours ceux qui jouiflènr de ces commo-dités ; ibid. 211. a , b. que ces commodi-tés font la voie la plus sûre pour arri verà la fagefle & à la perfedion ; & enfinqu’une chofe peut être dite réellement uti-le , quoique les avantages qu’on en retire.,ne puiflène compenfer les défordres qu’ellecaufe , toutes propofitions faufles qui neméritent pas d’être férieufement réfutées.Si après avoir montré l’eftet des richeflesfur les particuliers, je fouiflois mainte-nant dans l’hiftoire des peuples qui ont faitle plus de bruit dans le monde , je fe: oisvoir que la corruption des mœurs , & lesdéfordres qui la fuivent, ont toujours étéles effets immédiacs des richefles & dudefir d’en acquérir. Dès que Sparte fe futenrichie , elle perdit fa prééminence , tom-ba dans l’humiliafion , ibid. 212. a ,b.&cconfirma cette maxime, que la vertu & laricheflè font une efpece de balance : quandl’une baille , l’autre haufle (Paflâge de Sal-lufte fur ce fujet.) Doit-on s’étonner aprèscela qu’Anaxagore & Démocrite , témoinsdes terribles révolutions que lafoifdes ri-chefles avoit produites dans la Grece, aient

pris le parti d'abandonner leurs biens, pourfe, livrer à 1 agrément divin que procurel’étude de la vérité ? Bayle a rendu àces philofophes la juftice qu’ils méritoient,