C I N QJJ I E M E PARTIE. 717
je découvrois entièrement dans une Campagne raze, & dont j’étoiséloigné de quelques lieues plus que je ne peníois l’estre, J’ay vu ,comme plusieurs autres, divers hatimens,c'est à dire des Navires à lamer que nous croyons beaucoup plus gros qu ils nettoient en effetlorsque nous les pensions fort éloignez, ou beaucoup moindresquand ils estoient plus loin de nous que nous ne croyons : Je nesçay pas même s’il y a aucun Art qui nous enseigne à juger infailli-blement de la grosseur ou de la distance d’un oyfeau élevé dans lehaut dc l'air, si nous n’en connoissons la nature, particulièrementlorsque nous le regardons d’un seul œil ; Car en tous ces cas nousn’avons aucune circonstance connue que nous puissions joindre àl image de l’objct qui sc figure dans nostre œil, qui en corrige leserreurs, & qui nous empêche de prendre de simples veritez pour desapparances.
J’ay vu des gens qui n’estoient pas bettes, & qui voyant unegrande allée d’arbre d’un de ses bouts, luy donnoient par íeur esti-me beaucoup moins de longueur quelle n’avoit en effet, feulementparce quelle alloit tant soit peu en élargissant à l’autre. Comme aucontraire il y avoir peu de personnes qui d’une dc ses extremitez nela crussent infiniment plus longue quelle n’estoit, à cause feulementque le terrain s’élevoit tant soit peu vers l’autre bout, &í que l’alléey estoit un peu plus estroite , fans s’aviser ny les uns ny les autresque les costez dc l’alléc n’étoient point parallèles ; Ce quils auroientfacilement jugé s’ils avoient eu d’ailleurs quelque connoissance de lavéritable longueur de l’allée.
Peut être que des personnes plus savantes que nous en T Art dela Peinture, jugent mieux que nous ne faisons dc la grandeur , del’éloigncmcnt , dc la figure & dc la situation des objets par la di-versité de leurs teintes dc leurs coloris ; bien quà ce sujet on puis-se dire que Zeuxis l’un des plus grands Peintres de l’antiquité s’esttrompé lui-me me à l’apparance d’un rideau que Parrhasius son Com-pétiteur avoir peint. Quoy qu’il en soit nous pouvons toujours pré-sumer en faveur de Vitruve , que ce n’est pas dc ces personnes par-faites qu’il a entendu parler ; Les règles qu’il donne font pour desgens moins éclairés & qui, comme nous, ont besoin d’un peu d’artpour les aider à corriger les erreurs dc leurs sens , àí les empêcherde prendre les images apparantes pour les véritables.
Mais fans.rechercher avec trop dc curiosité en quel sens on peutdire que la veiie se trompe ou ne se trompe pas,parce que cette discus-sion est trop Métaphysique pour des Architectes ; Nous pouvonsnous arrêter à l’cxamen dc la question qui est de sçavoir, s’iî ne fautrien changer aux proportions des parties dc I’Architecture à mesurequ’clles changent de situation & d’éiogncment, & que nous pouvonsexammer nous même , fans longer si Vitruve cn parle ou non. Surquoy js dis fans balancer, que je ne crois pas qu’un Architecte doive
Tttttttt
UV.C.VIIÏ.
Exemples de cer-tains. cas où il est fortdifficile de ne sepoint tromper.
Autres exemples.
Le Peintre Zecxiss'est trompé lui má»à l'ap parante iî*unrideau.
Les réglés de Vitruv*sont pourceuxquiont besoin d’un peud’art pour les aiderà corriger les erreursde leurs sens.
Un Architecte fer»toujours bien s’ilchange les mesuresdes parties de ton