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ou cinq pièces avec beaux ornements et mouleures qui cachentleurs commissures : de sorte qu’à les voir il semble qu’elles soiententièrement d’une pièce se montrant fort belles et de bien bonnegrâce. C’est un ordre Corinthien ainsi que vous le cognoistrczmieux, parle discours que j’en feray. »
Mais, ce qui fera de Philibert de l’Orme, l’architecte le pluspuissant, sans aucun doute qu’ait possédé la France , c’est l’appli-cation de la mathématique, à l’art d’architecture, c’est-à-direde la merveilleuse coupe des pierres, qui lui a permis de con-struire mathématiquement, et non par un procédé empiriquecomme on faisait avant lui, des voûtes de toutes formes. Aujour-d’hui encore, les hommes spéciaux trouveront dans son livre, deprécieux renseignements, et cependant, il n’avait.à sa disposi-tion, que son précieux « compas » et en fait de géométrie des-criptive il ne savait qu’une chose, à savoir que « dans toute figureil faut d’abord tirer deux lignes à angle droit. »
C’est encore à Philibert de l’Orme qu’est due l’idée première desprodiges de toiture dont nous voyons aujourd'hui de si surpre-nantes applications. Certes, ses charpentes sont loin de nos min-ces armatures de fer, légères comme des toiles d’araignée, maiscombien ne sont-elles pas plus étonnantes, si on les compare auxpoutres énormes, aux chevronnages massifs qui précédaient leurinvention. Les applications que Philibert de l'Orme en tire, sontd’une ingéniosité qui effraye, écoutez la description qui suit, nedirait-on pas exactement celle d’une prison cellulaire, telle qu’onles construit de nos jours:
« J’avois pensé assez d’autres inventions et faict plusieurs des-seings prests à mettre en œuvre, entre autres pour faire un dor-toir aux religieuses de Montmartre près Paris . ledit dortoir
eut esté si grand et si large qu’il eut couvert non-seulement les-dites cellules des religieuses, mais encore tout le cloistre, et eutesté tout rond et entourné de portiques par le dedans et par ledessus de doubles allées, l’une sur l’autre pour servir de passageà aller aux chambres ou cellules des dames qui se fussent trou-vées en grand nombre, selon les sortes et façons qu’on a accou-tumé faire pour les religieuses, sans le logement de l’Abbesse quieut esté plus grand, et dé la porte d’une des dites cellules on eutvu toutes les autres.... Ce que je prétendais faire pour ledit dor-toir n’estoit de tant grande peine que grande admiration. Jedirai ce mot, quand on voudrait couvrir tout un château et lacour qui serait à son milieu, on le pourrait faire facilement parcette invention. »
Le volume d’architecture de Philibert de l’Orme se terminecomme il a commencé par deux images mystiques doctementexpliquées, non sans aigreur (dans la première explication sur-tout), contre les derniers défenseurs de l’architecture gothique,on peut remarquer dans le fond de l’image destinée à représenter« le maladroit architecte. » La caricature d’un château gothiqueet, par contre, les édifices, palais ou temples, du « docte archi-tecte » rappellent, et de fort près, les inventions de Philibertde l’Orme lui-même.
« Véritablement, ceux-ci (les mauvais architectes) ressemblent à
la figure d’un homme, lequel je vous représente ci-après habillé
ainsi qu’un sage, toutefois fort eschauffé et hâté comme s’il cour-rait à grand peine et trouvait quelsques têtes de bœuf sèches enson chemin (qui signifient gros et lourd esprit) avesques plusieurspierres qui le font chopper, et buissons qui le retiennent et des-chirent sa robe...
Ledit homme n’a point de mains, pour montrer que ceux qu’ilreprésente ne sauraient rien faire. Il n’a aussi aucuns yeux en latête pour voir et cognoistre les bonnes entreprises, ny oreilles
pour ouïr et entendre les sages, ni aussy guères de nez pourn’avoir sentiment des bonnes choses... Bref il a seulement unebouche pour bien babiller et mesdire et un bonnet de sageavecques l'habit de mesmes pour contrefaire un grand docteur ettenir bonne mine.
... Pour revenir à nostre sage représentant l’architecte, je luifigure d’abondant quatre mains pour monstrer qu’il a à faire etmanier beaucoup de choses en son temps s’il veut parvenir auxsciences qui lui sont requises. Davantage il tient un mémoire etinstructien en ses mains pour enseigner et apprendre ceux quil’en requerront avec une grande diligence et sedulité représentéepar les ailes qu’il a aux pieds qui démontrent aussi qu’il ne veutqu’il soit lasche et paresseux en ses affaires et entreprises. Ilmontre outre ce, qu’à tous ceux qui le visiteront ou iront voirà son jardin il ne cèlera ses beaux trésors de vertu ses cornu-copies remplies de beaux fruits, ses vases pleins de grandesrichesses, et secrets ; ses ruisseaux fet fontaines de sciences,ni ses beaux arbres, vignes et plantes qui fleurissent et portentfruits en tous temps. Vous voyez aussi en ladite figure plusieursbeaux commencements d'édifices, palais et temples desquels lesusdit sage et docte architecte montrera et enseignera la struc-ture avec bonne et parfaite méthode, ainsi qu’il est manifesté enladite figure en laquelle aussi vous remarquez un adolescentapprentif, représentant Jeunesse, qui doit chercher les sages etdoctes, pour être instruicts, tant verbalement que par mémoires,escritures, dessings et modèles, ainsi qu’il vous est figuré par lemémoire mis en la main de l’adolescent docile et cupide d’ap-prendre et cognoistre l’architecture. »
Ferons-nous à Philibert un reproche de cette partialité, noncertes — et non plus de son obstination à ne jamais se servir desvoûtes dites françaises à qui pourtant nous devons le chef-d’œuvrede Notre-Dame . Moins partial, il n’eût pas été le novateur con-vaincu qu’il a été...
Nous avons fait analyser l’œuvre de Philibert de l’Orme parlui-même autant que possible, et en suivant dans son proprevolume page à page la série de ses études, quelques mots de bio-graphie pour faire connaître la vie de l'homme comme nousavons tâché de faire connaître son esprit, et nous avons fini.
La vie de Philibert de l’Orme fut des plus heureuses. Né àLyon , au commencement du seizième siècle, nous le retrouvonsen Italie quelques années plus tard ; en 1530, revenu à Lyon , ilconstruit ses premières « trompes. » — Le cardinal de Bellay leprotège, le présente à la cour, il construit tour à tour le fer àcheval de Fontainebleau, le château Saint-Maur-des-Fossés ,enfin Anet, Meudon et les Tuileries .
A la mort de Henri II, Catherine de Médicis lui confie l’inten-dance des bâtiments et en 1555 le nomme aumônier et conseillerdu Roi, — puis, quoique non tonsuré, lui donne l’abbaye de Saint-Èloi, de Noyon, et de Saint-Serge, d’Angers .
A ce propos Ronsard oubliant que tous deux, l’un en poésie,l’autre en architecture poursuivaient la même œuvre, l’attaquadans une satyre « la Truelle crossée. » Eh ! pourquoi pas, mon-sieur du Laurier, quand cette truelle a gâché le plâtre duchâteau d’Anet ?
Enfin, ce fut au milieu de sa prospérité, en l’an 1577, que lamort interrompit l’œuvre du plus inventeur, du plus artiste denos architectes : Philibert de l’Orme.
J. Du Boys.
It. P F VOR, Propriétaire-Directeur.