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témoignent d’une originalité pleine de goût, les vases sacrés deses voisins, des progrès que l’étude archéologique a fait faire ence genre d’industrie depuis ces dernières années.
La céramique française mérite une étude particulière. Danscette branche, ce me semble, on peut déjà certifier que nousl’emporterons sur les autres nations européennes.Les chefs-d’œuvred’Avisseau de Tours , les imitations surprenantes de Pull, lesfantaisies nacrées de Brianchon , les faïences d’Ulysse de Blois,les produits de Nevers , les Rouens de Genlis et Rudhart,marquent une vraie révolution dans l’art de terre. Je ne parleque pour mention de Jean et de Th. Deck ; Y Ornementationusuelle vous a déjà donné les primeurs de leurs envois.
Dans le mobilier, nous brillons moins ; au point de vue artis-tique, les cabinets italiens sont incomparablement au-dessus detout ce qu’ont envoyé nos marchands de bois plaqués. L’Italie aconservé le goût, cette précieuse fleur dont, à l’époque de la Re-naissance, elle nous a laissé cueillir une bouture. Les mosaï-ques du baron de Triquetti sont là pour le prouver. Il n’y a quela patience russe du professeur Neff à pouvoir lutter avec elles.
Baccarat vous éblouit; nous n’avons pu, dans quelques visites,nous faire encore à tant d’éclat; nous reverrons ces sûperbescristalleries.
La tapisserie française tient toujours le premier rang. Beauvais et les Gobelins savent que noblesse oblige.
Dans la peinture, nous n’avons pu nous arrêter au gré de nosdésirs, l’objet de nos études nous interdisant une station qui,certes, se serait prolongée de manière à nous faire oublier lesheures.
Enfin la galerie de l’histoire du travail, cette portion du Palaissi intéressante pour nous, n’étant encore ni cataloguée, ni com-plète, nous n’avons pu qu’y glaner çà et là des observations, quitrouveront plus tard leur place, et clans nos chroniques et dans lecorps de notre journal.
Mais qu’on nous permette une petite réflexion.
Les modèles manquent ; Messieurs les collectionneurs , en-chantés d’exhiber leurs richesses, vous en offrent avec une géné-rosité sans égale. Vous, ciseleurs, orfèvres, menuisiers, tapis-siers, vous ouvrez votre carnet, et vite en besogne, vous prenezle croquis rêvé, cherché depuis si longtemps. — Iialte-là! —Regardez, mais ne dessinez pas.— Pourquoi exposez-vous alors?Et que me fait à moi que M. un tel ou un tel soit possesseurde ceci ou de cela, seul renseignement que vous me permettiezde prendre. Donnez des heures, si vous voulez ; mais puisque vousêtes généreux, soyez-le complètement, on ne marchande pas enpareille occurrence.
La partie russe, danoise et suédoise de ce musée rétrospectifest bourrée de richesses. La partie française ne le cède en rien àses voisines ; on y trouve de tout, depuis les pots gallo-romainsde M. Charvet, les casques celtiques de Falaise, le bouclier deFougères et les colliers de Toulouse jusqu’aux meubles Louis XYIde M. Double ; depuis les faïences d’Oiron , les chasubles brodées,les émaux de Limoges et la magnifique châsse de la cathédralede Troyes jusqu’à la collection la plus complète de mules, depantolfes et de hauts patins qui se puisse rêver.
Dans le parc, les écuries russes continuent à avoir un véritablesuccès. N’ayant aucune espèce de notion sur la valeur de Fasan ,de Scipion, de Yapsikoss, ou d’Iskander-Pacha, nous nous con-tenterons de signaler le côté pittoresque de toutes les construc-tions de cette partie du jardin, constructions dans lesquelles, du |
reste, on ne pénètre pas encore ; notre gravure en donne parfai-tement l’aspect. Le parc est loin d’être terminé ; mais la multi-plicité des beuveries commence à lui donner un cachet tout spécial.Auprès de constructions sérieuses et pleines de caractère sedressent des fantaisies un peu trop parisiennes. Ne portons pasun jugement prématuré, rien n’étant encore complètement fini;mais l’effet de ces contrastes nuit à l’ensemble.
Auprès du temple égyptien , où stationne errcore plus silen-cieux qu’auparavant, le grand-prêtre d’Isis que nous avons déjàrencontré, désignant de la main l’écriteau réglementaire : « Ilest expressément défendu au public d’entrer ici ; » auprès dutemple d’Égypte s’élève, à la place de la tour de porcelaine, unrestaurant chinois construit dans le style de Ba-ta-elan. Ailleurs,ce sont d’autres cafés qui font pendant à des musées particuliers.
Le Champ de Mars s efforcerait-il de faire concurrence au PréCatelan. Ce serait vraiment chose regrettable. On doit, de cetteexhibition grandiose, emporter une autre impression qu’un sou-venir dejoyeuseté cosmopolite.
L’entrée et la sortie, sous ce point de vue, ne sont pas heu-reuses. Au pont d’Iéna, lorsque l’oreille assourdie déjà par lesrefrains des serinettes à trombone, à grosse caisse et à trom-pette, qui émaillent les galeries intérieures, vous gagnez le large,c’est le bourdonnement de la musique du café tunisien qui vousaccompagne au delà des barrières.
Un peu moins de sonneries foraines aurait peut-être mieux faitdans une exposition universelle.
Le Champ de Mars devrait craindre de se changer en champde foire.
Henri du Cleuziou.
DE L’AMEUBLEMENT
ET DE
LA DÉCORATION INTÉRIEURE DE NOS APPARTEMENTS
( Suite )
Quant au tissu des sièges, il est bien évident que ce n’est pasavec l’étoffe vendue au mètre que vous pourrez obtenir les effetsperspectifs que j’indique ; mais la chose devient beaucoup moinsdifficile avec l’étoffe d’Aubusson . Yous savez qu’on la fabriquespécialement pour les sièges et presque toujours sur commande.Je suis donc bien loin d’exiger l’impossible du peintre décorateurquand je lui demande de produire une illusion qu’il obtiendra cer-tainement, s’il sait se servir de sa palette et des objets naturels quilui viennent en aide dans sa perspective de chambre ; si, prenantau sérieux son rôle de chef d’orchestre, il tire hardiment partide chaque instrument, abaissant le ton de celui-ci, augmentantdans de sages mesures le ton de celui-là, ménageant avec art sessolistes, pour arriver ensuite, avec une délicate transition, àl’ensemble des masses.
Les couleurs alliées à l’architecture complètent les jouissancesde la vue ; réparties avec goût et discernement, variées avec es-prit, vivifiées par des lumières savamment ménagées, elles fontvaloir les parties architecturales. C’est assurément l’un des rôlesprincipaux de la peinture, mais est-ce le plus important pour lesujet que nous traitons ici? Non; elle est encore merveilleuse-ment apte à faire valoir les carnations, soit par le contrasté descouleurs et de leurs tons, soit par le jeu des reflets.