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Mais laissons là les théories et entrons dans la vie. — Le sa-lon, d’ailleurs, vise aussi à l’effet des grands contrastes heurtés,car les fauteuils, les canapés, les chaises se détachent en rougeponceau sur les panneaux blanc et or. La maîtresse de la maison,dont j’admirais à l’instant la jeune et belle carnation rosée, vientde prendre place sur l’un de ses canapés... Mais que s’est-il doncpassé en elle? Quelle soudaine et douloureuse émotion l’a saisie?Comment et pourquoi le rose de ses joues a-t-il tout à coup faitplace à une teinte presque livide? Tranquillisez-vous. La souf-france n’est pour rien dans ce phénomène. C’est la faute au ta-pissier. Oubliant que la complémentaire du rouge c’est le vert, ila garni ces meubles de velours ponceau. De là la transfiguration,la défiguration faudrait-il dire, à laquelle nous assistons.
A cela, quel remède? Tout simplement, dans ce cas, l’emploide vert tendre, que l’on tiendra à deux, trois ou quatre hauteursde ton, suivant la carnation du portrait vivant que vous voudrezdétacher sur votre fond, en conservant, en exaltant même lesdons qu’il tient de la nature. Mais, me dira-t-on peut-être, toutesles carnations de femmes ne sont pas roses. L’Espagnole, l’Ita-lienne, la Créole, comptent aussi à côté des blanches filles duNord, et la France à elle seule peut facilement présenter tous lestypes choisis de la forme et de la couleur. Avez-vous des cadres etdes fonds variés pour tous ces modèles toujours charmants, ja-mais semblables ?
Je réponds hardiment oui, car l’harmonie des couleurs est unescience certaine, glorieusement pratiquée par les grands colo-ristes anciens et modernes, étudiée savamment, agrandie et fixéepar un de nos illustres contemporains. J’ai nommé M. Chevreul.
Je ne puis m'étendre trop longuement aujourd’hui sur cettematière, j’indiquerai cependant quelques idées générales relativesau sujet qui nous occupe en ce moment.
Voyons d’abord l’effet que peut produire ce que j’appellerai lescouleurs mères sur les carnations blanches.
Tout le monde sait ici que le rouge ayant pour complémen-taire le vert donnera à la peau un teint vert jaunâtre, par lemélange qui s’opérera entre le ton de chair et la complémentairedu rouge; que l’orangé donnera une teinte bleu verdâtre, que lejaune donnera une teinte violet roux, que le vert foncé donneraune teinte rouge brique ou lie de vin, que le bleu, dont la com-plémentaire est l’orangé, exaltera le ton de chair, etc.
Est-ce à dire que l’on doive bannir entièrement de l’ameuble-ment l’emploi des couleurs que nous venons de désigner ? Non ;mais il est urgent, dans ce cas, que le décorateur sache s’en ser-vir avec ménagement et qu'il cherche surtout le moyen de leséloigner autant que possible de la figure.
Supposons un fauteuil recouvert entièrement avec une descouleurs désignées ci-dessus. Le tapissier décorateur devra dis-poser sur la partie la plus élevée de son siège, sur le dossier enfin,une seconde étoffe découpée en forme de lambrequin, par exem-ple, et qui sera d un ton de gris ou de tout autre ton neutre assortià la hauteur de ton de la couleur principale ; et, suivant le goûtqu’il saura développer dans la façon de poser cette secondeétoffe, il pourra en faire un arrangement qui ne manquera peut-être pas d'une certaine originalité et même d’élégance, mais qui,dans tous les cas, aura atteint le but recherché, c’est-à-dire quela couleur principale du meuble n’aura plus d’action sur les car-nations. J’ajouterai que., dans la plupart des cas, il serait préfé-rable d’agir sur les carnations par le contraste des gammes quepar les complémentaires; d’employer, par conséquent, le rouge
intense lorsqu’on voudra abaisser une carnation trop montée enrouge. L’orangé poussé à sa plus grande valeur abaissera parcontraste de ton les carnations orangées, etc., etc. Plus la cou-leur de l’étoffe sera exagérée ce hauteur, plus elle amoindrira,par contraste, le ton naturel de la peau. Mais il en est des cou-leurs comme des poisons; elles doivent être dosées par lascience.
Cette science ne s’apprend pas au pied levé. Il faut l’étudier.Sa connaissance profonde et complète est de première nécessitépour ceux qui dirigent l’ensemble de nos travaux décoratifs. Ilsdoivent aussi connaître les lois de l’optique et bien d’autreschoses encore, que nos Fa presto du jour trouvent longues et fas-tidieuses à apprendre. Aussi voyez ce qui se fait autour de vous !Et ce n’est pas tout : combien d’autres, entièrement étrangers parétat à ces études, se mêlent de choses dont ils n’ont pas la plusrudimentaire notion ! N’entendez-vous pas sans cesse des per-sonnes qui vous disent : « Comment trouvez-vous mon apparte-« ment? C’est moi qui en ai dirigé les travaux ; j’ai choisi mes« étoffes, j’ai choisi mes meubles, j’ai choisi mes bronzes ; je crois« que j’ai assez bien réussi. Qu’en dites-vous ? »
Eh ! # parbleu ! qu’on le voit bien. Aujourd’hui, tout le monde estartiste comme tout le monde est médecin. Qui n’a vu souventcette double science infuse s’étaler complaisamment? Hier en-core, blessé au genou, je gardais la chambre, et soudain tous mesamis se sont transformés en médecins, c’était une Faculté toutentière, chacun portant et offrant son remède. Un vrai médecin,que vous connaissez tous, un des patrons de l’Union centrale,l’excellent docteur Caffe , est heureusement survenu, et voilàpourquoi je suis guéri et ne suis plus muet.
Mais revenons au salon.
Les invités se sont assis. Eh ! mon Dieu ! qu’ont-ils donc? Ilsont l’air de causer ou d’écouter tranquillement, et cependant ilsse remuent sur leurs chaises comme s’ils avaient perdu l’équi-libre. Celui-ci passe sa jambe droite sur celle de gauche, un in-stant après, c’est la gauche qui revient sur la droite. Il se re-monte sur son siège; il est de face, il se met de trois quarts, ettout le monde se remue ainsi. Est-ce une charade en action ? Pre-nons un siège et voyons s’il nous donnera le mot.
E. Guichard.
(La suite prochainement.)
ESSAI
SUR
L’HISTOIRE DE LA POTERIE FRANÇAISE
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II
Les symboles de l’immortalité : le scarabée; le phénix ; le crocodile noir. —Déformation de la fleur de lotus. — Celtes et Franks.
Dans tous les âges, un des premiers besoins de l’être humaina été, suivant la belle expression de Jean Reynaud « de marierostensiblement la mort avec la Renaissance. » De là sont néspour les peuples enfants des symboles. L’ignorance, petit à petit,a couvert la pureté primitive de ces symboles d’une coucheépaisse, au-dessous de laquelle le penseur peut à peine les entre-