264
TROISIEME PARTIE. SECTION I. CHAPITRE XI.
Dans l’ardeur de leur zèle, les Commissaires des Travaux Publics, étendant leursollicitude aux États limitrophes, s’adressaient à la législature d’indiana, pour ob-tenir qu’elle pourvût à l’établissement de divers chemins de fer se rattachant au ré-seau d’Illinois , et ils lui recommandaient ainsi : Une ligne partant de la rive gauche dela Wahash , vis-à-vis de Mount Carmel, pour aboutir à New-Albany sur l’Ohio ; une autrevenant de Lafayette ou d’un autre point du canal de la Wabash au lac Érié , se souderau deuxième embranchement ; une troisième de Terre-Haute à la frontière, de ma-nière à rencontrer le 3 e embranchement.
Au commencement de 1840, on admettait que l’ensemble des travaux volés coule-rait 113,847,701 fr., et il y a lieu de penser que la dépense effective eût été, en fin decompte, beaucoup plus considérable encore. La population de l’État n’était aloi’s quede 445,575 âmes, c’est-à-dire de moins des deux tiers de celle d’indiana. Le déve-loppement des chemins de fer qu’il entreprenait, représentait, par million d’habi-tants, 4,774 kilom., c’est-à-dire le double du développement total des canaux et deschemins de fer dont l’entreprise a épuisé l’État de Pensylvanie , proportionnellementbeaucoup plus riche (1 er volume, pnge 542).
On conçoit quelle devait être la conclusion de cette sorte d’échauffourée. La crise finan-cière étant survenue, les capitalistes, qui d’abord s’étaient montrés faciles à avancerdes fonds à l’État d’Illinois , se refusèrent à souscrire de nouveaux emprunts. A la fin de1839, il fallut abandonner tous les travaux commencés en vertu delà loi de février 1837.La loi elle-même a dû être rapportée. Cependant 500 kilom. environ de chemins de ferétaient en cours d’exécution. Des rails en fer et des bois, matériaux plus périssables,étaient achetés. Selon un message du Gouverneur, daté de décembre 1840, l’État s’étaitendetté, pour les ouvrages compris dans la loi de 1837, de 28,506,667 fr., indépendam-ment de 21,066,667 fr. empruntés pour le canal Michigan , de 14,213,333 fr. consacrésà former le capital de la Banque de l’État, qui d’ailleurs était productive et de diversautres engagements portant le capital de la dette effective de l’État à 65,104,972 fr.Le service des intérêts annuels exigeait 3,906,298 fr., et il semblait que, de cettesomme, ce qui avait été consacré aux lignes votées en 1837, dût être considéré commeperdu sans retour. Le canal Michigan lui-même était suspendu.
Pour s’acquitter envers les entrepreneurs, l’État, ne trouvant pas de.prêteurs, avaitémis des titres appelés scrip, qui avaient éprouvé aussitôt une forte dépréciation. Bientôtil se vit menacé de la banqueroute. Il fallait payer des intérêts au 1 er janvier 1841, et letrésor était vide. Pour garantir 1 État d un pareil affront, le Gouverneur aux abois aconvoqué extraordinairement la législature, en décembre 1840, en faisant, dans lestermes les plus énergiques, un appel aux sentiments d honneur de la population et deses représentants. Certains passages du message, concernant des titres antérieurementdélivrés, étaient cependant de nature à inspirer aux capitalistes de l’inquiétude et de laméfiance.
C’est une justice à rendre à la législature et à la population de l’Illinois , que si elless’étaient montrées téméraires dans leurs entreprises, elles n’ont pas reculé quand estvenu le moment de payer les frais de cette malheureuse campagne.