XII
PREFACE.
au féminin; le seizième siècle se méprit, il regarda grand comme masculin, cequi fit Groire que merci l’était aussi.
C’est là ce que j’appelle donner l’explication d’un mot : on comble par lesintermédiaires que fournissent les différents âges de la langue les lacunes de signi-fication, et l’on montre comment les mots tiennent à leur étymologie par des déduc-tions délicates, mais certaines.
Le classement des sens, quand ils sont nombreux et divers, est un travailépineux. Parfois on a de la peine à déterminer exactement quelle est l’acceptionprimordiale. Mais le plus souvent la difficulté gît dans l’enchaînement, qu’il s’agitde trouver, des dérivations. L’esprit vivant et organisateur qui préside toujours à unelangue est, on peut le dire, aussi visible dans ces transformations qu’il l’est dansla création des racines, des mots et des significations primitives. Quand on exa-mine cette élaboration d’un mot par la langue, élaboration qui, partant de tel sens,arrive à tel autre souvent très-éloigné, on est frappé des intuitions vraies, pro-fond es, délicates, plaisantes, métaphoriques, poétiques, qui, suivant les circonstances,ont agrandi le champ de l’acception et créé de nouvelles ressources au langage. C’estune création secondaire sans doute, mais c’est certainement une création. Elle s’estpoursuivie pendant des siècles; et notre langue tient mille ressources de ces élaborationsqui, se portant tantôt sur un mot tantôt sur un autre, l’ont fait se renouveler par unesorte de végétation.
Ces considérations montrent qu’établir la filiation des sens est une opérationdifficile, mais nécessaire pour la connaissance du mot, pour l’enchaînement de sonhistoire, surtout pour la logique générale qui, ennemie des incohérences, est dé-concertée par les brusques sauts des acceptions et par leurs caprices inexpliqués.
III. PRONONCIATION;
Après chaque mot et entre parenthèses est placée la prononciation. Dans les lan-gues qui ont appliqué aux sons nationaux un système orthographique provenant dela tradition d’une langue étrangère, par exemple le français appliquant l’orthographelatine, il y a souvent un grand écart entre la prononciation réelle et l’orthograplie.Cela oblige, quand on veut figurer cette prononciation, autant que cela se peut fairepar l’écriture, de recourir à certaines conventions qui ramènent à des types connusles ^discordances orthographiques. Un tableau annexé à la fin de la Préface indique*e procédé de figuration que j’ai employé.
11 est notoire que la langue a varié dans les mots mêmes qui la constituent,malgrç leur enregistrement dans les livres et dans les documents de toute espèce. Aplus forte raison a-t-elle varié dans la prononciation qui, de soi, est plus fugitive et