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Tome premier. A - C.
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XIII
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PREFACE.

XIII

qui d’ailleurs est plus difficile à consigner par l’écriture. Nous n’avons rien deprécis sur la prononciation du français pendant le moyen âge, dans le douzième siècleet dans les siècles suivants. Cependant Génin 1 a pu soutenir, et, je pense, avec touteraison, qu’en gros cette prononciation nous a été transmise traditionnellement, etque les sons fondamentaux du français ancien existent dans le français moderne. Onpeut en citer un trait caractéristique, à savoir Ye muet. Il est certain qu’il existaitdès les temps les plus anciens île la langue; car la poésie d’alors, comme la poésied’aujourd’hui, le comptant devant une consonne, l’élidait devant une voyelle.

Toutes les fois que j’ai rencontré des indications de prononciation pour les tempsqui ont précédé le nôtre, je les ai notées avec soin. Ce sont des curiosités qui inté-ressent; ce ne sont pas des inutilités. En effet, un traité de prononciation telque je le concevrais devrait, en constatant présentement le meilleur usage, essayerde remonter à l’usage antérieur," afin de déduire, par la comparaison, des règles quiservissent de guide, appuyassent de leur autorité la bonne prononciation, condam-nassent la mauvaise, et introduisissent la tradition et les conséquences de la tradition.

Je tiens de feu M. Guérard, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres ,homme que l’amitié ne peut assez regretter ni l’érudition assez louer, un souvenirqui vient à point : un vieillard qu’il fréquentait et qui avait été toute sa vie unhabitué de la Comédie française, avait noté la prononciation et l’avait vue se modi-fier notablement dans le cours de sa longue carrière. Ainsi le théâtre, qu’on donnecomme une bonne école et qui l’a été en effet longtemps, subit lui-même les in-fluences de l’usage courant à fur et à mesure qu’il change. La prononciation denotre langue nous vient de nos aïeux, elle s’est modifiée comme toutes les chosesde langue; mais, pour juger ces modifications et jusqu’à un certain point les diriger,il importe d’examiner à l’aide des antécédents quelles sont les conditions et les exi-gences fondamentales.

Cette réflexion n’est point un conseil abstrait; elle s’applique à la tendance géné-rale qu’on a, de nos jours, à conformer la prononciation à l’écriture. Or, dans unelangue comme la nôtre, dont l’orthographe est généralement étymologique, il nepeut rien y avoir de plus défectueux et de plus corrupteur qu’une pareille tendance.Voici un exemple qui fera comprendre comment, dans la langue française , l’écritureest un guide très-infidèle de la prononciation : altre , de l’ancienne langue, vient dulatin alter , et conserve sous cette forme son orthographe étymologique; mais les peu-ples qui de alter formèrent altre, ne faisaient pas entendre 17 dans al et donnaient àcette combinaison orthographique le son de o. Sans doute, plus tard, la combinaisonal a fait place à la combinaison au; ce fut un essai pour conformer l’orthographe à

1. En son livre des Variations du langage français , qui contient beaucoup de paradoxes, mais qui estplein de vues, Génin, que les lettres regrettent, a laissé une trace dans l’élude du vieux français .