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COMPLÉMENT DK LA PRÉFACE.
niques qu’on parle aujourd’hui, allemand, flamand, hol-landais, danois, suédois , fournissent les principales données;cependant il est utile de se reporter aux anciens dialectesallemands dont nous avons des textes peu après Charlema-gne , et même au gothique qui, par la Bible d’Ulfilas , re-monte jusqu’au quatrième siècle. Comme les emprunts faitspar les langues romanes à ce domaine datent des hautstemps, ils concordent, dans bien des cas, plus avec les formesarchaïques du germanisme qu’avec ses formes modernes.Telles sont les déductions qu’il faut faire dans la latinité deslangues romanes : mais, cela retranché, ces langues demeu-
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rent avec leur plein caractère de demi-latinité ; et pour qui
en considère l’évolution, il est manifeste que le latin nepouvait pas ne pas aboutir à quelque chose de très-semblable,et que ces idiomes méritent véritablement le nom de demi-latih. De même que le celtique de nos jours est dit, parrapport à l’ancien , celtique moderne, de même on diraitles langues romanes du latin moderne, si cette expression n’é-tait réservée chez nous au latin que les modernes écrivent.
Dn s’étonnera aussi que ces multitudes de Germains quioccupèrent le sol gaulois, Francs , Burgundes, Wisigoths,Ostrogoths, n’aient pas germanisé davantage le langage;cela est étonnant sans doute, mais cela est certain; et c’estla meilleure preuve que, dans la transformation que subi-rent les éléments latin et germain mis auj^ prises, la pré-pondérance appartint à l’élément latin. La latinité victo-rieuse effaça le celtique, sauf le coin de la basse Bretagne ;la latinité mourante absorba la Germanie envahissante, et 11ereçut d’elle que quelques mots, assez nombreux pour témoi-gner du passage des Germains, assez rares pour témoignerde la prépondérance des populations romanes.
Quand le latin eut définitivement effacé les idiomes in-digènes de l’Italie, de l’Espagne et de la Gaule , la languelittéraire devint une pour ces trois grands pays, mais leparler vulgaire (j’entends le parler latin, puisqu’il n’en res-tait guère d’autre) y fut respectivement différent. Du moinsc’est ce que témoignent les langues romanes par leur seuleexistence^ sÿ le latin n’avait pas été parlé dans chaque paysd’une façon particulière, les idiomes sortis de ce parler latinque j’appellerai ici régional, 11’auraient pas des caractèresdistinctifs, et ils se confondraient. Mais ces Italiens , cesEspagnols et ces Gaulois, conduits par le concours des cir-constances à parler tous le latin, le parlèrent chacun avec unmode d’articulation et d’euphonie qui leur était propre. Delà vint la diversité, et de là se formèrent les quatre compar-timents de langues, l’italien, l’espagnol , le provençal et lefrançais . Il se passa, sur une plus grande échelle, ce que j’ai si-gnalé tout à l’heure pour les dialectes et les patois: ces grandeslocalités qu’on nomme Italie, Espagne, Provence et France ,mirent leur empreinte sur la langue comme la mirent ceslocalités plus petites qu’on nomme provinces. Et la diversitéeut s'à règle qui 11e lui permit pas les écarts. Cette règle estdans la situation géographique qui implique des différencesessentielles et caractéristiques entre les populations. Le fran-çais , le plus éloigné du centre du latin, fut celui qui l’al-téra le plus; je parle uniquement de la forme, car le fondlatin est aussi pur dans le français que dans les autres idio-mes. Le provençal, que la haute barrière des Alpes place
dans le régime gaulois du ciel et de la terre, mats qui leslonge , est intermédiaire, plus près de la forme latine quele français, un peu moins près que l’espagnol . Celui-ci, quiborde la Méditerranée et que son ciel et sa terre rapprochenttant de l’Italie , s’en rapproche aussi par la langue. Enfin,l’italien , comme placé au centre même de la latinité, lareproduit avec le moins d’altération. Il y a, de cette théoriede la formation romane, une contre-épreuve qui, commetoutes les contre-épreuves, est décisive. En effet, si tellen’était la loi qui préside à la répartition géographique deslangues romanes, on remarquerait çà et là des interruptionsdu type propre à chaque région, par exemple des appari-tions du type propre à une autre. Ainsi, dans le domainefrançais, au fond de la Neustrie ou de la Picardie , on ren-contrerait des formations ou provençales, ou italiennes, ouespagnoles; au fond de l’Espagne , on rencontrerait des for-mations françaises , provençales ou italiennes; au fond del’Italie , on rencontrerait des formations espagnoles, proven-çales ou françaises . Il 11’en est rien; le type régional, unefois commencé, ne subit plus aucune déviation, aucun retourvers les types d'une autre région ; tout s’y suit régulière-ment selon des influences locales qu’011 nommera dhni-nutives en les comparant aux influences de région. 11 estbien vrai qu’il y a des lisières où le parler est mixte et pré-sente des confusions de type; mais justement ce sont deslisières, c’est-à-dire des territoires placés sur les confins dedeux types. Ainsi entre la langue d’oïl et la langue d’oc estune zone intermédiaire ; il en est une aux pieds des Pyrénées ,entre le provençal et l’espagnol ; il en est une autre aux piedsdes Alpes, entre le provençal et l’italien ; mais, loin d’infirmerle principe, ces zones le confirment en montrant qu’il n’y ade types mixtes que là où il y a passage d’un type à l’autre.
Cette régularité fait pressentir que le fait matériel, c’est-à-dire la latinité admise comme langue par les populations ro-manes, 11e fut pas leur seul lien; ou, si l'on veut, le fait matérielprouve qu’un même esprit les avait pénétrées profondément:eteeci estun des plus grands témoignagesqu’on puisse donnerde la force d’assimilation qu’euient alors le génie latin et lacivilisation latine. Pour quiconque se reporte eu idée à l’offi-cine d’où sortirent les langues romanes, et y voit les mots seforger, les cas disparaître , les conjugaisons se disloquer, laquantité prosodique des syllabes s’oublier, les vers métriquesse défaire, les adverbes prendre une finale caractéristique,il semblera que c’est le chaos, ou du moins que chacune despopulations romanes, taillant à sa guise dans ces dépouilles’désormais abandonnées et faisant, comme il lui plaisait, sontriage , devait ne se rencontrer jamais avec sa voisine dansl’admission, le rejet, la transformation des formes et desmots. Pourtant les choses se passèrent autrement; et, augrand étonnement de l’érudit, les mutations s'effectuèrentcomme si un concert préalable les avait déterminées. Le champdes divergences était illimité; le point des rencontres étaitunique ; eh bien, ce champ illimité, aucune des langues 11e s’yengage; ce point unique, toutes s’y arrêtent. Voici en quoiil consiste essentiellement : la réduction de la déclinaisonlatine; la suppression du neutre; la création de l’article;l’introduction de temps composés pour le passé dans la con-jugaison ; la formation d’un nouveau mode , le conditionnel;