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Tome premier. A - C.
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— HIST. xvi. s. Merlans, esperlans, aigrefins,turbots, PARÉ, XXIV, 22.

— ÉTYM . Aigrefin, au sens d’homme rusé et mêmede poisson, vient peut-être à'aigre faim, faim très-. vive (homme, poisson affamé) : Que le faucon aitaigre fain, Modus, f-LXXxi. U y a eu une monnaiedite aiglefin ou aigrefin, du persan aschrafi.

AIGRELET, ETTE (è-gre-lè,lè-t’) ,adj. || 1° Un peuaigre. Ce fruit est aigrelet. Ces poires sont aigre-lettes. || 2“ Fig. Il se dit de la voix et des manières.11 a un ton aigrelet. Ses paroles sont aigrelettes. || Ilsuit toujours le substantif.

— ÉTYM . Aigre.

AIGREMENT (è-gre-man), adv. D’une manièreaigre, avec aigreur. || Il ne se dit point au propre.11 lui a répondu aigrement.

— hist. xii* s. Cil respundi egrement e parrampodne, si li dist.... Rois, 377. E li reis Benadabegrement s’en curuchad, e ses messagesalrei Achabenveiad, ib. 324. Tel i out des prelaz parla si egre-ment Que la pape li dist : fratre, tempréement, Th.IcMart. 55. E quant vers saint iglise volt li reis rienmesprendre, Qui la devreit par tut e tenser e dé-fendre, Li evesque l’en deivent mult egrement re-prendre, ib. 7t. || xiii” s. Le comte de Flandres etses gens y coururent sus moult aigrement et vi-guereusement etàpié et à cheval, joinv. 233. || xiv”s.Vous m’estes venue tencer Et reprendre fort aigre-ment, L’alch. ànat. 455. ||xv“s. Et ils savoient bienqu’il avoit en la cité grand avoir assemblé; car toutle pays d’entour y estoit affui ; si se penoient d’as-saillir chacun jour plus aigrement, froiss. i, i, tôt.|| xvi” s. Son secrétaire qui l’avoit voulu empoison-ner, il ne le punit pas plus aigrement que d’unemort simple, mont, ii, t 28 .

— ÉTYM . Aigre et ment; provenç. agramen, ai-grament; catal. agrament; ital. agramente (voy.aigre).

AIGREMOINE (è-gre-moi-n’), s. f. Terme de bo-tanique. Nom d’un genre de la famille des rosacées ;le type de ce genre, aigremoine eupatoire, est ap-pelé plus particulièrement aigremoine.

— HIST. xvi” s. On corrobore les entrailles avecles trochisques d’aigremoine, paré, xx, 38. Absin-the, eupatoire ou agrimoine, id. xxv, 6. Aigremoineest appelée eupatorium, d’Eupator roi, qui le premierla mit en réputation, o. de serres, 612 .

— ÉTYM . Par corruption pour argémone (voy. cemot).

AIGItEMORE (è-gre-mo-r 1 ), s. m. Charbon pulvé-risé, préparé pour les feux d’artifice.

— ÉTYM . Etymologie ignorée. Cemot, donné parl’Académie , est d’ailleurs tout à fait inconnu.

AIGltET, ETTE (è-grè, grè-t’), adj. Un peu ai-gre. Fruit, goût aigret.

— SYN. aigret, aigrelet. On a essayé de trou-ver une différence entre ces deux diminutifs. Ona dit que aigrelet désignait quelque chose de rnoinsaigre que aigret, ou quelque chose de plus petit, àquoi serait attachée la qualité aigre, vu que aigretest le diminutif simple, et que aigrelet est un dimi-nutif de diminutif. Cela est vrai ; mais la distinc-tion est illusoire. Aigret ou aigrelet signifient, l’unet l’autre, légèrement aigre, sans nuance appré-ciable.

— hist. xv' s. Après l’aigret trouve on la doulcemeure, ch. d’orl. Rond. || xvi” s. Des cerises ai-grettes, paré, xx, 25.

— ÉTYM . Aigre.

AIGRETTE (è-grè-t’), s. f. || l”Sorte de héron blancqui porte une aigrette. || 2“ Bouquet de plumes ef-filées et droites, qui orne la tête de quelques oi-seaux. || 3° Plumes en faisceau, qui servent à laCoiffure des femmes, à l’ornement des dais et descasques, et que, dans les grandes cérémonies, onplace sur la tête des chevaux. Quoi Lisette, est-cevous? Vous avec des bijoux! Vousavec une aigrette!Béranger, Cen’est plus Lisette. || 4“ Pompon en formed’aigrette. Les colonels portent une aigrette. || 5“ Bou-quet de diamants, de perles en forme d’aigrette.Elle a trouvé dans sa corbeille une aigrette en bril-lants. || 6° En termes de physique, rayon lumineuxqu’on aperçoit aux extrémités des corps électri-sés. || 7” En termes de botanique, filets déliés quisurmontent les graines de certaines plantes. L’ai-grette est la partie supérieure du calice. || 8° Termede blason. L’oiseau de ce nom qui paraît dans l’écu.de profil et passant.

— hist. xvi” s. Touchant les poulailles estrange-res.... les poules d’eau, le héron, l’otarde, le halle-bran, l’aigrete, o. de serres, 345.

—ÉTYM . Bdon et après lui Ménage tirent aigrette,dans le sens de touffe de plumes, de aigrettt, sorte

de héron, à cause que cet oiseau porte en effet uneaigrette. Puis ils pensent que l’aigrette oiseau a éténommée ainsi de l’aigreur de sa voix. MaisDiez, avecraison, rapproche ce mot de l’italien aghirone, duprovençal aigron, en patois du Berry, égron (voy.héron).

AIGRETTÉ, ÉE (è-grè-té, tée), adj. Pourvu d’uneaigrette. Une graine, une semence aigrettée.

— ÉTYM . Aigrette.

AIGREUR (è-greur), s. f. || i” Qualité de ce quiest aigre. Ce vin, ce lait a de l’aigreur. Le goût nenous dit rien des sucs exprimés sur notre langue, nicomment ils doivent être faits pour nous causer duplaisir ou de la douleur, de la douceur ou de l’ai-greur ou de l’amertume, boss. Corot. iii, 8. ^“Rap-ports que causent certains aliments ou des alimentsmal digérés. Je suis sujet à des aigreurs d’estomac.|l 3° Fig. Disposition d’esprit qui se traduit en parolespiquantes. L’aigreur de la discussion. Plaisanteriespleines d’aigreur.Cela leur donne de l’aigreur. Danstoute la maison II règne un air d’aigreur et de divi-sion, gress. leMéch. i, t. Conservant toute l’aigreurqu’ils ont l’un pour l’autre, sév. 412. Je ne gardepour lui, monsieur, aucune aigreur, mol. Tart. iv, t.Et l’aigreur de la dame à ces sortes d’outrages, Dontla plaint doucement le complaisant témoin, Est unchamp à pousser les choses assez loin, mol. Éc. desmar. i, 6. Ses aumônes, s’étendant par leur abon-dance même sur les ennemis de la foi, adoucis-saient leur aigreur et les ramenaient à l’église, boss.Reine d’Angl . Pour ne rien rabattre de ses aigreurset de ses caprices, mass. Culte. Pour contenter l’ai-greur dont ils étaient animés, il ne leur suffisait pasde parler; il fallait que la gloire.... bourd. Pensées,t. iii, p. 355. Est-ce un adoucissement que nous pré-tendons mettre aux avis que nous lui donnons [auprochain], pour en tempérer l’aigreur et pour leslui faire mieux goûter? id. ib. t. n, p. 299. Chacunea son sujet d’aigreur ou de tendresse, corn. Pomp.v, 2. L’impérieuse aigreur de l’âpre jalousie, id.Sertor. i, t. || 4”Sentimentpénible.Ilyade l’aigreurentre eux, il y a un commencement de brouillerie.Mon épargne depuis en sa faveur ouverte, Doit avoiradouci l’aigreur de cette perte, corn. Cinna , n, 4. Maiscomme il est, seigneur, de lafatalité, Que l’aigreursoit mêlée à la félicité.... id. Pomp.v, 5 . Voltaire areproché à Corneille l’emploi d’aigreur dans ces vers,disant qu’il fallait amertume. Mais aigreur peut très-bien avoir le sens donné par Corneille, et on le trou-vera à l’historique, employé dans Montaigne delàmême façon : les aigreursdu mariage. j| 5°Qualité ai-gre, en parlant d’un métal. Le fer même s’adoucitdans le feu et sous le marteau, et corrige son aigreurnaturelle, boss. Connais, v, 4. [| 6” Auplur. En ter-mes de graveur, tailles trop profondes.

— HIST. xvi” s. Rondeau où toute aigreur abonde,Va veoir la douceur de ce monde. Telle douceurt’adoucira, Et ton aigreur ne l’aigrira, mahot, ii,416. Les cavitez qui sont entre lesdits grains,causent une aigreur et rudesse à la meule d’oùvient sa puissance et action d’aiguiser les outils,palissy, 283. Aussi la peur surmonte elle en aigreur[force, vivacité] touts aultres accidents, mont, i,63. Les aigreurs comme les doulceursdu mariage setiennent secrettes par les sages, id. iii, 343. Sonstile sent un beuveur d’eau, un grand travail, etensemble une aigreur et austérité de nature, amyot,Cicér. et Démos. 2.

— étym. Aigre; provenç.et catal. agror.

AIGRI, IE (è-gri, grie), part, passé. Devenuaigre, au propre et au figuré. Vin aigri. Lescœurs sont aigris. Aigri par le malheur. Thésée ,aigri par mes avis, Bornera sa vengeance à l’exil deson fils, rac. Phèd. iii , 3 . Vous vous imaginezsans doute que les affaires sont bien aigries, retz,IV, 41.

fAIGRIÈRE (è-gri-ê-r’), s. f. Petit-lait aigri qu’onmêle avec du son et qu’on donne aux cochons.

f AIGRIN (è-grin), s. m. Terme de jardinage.Nom donné aux jeunes pommiers et poiriers, sansdoute parce que le fruit en est aigre.

AIGRIR (è-grir), v. a. || 1° Rendre aigre. Lachaleur aigrit le lait. Le temps n’aigrit pas toutessortes de vins. || 2° Fig. Irriter. Je parlais pour l’ai-grir, et non pour me défendre, corn. Cinna, v, 2.Mais sans doute, seigneur, ma présence l’aigrit,id. Nicom. iv, 2. Si le mal vous aigrit, que le bien-fait vous touche, rac .Esth. iii, t. Les reproches nefaisaient qu’aigrir les esprits, boss. Hist. m, 3. Samauvaise fortune avait aigri son esprit, sév. 345.Connaissez donc Titus , voyez toute son âme, Lecourroux qui l’aigrit, le poison qui l’enflamme; 11brûle pour TuUie,,.. voit. Brut, t, 4. Je vou» plains

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de servir sous ce maître farouche, Que le mériteaigrit, qu’aucun bienfait ne touche, id. ib. n, 2 .|| 3“ En parlant des choses. Seigneur, trop d’amer-tume aigrirait vos reproches, rac. Jphig. m, 7.....Vient de son désespoir aigrir l’inquiétude, idBrit.v, 8. Aigrir les soupçons de quelqu’un, id. ib.i, 2 .La vraie vertu a pour les princes quelque chosed’âpre; elle leur parait trop austère et trop indépen-dante; elle les effraye et les aigrit; ils se tournentvers la flatterie, fén. Tél. xxiv. Une douceur que rienn’émeut ni aigrit, dont rien ne trouble la paix , etqui s’applique partout à la maintenir, bourd. Pen-sées, t. i, p. 90. Ceux même dont ma gloire aigritl’ambition, id. Iphig. i. l. Rougissez d’un silenceQui de vos maux encore aigrit la violence, id. Phèd.i, 3. Pourquoi venir encore aigrir mon désespoir?id. Rér. v, 5. Allons, suivons ses pas, aigrissonsses ennuis, volt. Brutus, n, 3. Ils ont aigri lesmaux, loin d’y remédier, mass. Écueils. Vous di-rai-je les noms de ces grands personnages Dont j’aidépeint les morts pour aigrir les courages? corn.Cinna, i, 3 .

aigrir, u. n. Devenir aigre. Le vin aigrit dans untonneau malpropre. Ce lait a aigri par l’influencedu tonnerre. || II se conjugue avec l’auxiliaire avoir.

s’aigrir, v. réfl. || 1“ Devenir aigre. Le vin s’aigrit àl’air. Le vin s’aigrit dans mon gosier Chez un traiteurmaussade, bérang. Éloge de la Rich. Les nourrituresvégétales donnent un lait plus promptàs’aigrir, 1 . 1 .rouss.J im. t.Lavoixse durcit ou s’amollit, elle s’enfleou se rétrécit, elle va même jusqu’à s’aigrir, d’oli-vet, Prosodie franc. || 2° S’irriter. Il s’aigrissait dejour en jour contre son frère. Vous savez que sa bileassez souvent s’aigrit, mol. l’Étour. i, 2 . Il s’aigrit ets’irrite contre la vertu, fén. Tél. m. Je crains.... Queson courroux ému ne s’aigrisse à me voir, corn.Pomp. iv, 2 .

— hist. xvi” s. Telle douceur t’adoucira, Et tonaigreur ne l’aigrira, marot, ii, 416. Les cueurs nes’en aigrirent à l’encontre de Pericles , amyot, Pé-ri cl. 66. Lui voyant que le peuple en estoit indigné,l’aigrit et irrita encore davantage, id. Ale. 22 .

— étym. Aigre. L’ancien français a le verbe ai-grier, qui veut plutôt dire tourmenter.

f AIGRISSEMENT (è-gri-se-man), s. m. || i” Ac-tion de devenir aigre. L’aigrissement du lait. || 2° Fig.L’aigrissement des esprits.

— ÉTYM . Aigrir.

AIGU, UË (è-gu, gue), adj. || 1” Terminé enpointe ou en tranchant. Javelot, fer, bâton aigu.Feuilles aiguës. || 2” En parlant de la voix et des sons,clair, perçant. Un sifflement aigu. || Substantive-ment.Le désordre est dans ses chants [du rossignol],il saute du grave à l’aigu, chateaub. Génie, i, v, 5.I| 3” Fig. Violent, excessif. Souffrance, colique ai-guë. Avec des peines si aiguës dans le corps, boss.Lett. abb. 61 . || 4° Fig. Qui pique. Epigramme aiguë.Il n’y a pas longtemps qu’ils [les prédicateurs]avaient des chutes et des transitions si ingénieuses,quelquefois même si vives et si aiguës, qu’ellespouvaient passer pour épigrammes, la bruy. 4 5.On y associe [dans la conversation] les maximes et lessaillies, la satire aiguë, l’adroite flatterie et la mo-rale austère, j. j. rousseau, Jlél. ii, 44. || 5”En termesde médecine, affection, maladie aiguë, rapide danssa marche et son développement. ]| 6° En termes degrammaire française , accent aigu [’], accent qui semet sur l’é fermé. || 7” En termes de grammairegrecque et latine, accent aigu, accent qui indiquel’intensité de la voix sur la syllabe qui le porte.|| 8” En termes de géométrie, angle aigu, angle quiest moins ouvert que l’angle droit. || Il se place tou-jours après le substantif : Un fer aigu; une maladieaiguë.

— HIST. xi” s. [Il] broche le bien des aguz espé-rons, Ch. de Roi. cxvii. || xii" s. Un haume agu luilacent por amor, Ronc. p. 64. || xiii” s. Mainte roncey trouvai et mainte espine ague, Rerte, lu. Ele [laflèche] iert ague por percier, Ettrenchans cum ra-soir d’acier, la Rose, 4855. || xiv” s. Les fors esoperacions et faiz périlleux sont acus et aspres,constans et perseverans, oresme, Eth. 82. Et celuiqui jouxte d’une lance ferrée et acue etquide qu’ellesoit sans fer et ronde au bout devant, id ib. 62 .

|| xv” s. Adont les voulentez agues et sensuellessont alumées et avivées, christ, pisan, Charles v ,i, ch. 9. Aumousniere de vieulx naveaulx, Gar-dianne de vieulx drappeaulx, Le dos esgu commeune hotte, coquill. Enquête de ta Simple. Entre-mentes que j’avoie, Dieu merci! engin clair etaigu pour concevoir tous les faits, froiss. ii, iii, 4.Dieu sait qu’il fut servi d’une chere bien rechinéeet d’un agu etenflambû visage, louis xi, Nouv. 4.