BIE
BIE
339
de la considération, du crédit. || Dire du bien dequelqu’un, d’un ouvrage, en parler avec éloge.Cela est assez ridicule que je dise tant de bien de mafille, sév. 2 . Son frère lui a dit du bien de votrestyle, id. 4 44. J’avais dit beaucoup de bien de soncœur, id. 364. On m’a dit cent mille biens de vous,id. 27. Des gens qui lui en ont dit des biens , id.460. On disait à Diogène du jeune homme tous lesbiens imaginables, fén. Diog. || Vouloir du bien àquelqu’un, vouloir le bien de quelqu’un, être biendisposé en sa faveur. Vous voulez du bien à ceux quiprennent ce soin, mol. Sicilien, 7. Il faut briguerla faveur de ceux à qui l’on veut du bien, plutôt quede ceux de qui l’on espère du bien, la bruy. 4.|| On dit qu’une dame veut du bien à quelqu’un,quand elle a pour lui un sentiment tendre. || 4° Xbien, loc. adc. D’une façon qui réussit. Menerune entreprise à bien, faire qu’elle réussisse. Al-ler à bien, venir à bien, se terminer à bien, réus-sir. Puisse cette action se terminer à bien, mol. leDép. m, 4. La chose allait à bien par son soin dili-gent, la font. Fabl. vil, 40. Moyennant Dieu , l’en-fant viendrait à bien, id. Herm. || Mettre à bien,s’est dit quelquefois ironiquement pour séduire, enparlant d’une femme. Encor faut-il du temps pourmettre un cœur à bien, la font. Joe. || 6° En bien,locut. adverb . Avec honnêteté. On ne trompe pointen bien, et la fourberie ajoute la malice au men-songe, la bruy. 4t. || En bien, d’une façon favo-rable. Prendre en bien, interpréter favorablement.Changement en bien. Ne citer ni en bien ni en mal.Ce mot peut être pris en bien comme en mal. || Entout bien, tout honneur, c’est-à-dire à bonne fin, àbonne intention. || Pour le bien, locution familière si-gnifiant à bonnes intentions. Il a fait cela pour le bien.Toute feinte est sujet de scrupule à des saints; Cequ’ils font pour un bien leur semble être une of-iense, la font. Captivité de St-Ualc. || 6° Bien-fait. Pour tant de biens il commande qu’on l’aime,rac. Alhal. i, 4. Le bien qu’on croit caché sort dela nuit obscure, Et le ciel tôt ou tard le paye avecusure, ducis, Âbufar, iii, o. || 7“ Ce qui appartienten propre à quelqu’un, tout ce qu’on possède. Bienpatrimonial. Les biens meubles et immeubles. Onconvie, on invite, on offre sa maison, sa table, sonbien et ses services : rien ne coûte qu’à tenir pa-role, la bruy. 4. Le prodigue de l’Evangile , qui veutavoir son partage, qui veut jouir de soi-même etdes biens que son père lui a donnés, boss. Anne deGonz. Lorsque l’on a du bien, mol. Éc. des mar. i, 2 .Clitie avait aussi beaucoup de bien, la font. Fauc.Telles je les croirai quand ils auront du bien, hi;-gnier, Sat. vc. L’embarras était le bien ; j’en avaisgrand besoin pour nettoyer le mien, st-sim. 46, 468.Un rival odieux, Seigneur, vous enlevait le bien de vosaïeux, volt. Tancr. m, 3. Les saints recommandentaux riches de partager avec les pauvres les biens dela terre, s’ils veulent posséder avec eux les biens duciel, pasc. Prov. 4 6. || Par extension. L’Attiqueest votre bien.... rac. Phèd. il, 2 . Ma vie est votrebien, id. Baj. il, 4. Rome est à vous, seigneur, l’em-pire est votre bien, corn. Cinna, u, t. Nos libertés,nos jours ne sont pas votre bien, m. j. chén. Œdiperoi, iii, 2. || Bien de campagne, ou, absolument,bien, propriété rurale . Clitie X cinq cents pas decette métairie Avait du bien, la font. Fauc. || Fa-milièrement. Avoir du bien au soleil, avoir des ter-res, des biens-fonds, des maisons. || En termes demer, le navire a péri corps et biens, c’est-à-dire lacargaison et les hommes ont péri. || Proverbes. Nulbien sans peine. || Le mieux est l’ennemi du bien,c’est-à-dire on risque de gâter un ouvrage, une si-tuation, en essayant trop de l’améliorer.
— hist. xi* s. Serez ses hom [son homme] parhonur et par ben, Ch. de llol. m. Ne ben ne mal[il] ne respont [à] son neveu, ib. xv. Deus, se luiplaist, à bien nous le mercie, ib. xxxvm. Ensem-ble [nous] aurons et le ben et le mal, ib. clvii.|| xii* s. Par amistié et par bien, [je] vous comman-de, Ronc. p. 4 30. Puisqu’en vous sont tout mal es-taint Et tout bien à droit alumé, Couci, m. Lesbiens d’amour que j’ai atendus tant, ib. xm.Douce dame, d’orgueil vous defendez, Ne trahissezvos biens [qualités] ne vos beautez, ib. xiv. Quantplus me truis [je me trouve] pensis et esgaré, Plus[je] me confort as biens dont ele est pleine, ib. Unpetiz biens vaut mieux, si Diex me voie, Qu’on faitcourtoisement Que cent greignor fait envieusement,ib. xvi. S’avec ces biens [beauté et courtoisie] [vous]acueilliezfélonie, ib. xxi. [Je]N’enoi [ouis] nului par-ler qui moult de bien n’en die, Sax. vu. El tuen bienplatsir seraexalcedli notre corz [corne], Liberpsalm.p. 4 27. || xm* s. Et défaire tout bien [elle]fu engrant
BIE
convoitise, Berte, vi. Qui de bien est venus, drois estqu’à bien retraie, ib. vm. Dame, ce dist Tybers, gransbiens vousest venus, t'h.xxiv. Et qu’à force [elle] leurtout [enlève] leur biens et leur richoise, ib. lxii.Quant [elle] parti de ma terre, de tous biens [qua-lités] estait pleine, ib. i.xxiv. [Dieu ] Qui vous rendeles biens que vous fais nous avez, ib. cxxxii. Car,amis, [je] ne prise une prune Contre ami les biensde fortune, la Rose, 8444. En tele maniéré se poton entremetre d’autrui service, tout n’i pensast onfors qu’à bien, beaum. xxix, 4 2. Pour ce que il cui-doient avoir bien [récompense], il descendirent àpié, et Paieront saluer là où il chaçoit aus bestessauvages, joinv. 235. || xiv* s. Instruments desquexl’on se peut aidier et en user en bien, oresme,Eth. 21 . Jà soit ce que les biens de fortune ont au-cune foiz mestier; et s’en aide l’en en aucunes no-bles operacions, id. ib. 24. Bien est ce que touteschoses désirent, id. ib. 2 . Ainsi doit dire cuer quià bien veult penser, Et c’est toute la fin où li honsdoit penser, Guescl. 4 54 78. || xv* s. L’endemain ilfit faire et appareiller instruments et engins, pourplus fort assaillir le chastel, et bien dit qu’il ne s’enpartirait pour bien ni pour mal, si l’auroit à sa vo-lonté, froiss. i, i, 449. Sainte Marie, dis-je au che-valier, que vos paroles me sont agréables et queelles me font grand bien, id. ii, iii, 42. De cellechose s’enfelonna le duc de Berry sur le comte deFoix, et| n’en pouvoit le dit duc ouïr parler en biendevant lui, id. ib. Grant bien me fait à m’y mirer, Enactendant bonne esperance, ch. d’orl. Bal. 35. Quibien fera, bien trouvera, id. Rondeau. Il votait [vou-lait] du bien beaucoup au dict leur roy, nonobstantqu’ennemy feust à son cousin germain le roy Henry,chastel, Chron. des ducs de Bourg, n, ch. 46. Le-quel, comme je croy, le fait pour vostre bien, etpour maintenir sa maison vive, id. ib. u, ch. 27.Et certes, on ne peut trop honorer ne faire debien à un vaillant homme d’armes ; car moult enest le mestier périlleux, Bouciq. n, ch. 4 9. Ilfault dire du bien le bien, coquill. Plaid, dela simple. X tout quarante ou cinquante gentilzhommes de Savoye, gens de bien, comm. i, 3.Les hommes de bien et vertueux de cette avant-garde se tindrent ensemble, id. ii, 40. Tous deuxavoient autreffois receu bien du roy, id. i, 42.|| xvi* s. J’ay ung merveilleux regret d’avoir perdule bien de les voir si tost que je le désirais, mars.Lelt. 84. La plupart des hommes attendent à fairedes biens [aumônes, bonnes œuvres], lorsqu’ils sesentent assaillis de la mort, id. Nouv. lv. Se servird’une chose au bien de sa cause, mont, i, 4 9. Sesbiens furent confisqués, id. i, 39. Perdre son bien,id. i, 64. [Par sa mort] donner réputation en bienou en mal à toute sa vie, id. i, 67. Des gents debien, id. i, 428.
— ÉTYM . Provenç. ben, be; espagn. bien ; por-tug. bem; ital. bene. Bien ne peut pas venir de bo-num; à la vérité, dans le dialecte normand, bonusavait donné buen, comme homo, huem, et cornes,cuens; mais il n’y a aucun exemple que cet u y aitété changé en t. Il vient donc de bene, adverbe,mais adverbe transformé par les langues romanesen un substantif et même, comme dans un exem-ple du xii* siècle (bien plaisir), en un adjectif.
2. BIEN (biin; devant une voyelle ou une hmuette, l’n se lie : bien honorable, bien écrire,dites : biè-n honorable, biè-n écrire; quelques-unsdisent : biin-n honorable, biin-n écrire, en don-nant à biin le son nasal de in dans indigne ; celan’est pas bon ; la règle générale de ces prononcia-tions, sauf exception, est donnée par vinaigre, vi-nai-gre, qui n’a pas souffert du mauvais usage), adv.|| l°De la bonne manière.Très-bien, bien, émerveille !Très-bien, pour encourager. Voyageur bien vêtu. Ila bien employé son temps. Vous ferez bien de venir.En cela, je crois avoir bien vu. Vivre bien. Cet ha-bit lui va bien. Champ bien cultivé. Bien écrire.Statue fort bien faite. Homme bien né. Cet acteurdit fort bien. Ilne discerne pas bien la vérité. Bienagir avec quelqu’un. Se bien conduire. Une chosebien ou mal faite. Surtout il est instruit en l’art debien régner, corn. Nicom. ii, 3. S’il est si bien ins-truit en l’art de commander, id. ib. Bien camper,bien choisir à chacun son emploi, id. Sertor. m, 2.Le monarque des dieux s’avisa pour bien faire....la font. Fab. u, 8. Nous faisons donc bien de nousécrire, sév. 2 io. Est-ce à moi que Ton parle? ai-jebien entendu? volt. Zaïre, m, 7. L’affaire est d’im-portance, et, bien considérée, Mérite en plein con-seil d’être délibérée, corn. Cid, ii, 9. Cet ordre, àbien parler, n’est que ce qu’il lui plaît, id. Nie.iv, 6. Ceux qui font bien mériteraient seuls d’être
enviés, s’il n’y avait encore un meilleur parti àprendre, qui est de faire mieux, la bruy. 4. Leshommes sont comme les plantes, qui ne croissentjamais heureusement, si elles ne sont bien culti-vées, montesq. I.ett. p ers. 4 22 . || C’est bien fait,c’est-à-dire il a eu ce qu’il méritait. On Ta puni, c’estbien fait. || Aller bien, se bien porter. Le maladene va pas bien. || Aller bien, prospérer, réussir. Lecommencement va bien pour vous. Les affaires vontfort bien. Tout va-t-il bien? || Tourner bien, réussir.Suivant que cela tourne bien ou mal. || Venir bien,en parlant des plantes, croître et se développer. Lavigne viendra bien à cette exposition. || 2°Beaucoup,fort, très, entièrement, tout à fait. Une lettre bientangue. Encore bien jeune. Cela est bien désirablepour nous. Chemin bien meilleur. Je suis bienmalheureux. Il a parlé bien sévèrement. Ceuxqui m’aiment bien. Connaître bien quelqu’un. Cequ’il veut, il le veut bien. J’ai bien peur que.... Ilspayeraient bien pour obtenir cela. Parmi les chosesque j’ai à vous dire, vous saurez bien démêler ce quivous est propre, boss. La Valliire. Rappelez bienplutôt ce cœur qui tant de fois M’a fait de mon de-voir reconnaître la voix, rac. Bérén. iv, 5. Jesongebien plutôt à me percer moi-même, id. Mithr. v, 4.Quand ils vous accusaient, je les croyais bien moins,corn. Nicom. m, 8. Y va-t-il de l’honneur? y va-t-ilde la vie? — Il y va de bien plus, id. Poly. i, 2.Êtes-vous pleinement content de votre gloire ? Avez-vous bien promis d’oublier ma mémoire? Mais cen’est pas assez expier vos amours : Avez-vous bienpromis de me haïr toujours? rac. Bérénice, v, 6.|| Bien vendre, vendre à prix élevé. || C’est bien lui,c’est lui en effet, véritablement. || Vous voilà bien,le voilà bien, on vous reconnaît, on le reconnaît àcela. Il a donné son argent à ce pauvre; le voilàbien; c’est un si bon cœur. Il a cru ce que lui di-sait un charlatan; le voilà bien; il est si crédule.|| 3° Environ, à peu près. On marcha bien quinzejours. Ces places étaient bien au nombre de trente.Étant bien êgé de vingt ans. || 4“ i la vérité,en effet, formule de concession ; quelquefois dansun sens ironique, et quelquefois rédondant. Cesont bien là de bons philosophes, mais.... J’a-vais bien entendu dire.... J’ai bien dit que....Je voudrais bien être clément,- mais.... Je voudraisbien que.... Je sais fort bien que.... Je ne sais pasbien si.... Je vois bien que.... Je comprends biencela. Le ciel a bien ce souci 1 Le peuple s’inquiètebien de cela ! C’était bien à moi de venir les trouver !C’était bien la peine de.... Je 1e veux bien. Dites bienà votre roi.... As-tu bien pu craindre que...? Quandbien même il l’avouerait. Le dieu qu’il [Moïse ] vous amontré a bien une autre puissance, boss. Hist. ii,p. 463. Ne voyais-tu pas bien, quand je l’allais trou-ver Que j’allais avec lui me perdre ou me sauver ?rac. Baj. iv, 7. De ce trait généreux serait-il biencapable? volt. Zaïre, v, 40. Le fameux Scipion lefut bien [lieutenant] de son frère, corn. Nicom. il,».Elle [Rome] peut bien souffrir en son libérateurCe qu’elle a bien souffert en son premier auteur, id.Hor. v, 3.La première, Qui, de le voir s’aven-
turant, Osa bien quitter sa tanière, la font. Fabl .il, 4. || 5* Cas où bien peut précéder son verbe.Comme bien vous savez. || Bien lui a pris de s’êtreretiré en toute hâte, heureusement pour lui il a eul’idée de se retirer. Bien lui prit de son indiffé-rence, hamilt. Gramm. 8. Cette tournure a cela departiculier qu’elle est obligatoire et qu’on ne peutdire : il lui prit bien de son indifférence. || 6° Bien,dans le style élevé, se metparfois en tête de la phrase,et alors le sujet se place après le verbe. Cette tour-nure a un peu vieilli; cependant elle est encore usi-tée, et, quand on l’emploie bien, elle fait bon effet.Bien sais-je que.... Bien semble être la mer unebarre assez forte.... malh. ii, 4 2. Bien est-elle unsoleil, et ses yeux adorables.... id. ii, 8. || 7° Dansle bien, conformément au bien. Ici bien a un em-ploi mixte, moitié substantif, moitié adverbe, em-ploi résulta nt de son origine commune avec bien sub-stantif. Cela est bien. Croyez-vous que cela soit bien,ou croyez-vous cela bien ? Ah ! cela n’est pas bien !On trouve ceci bien et cela mal. || C’est bien, c’estfort bien, exprime l’adhésion, le consentement. C’estbien, je n’en veux pas savoir davantage. C’est bien,on fera ce que vous désirez.On s’en sert aussi ironi-quement et par reproche : c’est bien, ne vous gênezpas. || C’est bien à vous de parler ainsi, à parlerainsi, il vous convient bien de....Sé dit par ironie etpar reproche. || Impersonnellement, il est bien deou que, il est juste, il est bienséant. Il est bien degarder le silence. 11 n’est pas bien que cette jeunefille sorte seule. || Tout est bien, les choses du monde