CHE
CIÎE
déliés. || S*S. m. Le chevelu, l’ensemble des divisionsles plus ténues des racines, par lesquelles l’arbrepompe les sucs nourriciers. On nous a montré, enAngleterre, une espèce de cresson fort curieux; ilporte plusieurs chevelus dans ses cimes; lorsqueceux qui se trouvent à l’une des extrémités de lamasse sont assez longs pour atteindre au fond del’eau, ils y prennent racine, chateaub. Génie, i,v, H.
— hist. xn* s. Il n’i fist joie ne cheveluz ne chauz[chauve], Ronc. p. U». || xm*s. Se vous aviés passéle flum Jordain, vous n’i atenderiés ne cauf ne ke-velu, Chr. des Rains, 203. Il n’i remest ne bons nemaux Fors eulx, ne cheveloi ne eaux [chauve],Ren. 1 2672. || xvi* s. Par l’espaisseur des forets che-velues, dubell. il, 13, recto. Allez, filles de la Nuict,De longs serpens chevelues, in. n, 43, recto. End’aucuns endroits, la vigne donne des chevelues etdes margoutes dont on tire de l’argent par chacunan, o. de serres, (46. On attend à y mettre la cro-cete ou la chevelue, après en avoir universellementdesrompu le fonds, in. 4 69. Autant se fasche lechevelu comme le chauve qu’on luy arrache le poil,MONT. I, 316.
— étym. Cheveu; espagn. cabelludo; ital. capelluto.
CHEVELURE (cheu-ve-lu-r’; voyez à chevelu, la
remarque sur la prononciation ; Richelet écrit ché-velure), s. f. || 1° L’ensemble des cheveux. Avoirune belle, une longue chevelure. Il n’y avait autre-fois que les rois de France qui eussent droit dechevelure, thiers, Hist. des perruques, ch. u, dansrichelet. Moi aussi, j’ai eu la physionomie dévas-tée et une chevelure renouvelée des rois mérovin-giens, reybaud, Jér. Paturot, i, 4. Grands mâtsrompus, traînant leurs cordages épars, Comme deschevelures, v. hugo, Orient. 2 . || Enlever la cheve-lure, se dit des sauvages de l’Amérique du Nord , quienlèvent une portion du cuir chevelu d’un ennemivaincu et en font un trophée. Ontalissi et Miscouqui ont enlevé plus de cent chevelures aux hérosMuscogulges, chateaub. Atala, 24 4 . || 2“ Par ana-logie et poétiquement, le feuillage des arbres. Laverte chevelure du pin. Les arbres ont perdu leurchevelure verte, godeau, dans richelet. || 8* Termed’astronomie. La chevelure d’une comète, traînéede matière lumineuse et diffuse qu’elle emporte avecelle. Une comète dont la chevelure menace la terre,balz. Socr. chrétien, dise. 40. || La Chevelure de Bé-rénice, constellation de l’hémisphère septentrional.|| 4* Terme de botanique. Espèce d’aigrette forméepar un faisceau de poils longs et mous qui couron-nent certaines graines, et qui est inhérent à la tu-nique propre. || Touffe de feuilles qui couronne l’a-nanas.
— HIST. xp s. [Il] tranche la coife et la cheve-leüre, Ch. de Roi. en. || xn* s. Sa cheveleüre bloie,Ses blansdois Ions et traitis, Coud, p. 4 20 . || xm* s.C’est une chose moult plaisant Que biauté de cheve-leüre, la Rose, 4 3786. || xvi* s. Hérissant sa cheve-lure, dubell. m, 78,recIo.La vigne sera tous-jourspropre à planter, pourveu qu’elle aie belle cheve-lure [racines], o. deserres, 4 89.
— ÉTYM . Picard, carelure; Berry, cheverlure;provenç. cabelladura ; ital. capellatura; du latincapillatura, de capillus, cheveu (voy. cheveu).
fCHEVER (che-vé), v. a. || 1* Creuser une pierreprécieuse par-dessous, pour affaiblir la couleur lors-qu’elle est trop forte. || 2* Rendre concave une piècede métal. || 3°Faire subir au verre le chevage. Ver-res chevés. verres pour montres et pendules.
—HIST. xm* s. Prestre Martin se porpensa, Qu’unegrant fosse chevera, Ren. 7408. || xvi* s. Nul ne peutcheverne faire entreprinse sur la chausseure [chaus-sée] d’icelle ville, Coustumier gén. t. i, p. 528.
— étym. Chever, ancienne forme de caver (voy.ce mot).
CHEVET (che-vè ; le ( ne se lie pas dans le par-ler ordinaire; au pluriel l’s se lie : les che-vè z et...;chevets rime avec traits, succès, jamais), s. m.Il 1“ Partie du lit où l’on met la tête. Pecquet étaitau chevet de mon lit [me soignait] pour un épouvan-table rhume, sEv. 28 . Mme de Mouchi est à sonchevet, id. 389. || Poétiquement. Dans mon réduitoù l’on voit l’indigence Sans m’éveiller assise à monchevet, bérang. Dieu des bonnes gens. || 2* Sorte d’o-reiller allongé qui se met à la tête du lit, autrementdit traversin. || Fig. Il a trouvé cela sous son chevet,il Ta rêvé, imaginé ou inventé. Allons sur le chevetrêver quelque moyen, corn, le Ment, m, 8. || Êtrebrouillé avec le chevet, ne pouvoir s’endormir, avoirdes insomnies. Je croyais qu’il n’y eût que les amantsqui fussent brouillés avec le chevet, Femme pousséeà bout, comédie, dans le roux, Dict.com. || Droit
CHE
de chevet, certaine somme qu’un officier des com-pagnies supérieures payait à ses confrères quand ilse mariait. || 3* Êpée de chevet, poignard que Tontenait, la nuit, à sa portée. || Fig. Toujours de l’ar-gent I Voilà leur épée de chevet, de l’argent! mol.VAv. iii, 6. j] Livre de prédilection, celui qu’on litavant de s’endormir. L’Iliade d’Homère était l’épéede chevet d’Alexandre. || 4® Tout ce qui sert à ap-puyer la tête pendant le sommeil. Un sac de blélui servait de chevet. || Fig. L’insouciance est, enquelques circonstances, le meilleur des chevets.|| 5° Partie qui termine le chœur d’une église oùest l’autel, où se célèbrent les mystères, et qui estsouvent plus élevée que le reste. || 6° Rebord deplomb, qu’on met aui chéneaux d’un toit, près dela gouttière, pour empêcher que l’eau ne s’échappe.|| Lit ou mur d’un filon. || 7“ Terme de marine. Gar-niture pour garantir du frottement. || Terme d’artil-lerie. Coin de bois propre à faire varier l'inclinaisondu mortier. Gros billot de bois qui, placé sous le der-rière de l’affût d’un canon, en soutient la culasse.
— hist. xm* s. Et soit li cavés du lit haus et biencouvers de dras, alebrant, f® 7. Lors se torna Mer-lins lez le chevez, et li consoille moult bas en l’o-roille, merlin, f“ 70, verso. Desos le chevès à l’en-fant, Grégoire le Grand , p. 22. Monte au chevaisàdestre main, Où gist le corps de St. Romain, ducange, capitium. Que Herodefist martirer, Le chevet[tête] à glaive trancher, id. ib. Et se il ne se pueentconcorder, li vallés puet aier en la place au chevetSaint-Gervais , devant la meson la converce, Livre desmét. 132. Frere Yves trouva un livre au chevès du litau vieil, joinv. 260. || xiv* s. Vostre ymage richementparée et mise haut du chevet de mon lit, machault,p. 4 44. || xvi* s. Le triumvirat, estant de retour aucamp, haussa le chevet à leurs demandes [les ren-dit plus exigeants], d’aub. Hist. i, 4 42. 11 les mettoitla nuict dessous son chevet de lict avec quelquesautres armes, id. t'6. i, 337. Point qui, depuis Phi-lippe de Commines , n’a esté gueres bien connu parceux qui ont écrit, pour n’avoir pas fait leur chevetau pied des rois, comme lui et moi, id. ib. u, 345.Portant quelques chevets de licts sur les murailles,où ils sejoumoient jour et nuict, id. ib. u, 444 . Elleprend son arc turquois, Recoiffe sa tresse blonde,Met pour chevet son carquois, Puis s’endort au bruitde Tonde, rons. 433.
— ÉTYM . Picard, cavet. La forme régulière estl’ancienne forme chavais ou chavès, de capitium si-gnifiant dans le bas-latin chevet d'église, et dans lelatin classique vêtement couvrant la tête, et qui,ayant l’accent sur pit, donne régulièrement chevais ;la finale atium, ilium donnant d’ordinaire as,ais,es. Chevet, diminutif de chef, signifie proprementtête, et a été assimilé par confusion à chevais.
j- CHÈVETEAU (chè-ve-tô), s. m. || 1* Dans unmoulin, grosse pièce de bois, sur laquelle tourne letourillon de l’arbre. || 2* Terme de charpenterie. So-live d’enchevêtrure.
CUEVËTRE (che-vê-tr’), s. m. || 1* licou. Chevêtrede cuir. || 2* Terme de chirurgie. Bandage que Tonemploie pour maintenir réduites les fractures et lesluxations de l’os maxillaire inférieur. |1 3* Terme decharpenterie. Pièce de bois dans laquelle on em-boîte les soliveaux du plancher. || Terme de serrure-rie. Barre de fer servant de soutien.
— HIST. xi* s. Les altres quatre [chevaux] cha-ceürs e palefreiz à freins et à chevestres, Lois deGuill. 22. || xn* s. En chevestre et en frain lur mai-xeles [des chevaux] cunstrain [contrains, à l’impé-ratif], Liber psalm. p. 39. ||xni*s. Cordier de Paris si sont quite pour les chavestres que il doivent aussoumiers lou Roy, Liv. des mét. 291 . Ne pues-tu pastrover à vendre Ou hars, ou cordes, ou chevestres?la Rose, 8779. Li mondes nous assaut à destre et àsenestre ; Et deables chevauchent sans frein et sanschevestre, J. de meung. Test. 4 428. || xv* s. Lors seleva la roine et fit lever les six bourgeois [de Calais ]et leur oster les chevestres d’entour leur cou....froiss. i, i, 324. Un suaire sur son braz, le che-vestre au coul et le coustel au poing, al. chart.l’Esperance. Ma chere dame, j’ay un maistre, Ungrand bourgois sy mal chevestre, Que je ne puys àlui durer, Mir. de Ste Genev. ||xvi*s. ....L’enfermeet clost : et du rude chevestre Lye son col, qui n’amérité d’estre Ainsi traicté, marot, iv, 46. Il vaprendre le chevestre de son mulet, qui estoit decordes, lequel il vint approprier au col de sa femme,yver, p. 647.
— ÉTYM . Provenç. cabestre; espagn. cabestro;ital. capestro ; du latin captifrum, de copere,prendre (voy. capable).
597
fCIIEVÊTRIER (che-vê-tri-é), î. m. Pièce quisert de support à un tourillon. || Solive d’enchevê-trure.
CHEVEU (che-veu; le pluriel cheveux se pro-nonce che-veû, c’est-à-dire le singulier comme feu,et le pluriel comme feux), s. m. || l”Poil particulierà la partie de la peau qui recouvre le crâne dans l’es-pèce humaine. De beaux cheveux. Des cheveux bou-clés. Touffe, poignée, boucles, tresses de cheveux.Cheveux d’ébène. Fin comme un cheveu. Les che-veux comme les ongles n’acquièrent de l’accroisse-ment que du côté de la racine. Les Gaulois portaientde grands cheveux; mais quand la monarenie fran-çaise fut bien établie, les Français les portaientcourts, et il n’y avait que les rois et les princes dusang qui les portassent longs, thiers, Hist. des per-ruques, ch. u, dans richelet. Les ridicules aven-turesD’un amoureux en cheveux gris, malh. iii, 3.Je sais que les uns lui mettront, Comme à toi, lesrides au front, Et feront à sa tresse blonde Mêmeoutrage qu’à tes cheveux, id. iv, 16 . Ils récitentforce prières, ils portent les cheveux courts, desc.Pass. 4 90. Jusqu’ici la fortune et la victoire mêmesCachaient mes cheveux blancs sous trente diadèmes,rac. Mithrid. m, 5. Quelle importune main, en for-mant tous ces noeuds, A pris soin sur mon frontd’assembler mes cheveux ? id. Phèdre , i, 3. Et qu’unemain savante avec tant d’artifice Bâtit de ses che-veux l’élégant édifice, boil. Sat. x. J’aime en lui cescheveux tout couverts de lauriers, corn. Scrtor.u, 4. Touche ces cheveux blancs à qui tu rendsl’honneur, id. Cid, m, 6. || Familièrement. Il nelui a pas touché un cheveu, se dit pour exprimerqu’il n’a pas porté sa main sur lui ou sur elle, soitpour battre, soit pour faire quelque tentative trop libre.|| C’est la sagesse qui lui a fait tomber les cheveux,se dit par antiphrase de quelqu’un qui a perdu sescheveux pour n’avoir pas été suffisamment sage,réglé dans sa conduite, à cause qu’une opinion vul-gaire attribue aux excès une calvitie prématurée.C’est mon avis, moi de qui la sagesse A fait tombertous les cheveux, bérang. Mes cheveux. || Être coifféen cheveux, n’avoir pour coiffure que ses cheveuxarrangés de telle ou telle façon. Dans le même sens,être en cheveux. On dit aussi, sans le verbe être :Cette femme ne se tient pas bien, elle sort en che-veux. || Faux cheveux, ceux qui ne tiennent pas à latête, mais qui,y sont appliqués en tresses, tours ouperruques. || Tour de cheveux, bandeaux de faux che-veux que les femmes portaient par devant en placedes leurs. || Se prendre aux cheveux, se dit degens qui, dans une rixe, se saisissent par les che-veux. lisse prennent, ils se tiennent aux cheveux.|| Fig. Se prendre aux cheveux, discuter avec unegrande animosité. Les mères, les maris me pren-dront aux cheveux, Pour dix ou douze contes bleus,la font. Oies. || Prendre une occasion aux cheveux,ne pas la manquer. C’est une occasion qu’il fautprendre vite aux cheveux, mol. l’Av. i, 7. Locutionqui vient de ce que les anciens représentaient l’oc-casion chevelue par devant et chauve derrière;lorsqu’on l’avait laissée passer, on ne pouvait plusla saisir par les cheveux. || S’arracher les cheveux,arracher ses cheveux ; et fig. être en proie à un vio-lent désespoir. Livré au désespoir, il s’arrache lescheveux, fén. Tél. xiv. || Faire dresser les cheveuxà la tête, ou, simplement, faire dresser les che-veux, faire horreur. Les cheveux me dressent à latête, je suis saisi d’horreur. Chaque mot sur monfront fait dresser mes cheveux, rac. Phèd. iv, 6.Des passages qui font dresser les cheveux à la têtedes simples, pasc. Prov. 4 6. Une terreur qui me fitdresser les cheveux, J. i . rouss. Ém. h. Dans lesonge d’Ênée, le silence d’Hector , son soupir suividu : fuge, eripe flammis, font dresser les cheveuxsur la'tête, chateaub. Génie, u, v, 44. || Fa-milièrement. Il ne s’en faut pas de l’épaisseur d’uncheveu, il s’en faut très-peu. Vendôme , après avoirmis le roi d’Espagne à un cheveu de sa perte, man-qua encore de finir la guerre d’un seul coup, en dé-truisant l’armée de Staremberg, st-sim. 283, too.|| Fendre, couper un cheveu en quatre, subtiliser.Je l’ai dit du duc de Chevreuse , je le répète ici dece chancelier [d’Aguesseau], il coupait un cheveuen quatre, st-sim. 463, 423. || Raisonnement tirépar les cheveux, raisonnement forcé, péniblementdéduit. 11 y a d’autres figures qui semblent un peutirées par les cheveux, pasc. Fig. 4 0. C’eût été troptirer les choses par les cheveux, boss. Lett. quièt.97. || Populairement, avoir de beaux cheveux sedit ironiquement pour être dans une position ou unétat misérable, même en parlant des chose».