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— ÉTYM. Espagn. cebada , orge; du latin cibare, Inourrir, alimenter.
CIVADIÈRE (si-Ya-diê-r’), s. f. Terme de marine.Nom d’une voile à peu près abandonnée aujourd’hui,qui s’attachait à une vergue suspendue sous le mâ.tde beaupré. Un coup de gouvernail donné et unecivadière mise mal à propos mirent le vaisseau horsde son rang; mais Ruyter , qui était blessé, ne pro-fita pas de cet avantage, Mém. de Fillette, dans jal.
— HIST. xvi‘ s. Il abat et amure sa grand voiletout d’un coup, et hinsant la civadiere.... d’aub.Hist. Il, 60 .
— ÉTYM . Espagn. cebadera, sebadera, cevadera;portug . cevadeira; ital. xevadera, cixada , eivadera,civadiera; génois, sivadea; grec mod. tîiëâSa.
CIVE (si-v’) ou CIVETTE (si-vè-t’), s. f. Nom don-né à plusieurs petites espèces ou variétés du genreail, et principalement à l’ail schœnoprason deLinné , lesquelles sont appelées aussi ciboulette.
— HIST. mi* s. üingnons, poiriauz, naviaus, ci-vos, qui viennent par eaue ne par terre, doivent dechascune charetée deux deniers de tonlieu, Liv. desmit. 334 . As autres biens qui sunt forain, Ne tu, nenul homme qui vive, N’i avés vaillant une cive, laRose, 6366. Lede estoit et sale et foulée Cele ymage,et megre et chetive, Et aussi vert cum une cive, ib.198. || xv* s. En sang qu’on met en poylettes secherChez ces barbiers, quant plaine lune arrive, Dontl’ung est noir, l’autre plus vert que cive, villon,Ballade . D’aulx et civots qui causent forte aleine,N’en mangeassent bise crouste frottée, id. Contre-dits de Franc Gantier.
— ÉTYM . Provenç. ceba; catal. cebeta; du latincsr.pa, oignon.
CIVET (si-vô ; le I ne se lie pas dans le parler or-dinaire; au pluriel l’s se lie ; des si-vè-z épicés;civets rime avec traits, succès, paix), s. m. Ragoûtde lièvre dans lequel il entre beaucoup de cives etd’oignons. || On dit aussi civet de chevreuil, d’oie,d’outarde.
— rem. Régnier écrit civê (Blanchir en un civé,mon en une lessive, Sat. xi) comme anciennement,ccqui est, vu l’étymologie, la bonne orthographe,t est aussi celle deFuretière, de Richelet et du Dic-tionnaire de l’Académie jusqu’à l’édition de 1762 oùelle écrit civet.
— HIST. xiii* s. Lievres et connins au civé, Fa-bliaux, barbazan, t. iv, p. 88. ||xv*s. Fortes saus-ses, oingnons ne aulx, Civez aguz, poivre ne graigneNe usez, car trop font mal et paine, e. desch. Poé-sies mss. f* 486, dans lacurne. || xv* s. Or y avoitun gros seigneur notable.... Faifeu l’alloit bien fortsouvent esbattre, Et pour certain, sans faire longcivé, X la maison il estoit fort privé, Legende demaistre Pierre Faifeu, ch. xxii.
— ÉTYM . Latin cæpalum, de csepa, cive (voy. cive) :mot à mot, plat à l’oignon. Cæpatum étant un par-ticipe passé a donné civé, comme amatus, aimé.
1. CIVETTE (si-vè-t’), s. f. Voy. cive.
2. CIVETTE (si-vè-f), s. f. || 1°Quadrupède car-nivore semblable à une martre, dit aussi chat mus-qué ( viverra civetta, L.). || 2“ Substance onctueuse,d’une forte odeur de musc, sécrétée par des glandessituées au-dessous de l’anus de la civette. Qui n’avaitpas le goût du musc, civette, ou d’ambre, Régnier,Sat. xi. || Fig. L’on a beau faire bien, et semer sesécrits De civette, benjoin, de musc etd’ambre gris,Régnier, Sat. IV.
— HIST. xv* s. Une petite boistelecte d’argent àmeetre cyvecte, de laborde, Émaux, p. 242. Pourune cage pour mettre une civette nouvellement ve-nue de Levant, m. ib. p. 243. Mais que ce jeune ba-chelier, Laissast ces jeunes bachelettes; Non, et ledeust-on vif brûler.... Plus doulces lui sont que ci-vettes, villon, Or. Testam. double bail.
— ÉTYM . Bas-grec, Çanéviov, de l’arabe xabdd,la substance onctueuse que fournit la civette, d exa-bad, écume.
CIVIÈRE (si-viê-r’), s. f. || 1“Engin propre à trans-porter des fardeaux, qui a quatre bras et est porté pardes hommes. Brissac me mit sur une civière à fu-mier et il me fit porter par deux paysans, retz, iv,324. || 2° Terme de marine. Cordage tenant lieu deracage, à la vergue de civadière. Sorte d’élinguepour changer les canons d’affût. || 8” Nom du bou-vreuil, dans quelques cantons. ||4° Dans la papete-rie, sorte de filtre. || Proverbe. En cent ans bannière,j en cent ans civière, ou cent ans bannière, centansj civière, se dit pour exprimer que les plus illus-tres familles rentrent, à la longue, dans la foule vul-gaire, en un mot que toutes les fortunes changent.
— hist. xiii* s. C’est com le jeu de la civiere,L’un va devant, l’autre derrière, C’en est l’usage,
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I Choses qui faillent en ménagé. || xiv*s. Et buvonstant de vins, parmi no cherveliere [vins qui nousportent à la cervelle, à la tête], Qu’il nous con-vient porter dormir à la chiviere, Baud. de Seb. i,897. || xvi* s. Il y a un vieil proverbe françois qui dit,en cent ans bannière, en cent ans civiere : qui aesté inventé pour signifier, chacune chose avoir sonacroissement et sa déclinaison, lanoue, 226 . Unlaquais, qui roulle une civiere et une malle vertedessus, d’aub. Foen. iv, 13. Et ceux qui [les peuplesnomades] toutes saisons Leurs maisons Roulent surune civiere, rons. 442. Nostre Jacques, roy deNaples et de Sicile , qui, beau, jeune et sain, sefaisoit porter par pays en civiere, couché sur unmeschant oreiller en plume, mont, iii, 287.
— ÉTYM . Picard, chivière; bourguig. sereire, ci-veire; vénitien , eiviera; milanais, scivera; ital.civéo, civéa; du bas-lat. coeno-vehum, de ccenum,boue, et vehere, porter (voy. véhicule), la civièreservant d’ordinaire à porter du fumier. L’italien ,civéo, civéa, représente directement le bas-latin,dont les autres formes proviennent par dérivation.
CIVIL, ILE (si-vil, vi-1’; au pluriel I’s ne se liepas ; des employés civils à tout le monde ; dites ci-vil-à.... cependant plusieurs prononcent cette s:ci-vil-z à....), adj. || 1° Qui concerne les citoyens.La vie, la société civile. Guerre civile, guerre entreles citoyens. La France , sortie enfin des guerres ci-viles , commençait à donner le branle aux affairesde l’Europe , boss. le Teïlier. La vigueur qui, du-rant cinq ans, lui fit dévouer sa tête aux fureurs ci-viles, id. ib. Pourquoi nous déchirer par des guerresciviles? corn. Hor. i, 4. Et les proscriptions et lesguerres civiles, id. Cinna, i, 3. Un parti qui causaquelque émeute civile, mol. l’Étour. iv, l. Soit qu’ensa dernière tête L’hydre civile t’arrête, malh. ii, 6.Les vertus civiles, qui font toute la douceur et toutel’harmonie de la société, massillon, Conty. || An-née civile, l’espace de temps qui est réglé, danschaque Etat, pour la durée des affaires du barreau,des cours de justice, etc. || Année civile se dit paropposition à année astronomique. Comme celle-civaut à très-peu près 366 jours et un quart, pouréviter cette fraction de jour, on compte trois annéesde 366 jours, et la quatrième qu’on nomme bissei-tile en a 366. D’un autre côté, l’année astronomiquecommence au solstice d’hiver, le 21 décembre, etl’année civile au l" janvier qui suit. || Etat civil,la condition d’une personne résultant de sa filia-tion, de ses alliances, de ses droits de famille.|| Actes civils, actes qui constatent l’état civil despersonnes. || Officier de l’état civil, fonctionnairequi est chargé d’enregistrer les naissances, les ma-riages et les décès. || Droit civil, l’ensemble des loisqui règlent l’état des personnes, les biens et les di-verses manières d’acquérir la propriété. Se dit paropposition à droit politique, droit criminel, droitcommercial, droit des gens, droit canonique. || Droitscivils, ceux dont la jouissance est garantie par la loicivile à tout Français . Mort civile, privation com-plète des droits civils. || Liste civile, somme allouéesur le budget de l’État au souverain. || Jour civil,espace de vingt-quatre heures qui se comptent d’unminuit à l’autre. || 2" Terme de jurisprudence. Civilse dit par opposition à criminel. Code, procès civil.Tribunal civil. Matière, procédure civile. || Partiecivile, celui qui agit en son nom et dans son pro-pre intérêt contre un accusé. || Intérêts civils, le dé-dommagement dû sur les biens d’un criminel à ce-lui qui a souffert du crime. Les effets civils d’unjugement criminel. || Requête civile, voie extraordi-naire admise par la loi en certain cas pour fairerétracter un jugement ou arrêt rendu en dernierressort. || Substantivement. Le civil, la voie civile,par opposition au criminel. Vous pouvez le pour-suivre au civil, mais non au criminel. || 3° Civil se ditpar opposition à militaire. Courage civil. Emploi civil.Les autorités civiles, militaires, ecclésiastiques. Bâ-timents civils. || Substantivement. Le civil par opposi-tion au militaire. || Les militaires disent aussi un civil,pour un bourgeois. || 4“ Se dit aussi par oppositionApolitique. Ordre civil, j] Se dit enfin par oppositionà religieux. || 5° Qui appartient à la société, par op-position à sauvage. Ces peuples ne se sont point for-més eux-mêmes par degrés ; ils ont été transportésdu fond des forêts et de l’état sauvage au milieudes cités et de l’état civil, chateaub. Génie, m, m,2 . || 6” Affable, poli, courtois. Civil à ceux à qui ilne pouvait être favorable, fléch. Lamoign. Autre-fois le rat de ville Invita le rat des champs, D’unefaçon fort civile, X des reliefs d’ortolans, la font.Fabl . i, 9. La recherche [de ma fille] en pouvaitêtre honnête et civile, mol. le Dép. m, 8. Recon-
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naissez le héros qui, toujours égal à lui-même, sansse hausser pour paraître grand, sans s’abaisser pourêtre civil et obligeant, se trouve naturellement toutce qu’il doit être envers tous les hommes, boss. Louisde Bourbon.
— hist. xiv* s. Qu’il vousist se recorder de la ci-vile compeignie en laquelle il estoit nez, bercheure,f* 64, recto. Il a convenu que les civiles privées discordes aient esté remises et delaiées, id. f 11 42, verso.Et celle apert estre science ci ville, oresme, Eth. tu.Toute paine criminelle, corporelle et civille, qu’ildevrait ou pourrait avoir encourue ou deservie,Bibl. des chartes, 6* série, t. i, p. 82 . || xv* s. Adonc(dit Tulles ) un homme de grande authorité leurmonstra le grand bien de la vie civile, c’est à direde la communauté de gens, Bouciq. iv, ch. 10 . Ma-let qui estoit civil et subtil home, du cange , civilis.Oster et meurtrir toute vie civile du roy et duroyaume, gerson, Harangue au roi Charles VI ,p. 16 . || xvi* s. Il est plus respectueux et civil de....mont, i, 61 . Guerres civiles, id. i, i 22 . Le debvoirdes armes et le debvoir civil, id. i, h 9. Requestequi sembla raisonnable et civile, amyot, Flamin. 7, 3.
— ÉTYM . Provenç. et espagn. civil; ital. civile;du latin civilis, de civis, citoyen. Comparez à civisl’anglo-saxon, h(v; goth. hciv.
CIVILEMENT (si-vi-le-man), adv. || l“En matièrecivile. Poursuivre, juger civilement. || Être mort ci-vilement, être frappé de la privation de tous sesdroits civils. En cet état-là il est mort civilement,et s’est comme déposé soi-même, balz. 7' Discourssur la cour. || Etre civilement responsable du dom-mage causé par une personne sur laquelle on a au-torité, être tenu des réparations qui dépendent dudroit civil, en cas de délit. || 2° Avec civilité, d’unefaçon honnête et polie. 11 m’a reçu fort civilement.Il en a usé le plus civilement du monde, hamilt.Gramm. 6. Je ne laisse pas de vivre civilement avecceux qui ne le croient pas, fonten. Les mondes,2 * soir. Je n’ai garde d’insulter sur vos misères,comme vous le reprochez civilement, balz. Liv. v,lett. 3. C’est une grande bonté à vous de prendre lapeine de m’écrire et de me traiter aussi civilementque si je ne vous avais pas les infinies obligationsque je vous ai, voit. Lett. 129.
— hist. xiv* s. Home est ordené à vivre civilmentet en communité, oresme, Eth. vm, 14. L’on ditque telz gens conversent civilment, id. ib. 1 80 .|| xvi* s. Qui répond pour un criminel corps pourcorps, avoir pour avoir, n’en est pourtant tenu quecivilement, loysel, 671. Et pource qu’il y a deuxvoies de se justifier, l’nne civile et l’autre chevale-resque, je m’offre à deffendre civilement, que....m. du bellay, 489. Sylla ayant du commencementusé moderéement et civilement de sa fortune,amyot, Sylla, 64. En quoy je ne sçay s’il feit sage-ment ne civilement, de prendre inimitié capitale àl’encontre d’un tel personnage, id. Flam. 37.
— ÉTYM . Civile, et le suffixe ment ; provenç. ci-vilmenl; ital. civilmente. Dans l’ancien français ,civilment, civil est aussi au féminin, par la règledes adjectifs latins en is qui sont des deux genres.
f CIVILISABLE (si-vi-li-za-bl’) , adj. Qui peutêtre civilisé.
f CIVILISATEUR, TRICE (si-vi-Ii-za-teur, tri-s’),adj. Qui civilise, qui porte à la civilisation. Peuplecivilisateur. Opinion, religion civilisatrice. || Substan-tivement. Pierre leGrand, le civilisateur de la Russie .
CIVILISATION (si-vi-li-za-sion; en poésie, de sixsyllabes), s. f.|| 1° Action de civiliser; état de ce qui estcivilisé, c’est-à-dire ensemble des opinions et desmoeurs qui résulte de l’action réciproque des artsindustriels, de la religion, des beaux-arts et dessciences. Au commencement de la civilisation, tur-got, Pens. et frag. || 2° Dans l’école de Fourier, ci-vilisation signifie la période particulière de la viesociale où sont présentement lesnations européennes.
— rem. Civilisation n’est dans le Dictionnairede l’Académie qu’à partir de l’édition de 1836, etn’a été beaucoup employé que par les écrivains mo-dernes, quand la pensée publique s’est fixée sur ledéveloppement de l’histoire.
CIVILISÉ, ÉE (si-vi-li-zé, zée), part, passé. Dotéde civilisation. La Grèce civilisée par l’Orient. Lesnations civilisées, par opposition aux nations bar-bares. || S. m. Celui qui vit dans un pays civilisé.
CIVILISER (si-vi-li-zé), v. a. || 1” Autrefois ren-dre civile une matière criminelle. Civiliser uh pro-cès. Civiliser une matière criminelle. || 2° Rendrecivil, courtois. La société des dames l’a civilisé.