COLLECTANEA ETYMOLOGICA. 223
Mais je ne fgai si cela appartieni aux Celtes, qui apparemment n’étoientplus alors dans la Scythie. Au reste si on pouvoit lirer la vérité histo-rique des anciennes Mythologies , comme ce Francois le promet , celaseroit fort beau ; mais la chofe me paroît extrémement difficile, à causedes licences que les poetes ont prifes, qui ont tout embrouillé, tellementqu’on ne spauroit presqùe plus distinguer le vrai du faux. C’est commesi la véritable Histoire étoit perdue, & qu’on voulut la rétablir sur desRomans. J’ai grand’ peur qu’il n’en soit de méme de vos Eddas & Sa-gas ■, & des histoires anciennes des Franca, selon Trithemius , des Ecos-sois & des autres histoires particuliéres de quelques peuples, lorsqu’ellesne s’accordent guéres avec les Histoires des autres peuples. Ainsi je necroirois pas, par exemple » à l’égard des Rois Danois, ce qu’un auteurdu pays rapporteroit long - temps après, sur des chansons , traditions oucontes populaires.
Vili. Au reste il est plaisant de voir, comment chacun veut tout tirerde sa langue ou de celle qu’il affectionne. Goropius Becanus & Rodornusde l’Allemand (sans distinguer les nouvelles inflexions de ce qui est dela langue ancienne ) ; Rudbeckius du Scandinavien ; un certain Otroski duHongrois ; cet Abbé Francois ( qui nous promet les origines des nations )du bas Breton ou Cambrien ; Pratorius (auteur de I’orbis Gothicus ) duPolonois ou Esclavon; ThomaJJin après plusieurs autres, de Bochart mémede l’Hébreu ou Phenicien , Erìcus Allemand établi à Venise du Grec.Et je crois, que si un jour les Turcs ou Tartares deviennent fàvans àmoire maniere, ils trouveront dans leur langue 8c dans leur pays des motsou allusions, doni ils prouveront avec autant de droit que Mr. Rudbe-ckius , que les Argonautes, Hercule , Ulyjfe Se autres Héros ont été chezeux, & que les Dieux foni fortis de leur pays & de leur Nation. Ilstrouveront bien des passages des anciens favorables à leur hypothése.Mais sur - tout ils voudront se revendiquer les Hyperboréens que Mr. Rud-beckius leur óte. Car il y a en effiet des passages des anciens , qui pla-cent les Hyperboréens vers le Nord Orientai. La verste est que les an-ciens parient confusément Le contradictoirement, des choses qu’ils ne sja-voient plus eux-mèmes lors qu’ils écrivoient, de forte que leur autoritédans ces choses obscures est à peu près comme les régles de l’Astrologie,dont on peut tirer tout ce que l’on veut, sur-tout après coup.
IX. 11 faut, Monsieur, que je vous communique une pensée qui m’estvenne dans l’elprit. Comme les miennes roulent fort sur le bien public,& particuliérement sur l’avancement des sciences, je prends foin, quandje puis, d’empécher que des découvertes utiles ne se perdent. L’art dedéchiffrer est un des plus grands échantillons de l’efprit humain. J’ai unami, qui est assurément des premiers en Europe pour cela, & qui en adonné des preuves en bien des rencontres qui m’ont caule de l’étonne-ment. Je lui ai fouvent préché dans mes lettres, qu’il falloit publier cela:mais il n’a pu s’y résoudre. Je lui ai donc propolé d’instruire des jeunes