2-8 L'ART POETIQUE.
24^ Voulez-vous long-temps plaire, Sc jamais ne lasser?Faites choix eTun Héros propre à m’interesser,
En valeur éclatant, en vertus magnifique.
Qu’en luy, jusqu aux défauts, tout se monstre héroïque:Que ses faits furprenans soient dignes d’estre oiiis.
250 Qu’il soit tel que César, Alexandre, ou Louïs ;
Non, tel quePolynice, Sc son perfide frere.
On s’ennuye aux exploits d’un Conquérant vulgaire.
N’offrez point un Sujet d’incidens trop chargé.
Le seul courroux d’Achille, avec art ménagé ,
255 Remplit abondamment une Iliade entiere.
Souvent trop d’abondance appauvrit la matière.f Soyez vif Sc preste dans vos Narrations.
Soyez riche Sc pompeux dans vos Descriptions.
C’est là qu’il faut des Vers étaler l’élegance.
2 60 N'y prefentez jamais de balle circonstance.
N’imitez pas ce Fou, qui décrivant les mers,
Et peignant, au milieu de leurs Flots entrouverts,L’Hebreu sauvé du joug de fes injustes Maistres,
Met, pour le voir passer, les poissons aux fenestres :
R E M A R 2 U E S.
Vers 251. Non tel que Polynìce, & stnperfide Frere. ] L’inimìnê de Polynìce &d’Etéocle son Frere, causa la guerre de.Tbébes.
Vers 16 1. N imitez, pat ce fou, &c. ]Saint-Amant décrivant le passage de la Merrouge , dans la cinquième Partie de ionMoise sauvé i met, pour ainsi dire, les Poisfons aux fenetres, pour voir passer Je Peu-ple Hébreu.
Et là près des remparts que l'œil p :líttranspercer ,
Les poissons ébahis le regardent passer.
Vers 16$. Peint le petit Enfant, JS. Amant au même endroit:
Là íenfant éveillé, courant feus la licenceQue permet, à fin âge une libre innocence ,Va, revient., tourne, faute, & par matascri joyeux