TRAITE DU SUBLIME. H
seulement afìn de faire voir que nous n’avançons rienque de vray. Demosthene veut justifier fa conduite.
Sc prouver aux Athéniens qu ils n’ont point failli en li-vrant bataille à Philippe. Quel estoit lair naturel d'é-noncer la chose ì Vous ri avez, point failly , pouvoit-ildire, MeJJieurs , en combattant au péril de vos viespour la liber te' & le salut de toute la Grece ; & vous enavez, des exemples qu on nesçauroit démentir . Car onne peut pas dire que ces grands Hommes ayent failly ,qui ont combattu pour la mefme cause dans les plainesde Marathon , à Salamine , & devant Platées» Mais ilen use bien d’une autre sorte, Sc tout d’un coup, commes’il estoit inspiré d’un Dieu, Sc postedé de l'esprit d’A-pollon mesme, il s’escrie en jurant par ces vaillans dé-fenseurs de la Grece: * Non , Messieurs , non, vous ri a- jvez, pointsailli : fén jure parles manès de ces grands BHommes qui ont combattu pour la mefme cause dansles plaines de Marathon . Par cette feule forme de ser-ment , que j’appelleray icy Apoflrophe , il deïfie cesanciens Citoyens dont il parle, Sc monstre en effet, qu ilfaut regarder tous ceux qui meurent de la forte, commeautant de Dieux, parle nom desquels on doit jurer. IIinspire a ses Juges l’esprit Sc les sentimens de ces illus-tres Morts ; Sc changeant l’air naturel de la preuve encette grande Sc pathétique maniéré d affirmer par desfermens si extraordinaires, fi nouveaux, Sc si dignes defoy , il fait entrer dans famé de ses Auditeurs comme