CRITIQUES. 1P7
Longin, comme nous voyons icy, accuíè Hérodote >c’est-à-dire le plus poli de tous les Historiens Grecs, d’a-Voir laissé eíchapper des mots bas dans son Histoire. Oncn reproche à Tite-Live, à Saluste , 8c a Virgile.
N’est-ce donc pas une chose fort surprenante, qu onn’ait jamais fait fur cela aucun reproche à Homere ì bienqu il ait composé deuxPoëmes, chacun plus gros quel’Eneïde; 8c qu il n’y ait point d’Escrivain qui descendequelquefois dans un plus grand détail que luy, ni quidise st volontiers les petites choses, ne se servant jamaisque de termes nobles , ou employant les termes lesmoins relevez avec tant d’art 8c d industrie, comme re-marque Denys d’Halicarnasse, qu il les rend nobles 8charmonieux. Et certainement s il y avoit eu quelque re-proche à lui faire fur la bassesse des mots, Longin nelauroit pas vraisemblablement plus espargné icy qu Hé-rodote. On voit donc par-là le peu de sens de ces Cri-tiques modernes - qui veulent juger du Grec fans sç avoirde Grec ; & qui ne lisant Homere que dans des Traduc-tions Latines tres-basses, ou dans des Traductions Fran-çoises encore plus rampantes, imputent à Homere lesbassesses de ses Traducteurs, 8c l’accusent de ce qu enParlant Grec, il n a pas assez noblement parlé Latin ouFrançois. Ces Meffieurs doivent sçavoir que les mots desLangues ne reípondent pas tous jours juste les uns auxoutres ; 8c . qu un terme Grec tres-noble ne peut souventestre exprimé en François que par un terme tres-bas.