198 REFLEXIONS
Cela se voit par le mot d ' Afmus en Latin, & â’Afne estFrançois, qui font de la derniere bassesse dans lune Scdans f autre de ces Langues : quoy que le mot qui signi-fie cet animal n ait rien de bas en Grec ni en Hebreu -où on le voit employé dans les endroits meíme les plusmagnifiques. II en est de meíme du mot de Mulet S Sçde plusieurs autres.
En esset, les Langues ont cbacune leur bizarrerie !mais la Françoise est principalement capricieuse fur lesmots ; Sc bien qu elle íoit riche en beaux termes íùr decertains sujets, il y en a beaucoup où elle est fort pau-vre ; Sc il y a un tres-grand nombre de petites chosesqu elle ne sçauroit dire noblement. Ainsi, par exemple»bien que dans lès endroits les plus sublimes elle nom-me fans s’avilir, un Mouton , une Chevre , une Brebis;elle ne sçauroit, íans se diffamer, dans unstiíe un peuelevé, nommer un Veau , une Truye , un Cochon. Le motde Genijfe en François est fort beau , íùr tout dans uneEglogue ; Vache ne s’y peut pas souffrir : Pafleur Sc Ber-ger y sont du plus bel usage ; Gardeur de Pourceaux , ouGardeur de Bœufs , y seroient horribles. Cependant àn’y a peut-estre pas dans le Grec deux plus beaux motsque Sfgomj-; Sc BajecUoç, qui reípondent à ces deux motsFrançois: Sc c’estpourquoy Virgile a intitulé ses Eglo-gues de ce doux nom de Bucoliques , qui veut pour-tant dire en nostre Langue à la lettre, Les Entretiensde s Bouviers 3 ou des G ardeurs de Bœufs.