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Tome I. [A - D.]
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L G

ALG

Les Chrétiens libres qui'fe rencontrent à Alger font ha-billez à la maniéré de leur Pays ; mais les Esclaves portentun bonnet à la matelote & un habit gris. Les gens du com-mun parmi les Maures , ont fur leur chemise des calçons detoile ou de laine,& une robbe de laine blanche avec un cat>u-chon par derriere,ou Un habit qui leur vient jusqu’aux ge-noux. II est d’ordinai're noir,A ils s’en enveloppent commed’un manteau. En Eté ils ont deux chemises larges. LeurTurban est ceint d’une toile claire. Les personnes distinguéesparmi les Turcs, font un peu mieux habillées, & portentdes robbes de foyeou d’autre étofeà fleurs, larges,de beauxturbans,& des bottes à là Turque.Les habits des femmes nedifférent pas beaucoup de ceux des hommes. Elles portentaulïì des robbes & des ceintures. Leurs chemises descendentjufqifaux talons, & leurs cheveux font bouclez. Elles ontdes colliers, des bracelets, des bagues, des pendans d’oreil-les de pierres précieuses, & une efpecp de cape fur la tête.'Quand elles vont par la ville, elles s y mettent un lingeq if elles attachent autour du menton , & s’ enveloppent lecorps d’une robbe q if elles agrafent fur leur estomac ; deforte qu’ilest impossible de les reconnoître que par le moyende TEfclave qui les accompagne. Quoy que la Loy de Ma-homet permette de prendre autant de femmes qu’on enpeut nourrir, les Algériens se Contentent de deux ou trois.Ils se marient sens avoir vû leur maîtresse,fur le seul rapportqu’on leur en fait. Lors que l’époux est d’accord avec lesparens de l’épouse , il luy envôye de certains mets, & quel-ques jours avant les noces, l’on fait bonne chere, & l’ondanse à la Moresque. L’Epousc est assise à terre au milieud’une troupe de femmes, parée de beaux habits,enrichis depierreries, ayant les mains, les bras, & souvent le visage ,farde? & colorez. Le soir l’Epoux amene chez luy l’Epousecouverte d’un voile , au son des tambours & des flûtes. Ilss’enferment tous deux dans une chambre, & les femmes qtiil’ont accompagnée demeurent dehors, en attendant qu’onleur donne les marques ordinaires qui prouvent la virgini-té de la nouvelle mariée, qu’elles portent en triomphe partoute la ville. On fait servir les malades par des personnesde leur sexe , & lorfqu'ils font à 1 extrémité, on les tournedu côté du Levant, & on invoque incessamment Mahomet,julqu’à ce qu’ils ayent expiré. Alors on lave le corps avecde l’eau chaude & du savon. On le revêt d’une chemise,de calçons blancs, d’un habit'de foye & d’un turban. II estmis en cet état dans la biere, & porté dans la fosse hors de laville. Quand le Mort est Une personne riche, on grave sestitres, ses qualitez & des sentences de l’Alcoran fur la pierredu tombeau. On ne porte point le deuil, feulement lesfemmes se mettent pendant quelques jours un voile fur levisage. Les hommes ne sc font raser d’un mois , & on esttrois jours sens allumer du feu dans les maisons. Pendant cetemps, les parens du Mort vont visiter son tombeau, & dis-tribuent des signes & du pain aux pauvres. 11s portent aussifur le fepulchre de petites pierres à feu qu’on trouve fur lerivage, & prononcent ces paroles en les jettant Celem Alt,lumière de Dieu; ce qu’ils accompagnent de pleurs & dë la-mentations.

L’enterrement des Grands ne différé de Celuy des autrescfue dans la pompe. On met le corps dans la biere, enve-loppé de bandes,de portraits,& d’autres ornemens.Des por-teurs vêtus magnifiquement la chargent fur leurs épaules.Un Marabou va devant, & les domestiques du défunt sui-vent la biere,portant fa lance & son sabre, aprés quoy mar-che un grand nombre de chevaux & de chameaux. La tom-be est de pierre taillée fort proprement, enrichie de statues& de créneaux. Entre les tombeaux qui font hors la villeon voit celuy de la belle Gave, Fille d u Comte Julien de laBetique,qui fit passer les Maures en Espagne pour se vengerdu R.oy Roderic, qui avoir osé la violer. Les anciens habi-•tans d’AIger parloiënt Phénicien, & du temps des Romainsils y parloiënt Latin ; mais les Arabes y ont ensuite intro-duit leur Langue, en laquelle ou en la Langue des Turcs.sefont aujourd’huy tous les écrits publics. Les Maures, origi-naires du Pays, parlent l’ancien Moresque ; mais à Alger, &presque dans tout le Levant, les Mahométans & les Chré-tiens se servent d’un certain jargon, composé d’Italien , dcFrançois & d’Efpagnol, qu’on appelle Langue Franque, parle moyen de laquelle on entend facilement les trois Lan-gues. La plupart des Algériens vont à pied dans les rues,& les seuls Alcaïdes, les Gouverneurs & les personnes dupremier rang,ont droit d’aller à cheval. Les autres vont furdes ânes,quand ils ne veulent pas aller à pied,& cette mon-

ture est fur tout à l’ufage des femmes de condition,qui s’ymettent dans un pavillon quarté. C’est une espece de cor-beille -d’osier, fur laquelle on jette une toile claire, peinte &dorée,àu travers dequoy elles peuvent voir sens être vues.Plusieurs font le voyage de la Meque dans ces pavillons, où. ils font à couvert de la poussière , du vent, de la plu.ye 8 cdu Soleil.Deux personnes se peuvent asseoir commodémentdans ces corbeilles ; mais il faùt y tenir ses jambes en croix;parce qu’elles ne font pas affez longues pour les y avoir pen-dantes, quoy qu’elles soient assez larges.

La force de la Province d’Alger consiste en partie dans lamultitude des soldats & des habitans, & en partie dans lescitadelles: la ville qui porte son nom,est extrêmement peu-plée. II y a deux mille cinq cens familles Maures , originai-res du Pays , que Barbérouíîé, Bacha d’Âlger, exempta detoutes charges, & qui jouissent encore de ce privilège. II yen a six cens de Maures étrangers appeliez Cabayleíes, centdes Afuagues, trois mille des Arabes, & deux mille des Mo-riíques ou Grenadins, qui ont enrichi la ville par leurs ma-nusictures cn foye & en laine. II y a aussi six cens famillesTurques qui s’y sont venues habituer fur le bruit de ses ri-chesses, six mille de Renégats, trente-íìx d’Alcaydes, quisont les Gouverneurs des Provinces des villes & des forte-resses , trois cens d’Árroiz ou Capitaines de mer, cinquantede vieux soldats qui font hors de service, & qu’on appelleSpahis, & six mille de Janissaires. On y trouve à peu présquatre-vingt-six Chérifs,qui comme iflus de Mahomet por-tent un turban de foye verte, pour marque de leur extrac-tion , & huit cens Pèlerins qui ont fait le voyage de la Me-que , & que cela fait passer pour des Agi ou des Saints. LesCorsaires remplissent Alger d’Eselaves Chrétiens , & leurnombre doit être bien grand, pûifqu’en i6;p. ils équipèrentvingt-deux ou vingt-trois vaisseaux, avec trois ou quatrecens hommes fur chacun. II y a des Marchands de diversesNations, & on dit qu’il s y en trouve jufqu’à trois millefamilles , & deux mille boutiques.dans les deux Marchez,Le quartier des Juifs,qui occupent cent cinquante maisons*contient environ huit mille personnes. Du temps de Juba,Alger étúit sort célébré,& la ville capitale de la Mauritanie,Elle perdit insensiblement de son lustre, & Constantine’quien profita,devint puissante fous Caligula. Ce fut ensuite Bu-gie, & puis Hippone qu’on appelle aujourd’huy Bone. En-fin du temps des Mahométans, Tremecen eut le dessus, &fut reconnue pour la ville la plus florissante. Plusieurs siéclesaprés, Abuserez Roy désunis conquit laProvince de Bugie,& l’ayant érigée en Royaume, il la donna à son Fils AbdalaHusez. Abuserez étant mort, le nouveau Roy de Bugievoulant aggrandir les bornes de son Etat, pressa si vivementla ville d’Alger, qui n’est qu’à trente lieues de Bugie, & quidépendoit alors du Royaume deTelensin,qu’il l’obligea à semettre fous fa protection,& à luy payer tribut, consentantque pour le reste les Algériens vécussent en forme de Ré-publique.

L’an 1510, Pierre, Comte de Navarre, s’étant rendu maî-tre des villes d’Oran & de Bugie au nom de Ferdinand Royd’Efpagne , ces mêmes Algériens ne se sentant pas en étatde luy résister, recherchèrent lâ protection de Selim Euri- -mi, Prince Arabe, qui demeurait dans la plaine de Motigia,Cette plaine que Marmol nomme Molyx, 8 >c Pierre Dan M«jî-j-rr, est à l’Orient d’Alger, aprés qu’on a passé la montagne.Elle est longue de quatre lieuës, large de deux, & traverséepar une petite riviereque l’on appel leHited-Harax en Arabe,&qui descendant du grand Atlas, sc va jetter dans la merMediterrannée. Selim Eurimi les conserva quelque tempsen paix. Ensuite les pirateries des Algériens, fort nuisiblesaux Chrétiens, sit prendre à Ferdinand la résolution de chas-ser de là ces Corsaires. Ainsi il envoya contr’cux une bon-ne flote & une puissante armée de terre fous la conduite dumême Comte de Navarre, qui ayant fait bâtir un Fort furune roche prés d’Alger , incommoda tellement la ville parson Canon , que les Algériens, du consentement de Selim,firent trêve pour dix ans avec Ferdinand , à qúi ils promi-rent de ne plus écumer la mer. Ferdinand étant mort, ilsvoulurent profiter de l’occasion de secouer le joug Eípa jgnol, & firent consentir leur Prince Selim à demander dusecours au fameux Coríàire Aruch Barberousse , qui aprésavoir assiégé inutilement.Bugie en 1514. s’étoit retiré dansle château de Gigeri. Barberousse ne manqua pas de serendre promptement à Alger, où ayant fait étouffer sceret-tement Selim dans le bain, il se fit proclamer Roy, & con-traignit les peuples voisins à se soumettre. Le Fils de Selim,