Band 
Tome I. [A - D.]
Seite
466
JPEG-Download
 

€ A ï

Cette raison l’obligea de les laisser au Grand Caire, avec despersonnes qui avoient des ordres secrets de veiller fur leursdémarches. Soliman luy ayant succédé, leur permit de vi-vre dans un éclat conforme à leur rang,& les Empereurs sessuccesseurs n'ont osé rien innover à leur égard » de peurd'exciter une révolté dans un Pays éloigné de Constantino-ple où leurs forces ne font pas considérables, & les Sangiacsde leur côté n'ont jamais manqué de fidélité à l'Otoman.Quand ces Seigneurs font voyage fur le Nil, ils sont dans unbateau à d ive ries chambres, & qui est entierement garai audehors de petits guidons de différentes couleurs. De l'undes cotez de leur bateau il y en a un second où sont leursplus considérables domestiques, & de l’autre est celuy destambours & des trompettes. Ces bateaux font suivis de ce-luy de la cuisine, d'un autre rempli de chevaux, & d un au-tre encore où font les tentes, car quoy qu'ils aillent dans desbourgs ou dans des villes , ils campent dehors, & c'est làqu’ils reçoivent les visites & font toutes leurs affaires. Cha-cun de ces Sangiacs a sept ou huit tentes auprès de la sienne,mais beaucoup moins hautes & moins étendues. Le pavil-lon où il campe contient plusieurs lieux commodes qui fontun appartement, & il est tout environné de murs, qui sontd’une toile tissuë de coton & de fil , diversifiée de vivescouleurs qui en rendent Taspect fort agréable.

Les Peuples du Grand Caire sont pour la plupart Maho-métans, & ceux-là sont appeliez communément Maures, deLancier» mot Latin Matin. Ce n’est pas que les Egyptiensscient noirs de visage , comme les Negres que nous avonsaccoutumé d'appeller des Maures. Ils font seulement baza-nez, & ceux qui manquent de bien & qui sont réduits à ga-gner leur vie, sont fort mal faits & mal propres. Ils sont lâ-ches, dissimulez, paresseux, portez à la trahison & au larcin,& tellement avides d’argent, que pour en avoir ils s'aban-donnent à toutes sortes de crimes. Leur poltronnerie estcause qu'ils se battent rarement ; mais ils sc disent les plusatroces injures, & apréss’êtrq épuisez en invectives, s'ii y ades témoins de leur querelle, ils leur en apprennent le sujet,& ceux-là les mettent d'accord, en leur failànt dire leur Fa-tha,so rte de priere qui n'est usitée que par les Maures,& quise fait en levant les mains en haut. LesTurcs naturels,qui fescnt habituez au Caire, les maltraitent dans l'excés, fans queces Maures osent fe défendre. Cette ville est encore habi-tée de quantité de Juifs & de Chrétiens Maronites, outre ungrand nombre de Grecs & d'Etrangers de toutes sortes deNatidns qui viennent y trafiquer. Quant' aux habits desEgyptiens, ceux qui sont riches ont des dolimans & des ves-tes à la maniéré des Turcs, d'étoffes de laine rouge, bleueouverte. Ceux qui sont considérables en ont d'écarlâte oude quelques draps de soye ; mais les pauvres font vêtus detoile teinte, & pendant le chaud ils n'ont qu'une chemisebleue avec leur caleçon & leur ceinture. Les Turbans dis-tinguent les conditions. Les gens de Justice les portent en-tortillez d'une façon qui leur est particulière. Si ce sont desSeigneurs , ils ont un Turban que ceux du commun lofe-raient prendre, & les gens du Bacha en portent un diffèrentdes autres. Les Turbans des Janissaires & des Spahis sontblancs, aussi-bien que ceux des Marchands, des habitans dela Campagne & des Etrangers qui font profession de la Loyde Mahomet ; mais la maniéré de les entortiller, qui est pro-pre à chacun de scs états, les fait distinguer les uns des au-tres. Les Chrétiens sont obligez de les avoir bigarrez , neleur étant pas permis d'en avoir de blancs ; mais pour lesJuifs ils n’ont qu'un bonùet violet fort haut de tête & platpar dessus. Le Turban vert, qui est la couleur du ProphèteMahomet, n'est porté que par ceux qui s'en disent descen-dus, & qu'on appelle Cherifs. Leur Turban est fort gros, &il ne doit point y avoir de soye. Ces Cherifs font telle-ment reverez , que le rapport de l'un d'eux vaut celuy dedeux témoins, quoy qu’ils sc servent souvent du grand cré-dit que ce nom leur donne pour dire & pour faire des faus-serez. 11 y en a une grande quantité, à cause que dans lesFamilles qui vont à la Meque, si une femme devient grossedurant le voyage , Pensant qui naît d'elle est tenu pour pa-rent de Mahomet ; mais s'il arrive que quelqu'un épouse unefemme Cherife, il n'a pas droit pour cela de porter le Tur-ban vert ; il a seulement une piece de cette couleur à sonTurban blanc. Les femmes sortent rarement dans les ruesdu Caire , & on ne les y rencontre que quand des raisonspressentes les obligent de passer d'une Contrée à l'autre,com-me pour sc marier ou pour aller aux bains ; mais elles sonttout-à-fait couvertes, & comme l'état des hommes est re-

AI

íonnu aux Turbans, celuy des femmes sc discerne p^kvoile qu'elles ont devant les yeux, & où il y a deux p et ‘ ^ouvertures, afin qu’elles puissent sc conduire. Les femmeles veuves y ont un crêpe noir , les filles des personnescommodées, un taffetas rouge , & celles des pauvres n yqu'une toile blanche ou bleue. Si elles sont riches, p 0 ^peu qu'elles aillent loin, elles font montées fur des aneS A slSne vont jamais fur des chevaux ; mais elles ont toutes,distinction de biens ni de qualitez, la coutume | ur speindre les-ongles des mains & des pieds. Le dessus de emains est aussi marqué de quelques figures, & leurs brasremplis de brasselets jusqu’au coude. Les riches en ontgent, & les autres de verre, avec de grands pendans d °rc ^les. Leurs cheveux qui sont tous rangez au derrieretête, & assez proprement entrelassez fur le dos, leur tomvers la ceinture, & sont garnis par le bout des tresses, cse ?tires pieces d or ou d’argent. Leur tête est couverte dsorte de couvre-ch.es de carton d’un pied de haut ap??

F ìngean. II est doré ou peint selon la condition des petnés qui le portent, & quelquefois couvert de feuilles d tgent. Au haut de la tête , il fort de dessous le couvre_c ^une partie d'un mouchoir qui leur descend jusque lu ^front ,& cache tous leurs cheveux par devant. F? ur 'jjhabit, elles ont premierement un caleçon qui leur vie» 1 ®cheville des pieds qui font découverts, & peints par se b° >les doigts en étant garnis d'anneaux. Elles ont une sor te ,ç (patins de six ou sept pouces de haut, &c portent une che ,à longues manches,qui leur descend jufqu’à mi-jambe. ^le des personnes riches est ordinairement ornée aux& aux ouvertures d’une broderie de soye à l'aiguilse- .dessus elles ont comme un de nos justaucorps ; mais q 1 *'tombant point si bas que la chemise, en laisse voir prés ddemi-pied , ainsi qu'une partie des manches, afin de ne Pcacher la broderie. Sur ce premier justaucorps, elles en wtent un second beaucoup plus court, & si ce sont st es -mes considérables, tout cela est d’une belle étoffe de se)^.& garni de boutons & de boutonnières d or & d’argent,aune riche ceinture qui les ferre. Elles ont les sourcils ra& en leur place est une couleur appliquée avec le P', nC L n sII s'en voit quelques-unes qui portent une bague panée dles narines, & dans cette bague est enchâssée une pse cC j,corail ouquelqu’autre pierre. Les femmes Arabes &ques autres ont le menton tout piqué de petits -P 0 ' 015 ^couleur bleuë, ce qui est imprimé dans la chair avecpointes d’aiguille, & ne s'efface jamais. ç g.

Le Gouvernement qui s'obscrve au Caire est fort dessjtique. Le Bacha qu'on change tous les trois ans, a faute ^suprême, non seulement dans la ville ; mais dans tou .Royaume, où scs volontez tiennent lieu de loix. Audi stest permis d'emprisonner, de prendre les biens, & dey®mourir ceux qui luy deviennent suspects, sens qu’il alt psoin d'aucun Jugement que de Tordre qu'il en donflÇ.' ^courant de la Justice ordinaire est administré par le Cad J ’les Turcs ne sc fervent guere d'écritures- dans leurs J u |ymens. Ils font venir d'abord les témoins, & lì c'est p olls jychoses civiles, comme pour un prêt d’argent, on envoy e , ^Chiaoux aux débiteurs pour les contraindre à payer- * ■somme tarde trop à être donnée , on met le débiteur enson jusqu'à ce qu'il s’acquitte, & si Targent qu'on deffl â ffjjest pour le Sultan, il a des bastonnades sitôt qu'il a dit <\est hors d’état d’y satisfaire. Quand la Sentence est d £ r ° e|11 -le supplice ordinaire pour ceux du commun estd’être ^palés. Celuy des Nobles est d'être étranglés ou d'avoir l acoupée. - tJ |í

Quoyque le Caire soit une ville fort vaste , & la cap 1 ied’un Royaume tres-opulent, il n'y a pour toute Mib cesix mille Janissaires, & deux mille Spahis. Le Bacha y tencore avoir deux mille hommes avec luy ; inaisss’jísouvent épars , les uns en qualité d'Aga, & les autres e . ypetits Offices où ils ne s'épargnent pas à piller. Les Sang ^pourroient faire encore six mille hommes propres a ‘battre, de ceux qui font à eux, & qui ont un priviseg eticulier de porter les armes à cause de la dignité cse $Maîtres ; mais ceux-cy sont toujours suspects auxpeut-être ennemis de leur domination, quoyqu'ils du 1lent. Ces six mille Janissaires ,& ces deux çailleSpah 1 ?’ ^été établis & toujours entretenus dans la ville dep ul JJjj-Selim s'en rendit le Maître. Quand quelqu’un de c f tte . a yílice a un fils, dés fa premiere jeunesse il tire une petite y ^qui s'augmente à mesure qu’il devient grand, & aya"

^ instruit dc bonne heure dans la discipline guerrseN > 1 *