Band 
Tome I. [A - D.]
Seite
492
JPEG-Download
 

492-

CAN

CAN

à la fois, les autres font assis fur le derriere, & marquent lacadence par des cris de hé ,hé, hé, hé. Ils ont plusieurs dan-ses , dont la principale est celle du Calumet. Les autres fontlà danse du Chef, la danse de Guerre , la danse du Mariage,& la danse du Sacrifice. Elles font d.ifferentes les unes desautres, tant pour les sauts que pour la cadence. Celle duCalumet est la plus belle & la plus grave , & on ne la danseque lors que les Etrangers passent dans leur Pays, ou queleurs ennemis enyoyent leurs Ambassadeurs pour faire despropofitions dé paix. S’ils fçavent que les uns ou les autresRapprochent par terre du village, ils députent un des leursqui s'avance en criant qu'il porte le Calumet de paix. Lesautres s'arrêtent jufqu'à ce qu’on leur dise qu'ils peuvententrer dans le village. Alors quelques jeunes gens en sortent,& forment à f entrée un ovale , & les Etrangers venant jus-que là, ils dansent tous à la fois, formant un second ova-le autour du porteur du Calumet. Cette danse dure unedemi-heure, aprés quoy on vient recevoir les Voyageurspour les conduire au festin. Les mêmes cérémonies ^obser-vent pour les Etrangers qui viennent par eau, avec cettedifference qu’ils envoyeur un canot jusques au pied duvillage , portant le Calumet de paix à la proue, en formede mât, & qu'il en part un du village pour aller au devantd’eux. La passion dominante de ces Sauvages est la haineimplacable qu ils portent à leurs ennemis, c'est-à-dire, àtoutes les Nations avec lesquelles ils font en guerre ou-verte.

Les Guerriers ne font jamais aucune entreprise fans la' délibération du Conseil, qui est composé des Vieillards audessus de soixante ans. Avant qu’ils s'assemblent, le Crieurles avertit par les cris qu'il fait dans toutes les rues du vissa-ge. Alors ces Vieillards accourent à certaines cabanes desti-nées pour ce Conseil, 8c aprés qu'il s ont délibéré sur cequ’il est à propos de faire pour le bien de la Nation, l'Ora-teur fort de la cabane, & les jeunes gens le renferment aucentre d'un cercle qu'ils forment. Ensuite ils écoutent avecbeaucoup d'attention les délibérations des Vieillards, &crient de temps en temps fur ce qu'on leur dit, Voilà qui eftbeau. Tous les Sauvages soutiennent qu'il faut qu'il y ait unDieu, puis qu'on ne vóit rien parmi les choses matérielles,qui subsiste necessairement & par sa propre nature. Ilsprouvent son existence par la composition de i'Univers,quioblige l’homme à remonter à un Etre supérieur & tout-puissant ; d’où il s’enfuit, disent-ils, que cet Homme n’a pasété formé par hazard, & qu'il est l'ouvrage d’un principesupérieur en sagesse & en connoissance, qu'ils appellent leGrand Esprit ,ou le Maître de la Vie, 8c qu'ils adorent dans toutce qu'ils voyent, fur tout si ce font des choses qui passentleur capacité , & qu’ils ne peuvent comprendre. Us recon-noissent aussi un mauvais Esprit, qu'ils appellent Matchi-Manitm , auquel ils imputent tout ce qui leur arrive decontraire.

Us ne font jamais de sacrifices de créatures vivantes auJC itchi-Manitou , ou Grand-Efprit. Ce font ordinairement desmarchandises d'Europe, que les François leur donnent pourdes castors. 11 faut pour faire ce sacrifice que le jour soitclair 8c serain, l'horifon net & le temps calme. Alors chaqueSauvage porte son oblation fur un bûcher préparé. Ensuitele SoleiLgtant à son plus haut degré , les enfans fe rangentautour qu bûcher avec des écorces allumées pour y mettrele feu , & les Guerriers chantent & dansent à l’entour, juf-qu’à ce que tout soit brûlé 8c consumé, pendant que lesVieillards font leurs harangues au Kitchi-Mamtou ,_cn pré-sentant de temps en temps au Soleil des pipes de tabac allu-mées. Cette cérémonie dure jusqu'au coucher du Soleil,quoy qu'ils prennent quelque intervale de relâche pours'asseoir, & pour fumer à leur aise. Vo?cy à peu prés lestermes de ces harangues : Grand Ejprt, Maître de ms vies, &des choses visibles & invisibles ; Grand Esprit, Maître des autres Es-prits , bons & mauvais , commande aux Bons d’être favorables à tesenfans les Outoiias, &c. Commande aux Méíbans de s’éloignad eux. O Grand Esprit, conserve la force & le courage de nos Guer-riers,pour refifter à la fureur de nos ennemis '; Conserve les Vieillardsen qui les corps ne font pas encore tout a fait usez,, pour donner desconseils a la jeunesse ; Conserve nos Enfans, augmente-les en nombre,délivre-les des mauvais Efprts,& de la mam-des médians hom-mes, asm qu en nôtre vieillesse ils nous fassent vivre & nous réjouis-sent.

Ce n'est qu’à trente ans qu'on a coutume de sc marierparmi ces Peuples, parce qu'ils prétendent que le commercedes femmes les énerve ‘de telle forte, qu'ils a'ont plus la

même force pour essuyer de grosses fatigues, ni se s î arr ^allez forts pour faire de longues courses, & pour couaprés leurs ennemis. Ce n’est pas qu'ils gardent se ^ ,jusque là. Comme il est permis aux filles de faire ce q u f ^veulent fans qu’aucun de leurs parens puisse trouver adire à leur conduite, s'ils s’apperçoivent qu'ils ne fontmal dans l'efprit de quelques-unes d’elles, ils la vont troula nuit,la coutume n’étant pas de parler de galanterie durle jour. Le peu de sujet qu'ils ont de fe défier les unsautres, fait qu'ils laissent toujours leurs cabanes ouver^.jAinsi le jeune Sauvage entre dans la cabane de celle q 1aime, aprés que les Vieillards font couchez , & que l cS /claves qui ont foin de couvrir les feux deux heures aptesSoleil couché, sc font retirez. 11 va allumer au feu u .jefpece d’allumette, & ouvrant la porte de son cabinet)s'approche de son lit. Si elle éteint l'allumette il sc c ° aC > £ fi lauprès tì'elle ; & si elle s'enfonce dans la couverture, cune marque qu'elle ne veut pas le recevoir, & il sc r ^ tC’est ce qu’ils appellent Courir l’allumette. Les filles q ulposent ainsi d’elles-mêmcs boivent le jus de quelque raci >qui les empêche de concevoir, ou qui fait périr leur rru^’car s'ilarrivoit que quelqu’une d'elles eût eu un enfantsne trouveroit jamais à sc marier. Ce qu’il y a de singjy 1 ^c'est qu'elles permettent à quelques-uns de s’asseoir í uspied du lit pour les entretenir pendant quelque temps,qu’une heure aprés un autre survenant qui soit de leur g eelles luy accordent tout ce qu'il peut souhaiter, tant eveulent être libres d^ns le choix de leurs Amans.

Les maris & les femmes se peuvent quitter l’un 1 3 aquand" ils veulent ; mais tant qu'ils vivent en societe,gardent réciproquement la foy qu’ils sc font promise-engagement pour toute la vie paroît à ces Peuples une c .sc monstrueuse. Si un Guerrier qui s'est signalé en pse* 1 ^ e roccasions veut épouser une fille qui luy plaise, & * eavec elle par un bail à longues années, dans l'esperancese voir pendant sa vieillesse une famille qui le fasse siss* 1 ^les deux parties étant d'accord, communiquent leur d el {à leurs parens qui n'ont aucun droit de s'y opposer. U" ^feulement témoins de la cérémonie, & s’assemblent daflcabane d u plus ancien parent, ou le festin sc trftive P ret ^jour arrêté. La table y est couverte de tDt ce qu’il y î . jplus exquis ; on y chante, on y danse, & l’on s'y ^ ver L[s,la maniéré du Pays. Le repas & les divertíssemens ét a ° tí! uJ .tous les parens de l'époux sc retirent, à la réservé <sestre plus vieux. Ensuite l'épousc se présenté à l’une destes de ia cabane, accompagnée de ses quatre plus vj el jparentes. Le pkis ancien la vient recevoir, & la cood a (l’époux, dans un lieu où ils sc mettent tous deux f ur B ,belle natte , tenant une baguette chacun par un bout,dant que les Vieillards font de tres-courtes harangues- ^mariez sc haranguent aussi tour à tour, 8c dansent cn * girfen chantant, & tenant toûjours la baguette , qu’ils rofljP jensuite en autant de morceaux qu’il se trouve de tém 01 ^quiilsles puissent distribuer.Celafait on reconduit ia [S .

hors de la cabane, où les jeunes filles l’attendent pour dmener en cérémonie à celle de son pere. Le marié 1; ^trouver quand il veut, jusqu'à ce qu’elle ait un ense^-Galors elle fait porter scs bardes chez luy pour y de^^sejusqu’à ce que le mariage soit rompu. Quand ils ve u ' e %{séparer, ils s'avertissent ordinairement huit jours aV . an *LVla rupture sc fasse, & ce terme étant expiré, les petits ^ceaux de baguette qui ont été distribuez aux párens se^,zde leur mariage, font portez & brûlez en leur présence, ^le lieu même où la cérémonie en a été faite. Dans ceN {)paration les enfans font partagez entre le mary & la * j s y<8c fi le nombre est impair, la femme en a plus que se ^ pLors qu’une femme est fur le point d'accoucher, else gftire dans une cabane destinée à cet usage. Ses servantsvj.Hâves y vont avec elle,& luy donnent tous les secours 9

les peuvent. jsl

Les Sauvagesses ou femmes Sauvages mettent leursau monde fans l'aide de Sages-femmes , 8c avec uneincroyable. Le temps de leurs couches est toûjours ^court, 8c elles observent une efpece de purificationtrente jours si c'est un garçon, & pendant quarante » Aune fille, ne retournant à la Cabane de leurs maris q u .lece temps-là. Dés que Pensant est venuau monde,plongent dans seau tiede jusqu'au menton. Enf ulte t0 ii>í’emmaillotent fur une petite planche rembourée de Çfle long de laquelle elles le couchent fur le dos tout d ^long. Le mary ou la femme venant à mourir , se ^