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Tome I. [A - D.]
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C E I

cTautres ds paille. On y voit des Idoles d’une figure mons-trueuse,les unes d’argent, les autres de cuivre. Ils y ont aussides bâtons peints, des targes, des hallebardes, des flèches ,des lances & des épées. Ces armes ne se trouvent point dansles Temples du Budelou , qui est un Dieu de Paix. On n’y re-marque pour Idoles que des images d’hommes, ayant lesjambes croisées, vêtus de casaques jaunes,les cheveux fri-sez , avec les mains devant eux comme des femmes. ChaqueTagode ou Temple a de grands revenus en terre, qui fontemployez à fournir la dépense nécessaire , & à préparer dessacrifices & des vivres pour mettre devant les Idoles. II y ade toutes sortes d’Officiers pour en prendre foin. Outre lesTemples publics, plusieurs particuliers se bâtissent des Cha-pelles dans leurs cours. Ce font comme des cabinets, &quelquefois si petits, qu’ils n’ont pas plus de deux piedsen quarré.Ces Chapelles font fur un pilier élevé de trois ouquatre pieds de la terre. Ils y mettent une Image du Buddou,afin qu’il soit plus prés d’eux, & qu’ils luy puissent témoi-gner leur zele, en y allumant des lampes, en y parsemantdes fleurs tous les matins,& luy portant à manger. Us tien-nent que tout le bien vient de Dieu,8c que le Diable envoyetous les maux. Le plus haut ordre de leurs Prêtres est celuydes Tirinanxes ,qui font ceux du Dieu Buddoa.Leurs Templesfont nommez Peli.rrr.Ils ne reçoivent dans leur ordre que despersonnes de naissance, d’un grand fçavoir & bien élevées.Ceux-là ne font pas avancez d abord au haut degré de Tifi-nanxes. 11 n’y en a que trois ou quatre choisis d’entre tousles autres, qui demeurent dans le Vehar, où ils font commeles Supérieurs de tous les Prêtres, qui font appeliez Gonni .Ilsportent tous, tant les Gonni que les Tinnanxes , une casaquejaune, plissée autour de leurs reins, avec une ceinture de fil.Ils n’ont point du tout de cheveux, & vont nu-tête, ayant àla main une efpece d’éventail rond, dont la poignée est debois, pour fe garantir la tête de la trop grande ardeur duSoleil. On les respecte si fort, que le Peuple fe courbe de-vant eux, comme il fait devant fes Dieux. 11s ne saluentpersonne , & par tout où ils vont on étend fur un siégé unenattes & un linge blanc dessus avant qu’ils s’asseient, honneurqu’on pe faít qu’au Roy. Us ne peuvent ni fe marier,ni met-tre la rstain à aucun ouvrage. Us ne mangent qu’une fois parjour, si ce n’est du riz & de seau, ou des fruits, dont ilspeuvent user, aussi-bien le soir que le matin. U leur est per-mis de manger de toute forte de viande apprêtée pour eux;mais il ne faut pas qu’ils donnent ordre de tuer les animaux,ni qu’ils consentent qu’on les tuë. S’ils veulent fe marier,ilsrenoncent à leur Ordre. Ils n’ont pour cela qu’à jetter leurcasaque jaune dans la riviere , fe laver la tête & tout lecorps, & ils font alors comme les autres hommes Laï-ques.

Les Prêtres du second ordre font nommez Koppths, &appartiennent aux Templés des autres Dieux, que l’on ap-pelle Deivals. Us ne portent point d’habits qui les distin-guent du reste du Peuple,non pas même dans le temps qu’ilsofficient. On les prend ordinairement parmi les Hondrews.Us labourent la terre, & vaquent à leurs affaires comme lesautres, excepté quand ils doivent officier,ce qui arrive tousles matins & tous les soirs, selon que le revenu du Templedont ils font les Prêtres le peut supporter. Tout ce serviceconsiste à prefenter à l’Idole le riz bouilli & les vivres queles autres mettent à la porte de leur Temple. Aprés que cesprovisions y ont demeuré quelque temps, le Prêtre les rap-porte, & alors les Tambours, les Joueurs dp flûtes, & lesautres Ministres du Temple les mangent. On ne sacrifie ja-mais de chair à ces Dieux , mais toute autre forte de choies.Les faddeses , ou les Prêtres des Esprits, qu’ils appellentDayMt/tns ., font le troisième ordre de Prêtres. Leurs Tem-ples, appeliez Cauivels, font moindres que les autres, &n’ont point de revenu. Ún homme dévot bâtit une maison àfes dépens & en est le Prêtre. II fait peindre fur les muraillesdes hallebardes, des épées, des flèches, des boucliers & desimages. C’est rarement qu’on appelle ces Maisons, des Mai-sons de Dieu, on les nomme plus ordinairement facco , ouMaison du Diable. Lors qu’il y arrive quelque grande Fête,le faddefe fe rase toute lâ. barbe. II y a neuf Divinitez,qu’ilsappellent Gerehab. Ce font les planètes d’où vient tout leurbonheur,ou tout leur malheur. Lors qu’ils ont envie de lesadorer, ils font des images d’argiile, autant qu’il y a deDieux qui leur veulent dumal,ce qu’ils connoissent par cer-tains tours de magie. Us les peignent de differentes couleurs,& leur donnent les formes les plus monstrueuses. Ils font lesunes avec de longs crochets comme un sanglier ; les autres

avec des cornes ; ils en font aussi quelquefois de la figùï’d’un homme. Leur santé étant la principale affaire qu jayent avec leurs Dieux , lors que quelqu’un est malade,mettent à manger devant leurs Idoles, & le malade est p r0terné à leurs pieds. La cérémonie fe fait toujours la nuit ason du tambour & des haut-bois, le Peuple dansant prelq} 1jufqu’au jour, qu’ils prennent ces images, & les jettent si 1les grands chemins, afin qu’elles soient foulées aux p^" 'On leur ôte aussi leurs provisions qu’on donne à de Unaille qui s’arrête là exprès pour les manger. Lors qu’ils velent adorer les Diables, qu’ils disent être les esprits de q* 1 ? ^ques personnes mortes, ils ne leur font point d’images coinme pour les Plantes. Seulement ils bâtissent une nopvelmaison en forme de grange, dans leur cour, la couvrant dfeuilles, & l’ornant de branches & de fleurs. Us apporte"dans cette maison quelques-unes des armes qui sont dans I ePagodes, & les mettent fur des sieges au bout du Temple »& les provisions fur d’autres sieges devant les Dieux. P en 'dant tout le temps de ce sacrifice, ils battent du tambour»jouent du haut-bois, chantent & dansent. Cela fait, ils C "Vportent ces provisions, & les regardant comme des viany epollues, ils les donnent aux Joueurs d’instrumens, & à d a."tres vagabonds & gueux , qui font les seuls qui en mange" •Lors qu’ils n’obtiennent pas des petits Démons ce qu’ils le"demandent, ils s’adressent au grand Démon , par une obi®'tion de viandes apprêtées , dont l’un des plats est toûjo u íun coq rouge. Ils portent cette oblation en un lieu bien elofgné dans les bois , & l’offrent à l’honneur de ce gta"Démon , devant lequel il y a des hommes déguisez, d a °une forme horrible, ayant des clochettes autour des fi 03 'bes, dansant, chantant, & faisant diverses postures, p° uobliger le Diable à venir manger du sacrifice apporté. Umalade demeure présent pendant tout ce temps. .

Us celebrent tous lés ans une grande Fête au mois de J">ou de Juillet, dans la nouvelle Lune, pour implorer le lecours des Dieux, par qui la terre est gouvernée. Us l’ a Pjylent Perahars , & ne sont pas obligez d’allcr dans le me>"Temple. Les uns vont d’un côté les autres de l’autre.plus grande cérémonie se fait dans la ville de Candi, # ^l’obferve dans le meme temps en plusieurs autres vss eS fbourgs du Pays. Le Prêtre apporte un bâton peint, a"* 0duquel on attache des fleurs qui font comme enfilées wdes cordons de foye. Le Peuple fe met à genoux devafùbâton & l’adore, chacun luy prefentant une offrande. ~prescns faits, le Prêtre met le bâton fur son épaule, & alinge fur fa bouche, de crainte que son haleine ne íoiiiU eprécieux morceau de bois. II monte fur un éléphant tu ,couvert d’un linge blanc, & va ainsi par toute la ville aVËbeaucoup de magnificence. Devant luy marchent enviffcinquante élephans, ayant des deux cotez des clochettescuivre,qui font un grand bruit. Des hommes vêtus en g ea °.'suivent en dansant, selon l’ancienne tradition, qu’il y aV °autrefois de grands hommes, qui pouvoient porter ae trelourds fardeaux, & arracher des arbres. Quantité de &&bours, de trompettes & de haut-bois, qui viennent enfui 1 »précédent une autre troupe de gens qui dansent, & a P s Slesquels on voit marcher des femmes des métiers neceff aírau service des Pagodes,comme des Potiers & des Lavande ‘Chaque métier va ensemble, trois à trois, en fe tenant p a jmain, & entre chaque Compagnie il y a des tambours, d jhaut-bois & des danseurs. Aprés eux vient un éléphant,porte deux Prêtres, dont l’un est celuy qui tient le bâton,qui represcnte le Créateur du Ciel & de la Terre. L’a" ^est derriere luy tenant quelque chose de rond fur f a .pour le garantir du Soleil & de la pluye. II a à fes deux c rtez, & un peú derriere luy, deux élephans, fur chacun nquels font deux autres Prêtres. Ceux qui font devant,sentent deux autres Dieux, & les deux qui font derrj tportent des parasols comme l’autre. Les Cuisiniers fu^^ces Dieux avec des éventails pour chasser les mouches- , svoit ensuite venir une infinité de Dames des plus quasi"du Pays avec leurs parures les plus riches. On a foin de"^loyer & d’orner les rues de branches d’arbres aufq UÊ . spendent des banderolles & de la verdure, avec desJaffEjqui brûlent le jour & la nuit de chaque côté des rues. ^Commandans que le Roy envoye pour faire que tou ^passe avec ordre, serment la marche avec leurs Solda 18, ^font le tour de la ville de cette maniéré une fois le j oUÍ * , jijune autre fois de nuit, & cette Fête dure depuis la nouve £jusques à la pleine Lune. Pendant tout ce temps, on nele tambour à aucun des sacrifices des particuliers,Us ssi slt