Band 
Tome I. [A - D.]
Seite
634
JPEG-Download
 

634 C H I

donnent aux Chinois un orgueil insupportable. Ils élèventîeur Empire au dessus de tout ce qu’il y a de grand sur Jaterre,méprisant au dernier point les Etrangers, & tout cequ’ils ont d’avantages ; en forte que donnant à la Chine dansleurs Cartes une tres-vaste étendue , ils representent à sen-teur les autres Royaumes fans ordre, petits, raccourcis, 8cavec des titres ridicules. Par exemple, siao Ginqae, ou Royau-me , dont les habitans font tous si petits, qu’ils font obligezde sc lier plusieurs ensemble, pour n’être pas enlevez par lesAigles 8c par les Milans. Niu Ginqae Royaume, où tous leshabitans font femmes,qui conçoivent en fe mirant dans unpuits ou dans une riviere, 8c rf enfantent que des filles, c huaSin que Royaume, où ayant tous un trou à la poitrine, ils ymettent un bois pour pouvoir fe porter les uns les autres.Ilsrepresentent les Etats voisins, comme les Tartares, les Ja-ponois,ceux de la Prefqu’Iste de Corée, 8c les autres quifont autour de la Chine, avec ce titre , les quatre Barbares.Ils disent qu’au dehors de la Chine il y a soixante 8c douzeRoyaumes, qifils dépeignent tous petits & au milieu de lamer, comme autant de coquilles de noix , & leurs habitanslaids, difformes, monstrueux, 8c avec des gestes si terriblesqu’ils ressemblent moins à des hommes qu’à des singes, ou àdes bêtes farouches. Cependant les Chinois ont beaucoupde politesse. Dans les mariages, dans les enterremens., dansles visites & dans les banquets, le Maître de la maison,quoyque plus élevé en dignité que tous les conviez, donne tou-jours la premiere place aux plus vieux. Ceux-cy la cedent àceux qui viennent de loin, 8c tous aux Etrangers. Quandun Ambassadeur arrive, depuis le jour qu’on a accepté sonAmbaílàde , jufqu’à ce qu’il forte de la Chine, l’Empe-pereur luy fait fournir toute forte de provision, de che-vaux , des litières 8c des barques. A la Cour il le fait logerdans f Hôtellerie Royale, où de deux jours en deux joursil luy envoye de fa cuisine un festin tout préparé,pour mar-que de fa bienveillance. Cette Nation surpasse toutes lesautres dans le soin de /habiller proprement. Le jour qifilscommencent leur année , ils ont tous des habits neufs, lansqu’il y en ait aucun qui puisse blesser la vûë , quelque in-digent que soit celuy qui le porte. La modestie y est admirable. Les Lettrez croiroient commettre un péché/ils faisoient le moindre geste, qui ne fût conforme auxLoix de la bienséance. Les femmes vivent dans une retraiteperpétuelle, 8c une pudeur fort exacte accompagne tout cequ’elles font. Elles ne découvrent jamais leurs mains, 8c sileur frété, ou quelque proche parent leur demande unechose dont il peut avoir besoin, elles la prennent avec lamain cachée fous leur manche., qui est fort ample 8c fortlongue, 8c la mettent fur la table où ce parent la va pren-dre.

Les édifices publics de la Chine surprennent par leurmultitude 8c par leur grandeur. Les Palais des Princes 8cdes principaux Mandarins paroissent des villes, 8c les mai-sons des particuliers, riches 8c puissans, ressemblent à desPalais. Elles ont cinq ou six appartemens fur un même plan,8c les uns aprés les autres. Chaque appartement est séparéde f autre par une grande cour, de laquelle on monte auxsalles 8c aux chambres, par six ou sept degrez.Ce qu’on ap-pelle le grand Canal est un ouvrage admirable. Les TartaresOccidentaux ayant conquis toute la Chine, il y a plus dequatre siécles,leur Empereur appelle Xicu ou Cublay Camétablit fa demeure dans la ville de Pékin, qu’il fonda denouveau , afin de gouverner fes Etats avec plus de facilité ,parce qu’il étoit auíîi le Maître de toute la Tartarie Occi-dentale , qui commence à la Province de Pékin,8c /étendjufqtfau Pays du Mogol, à la Perse 8c à la mer Caspienne.Comme les Provinces Septentrionales né pouvoient fournirles provisions nécessaires à la subsistance de çette grandeville , il fit construire un grand nombre de vaisseaux pourapporter des Pays Méridionaux à Pékin les vivres^ les épi-ceries 8c les marchandises de toutes sortes ; mais voyant queles calmes 8c les tempêtes causoient de notables pertes danscette navigation, il employa une infinité d’ouvriers, quiavec une dépensc-extraordinaire, ouvrirent à travers plu-sieurs Provinces,utì canal detrois mille cinq cens stades Chi-noises de longueur. Ce Canal a soixante 8c douze écluses endivers endroits, tant pour diminuer le courant de l’eau,quepour la rendre plus profonde en la retenant. Elles ont degrandes portes faites de grosses pieces de bois qu’on ferme lanuit 8cque l’on ouvre le jour pour le passage des barques.Onpasse aisément lapiûpart de ces écluses; mais il y en a quel-ques unes qui font courir beaucoup de danger, 8c entre au-

C H I

tres,celle que les Chinois appellent Tien fi cha,cett.-à dire, 1 ^.Reine & la Maîtresse du Ciel. Quand les bas ques vont con-tre !e courant,8c qu’elîes sont arrivées au bas de cette écl/Jpjqui est l’une des plus hautes, on attache à ia proue quann^de cables 8c de cordages tirez de part 8c d’autre du canal p/quatre ou cinq cens hommes, ou même par un plus grasfnombre, selon le poids 8c la grandeur de la barque. En ro e 'me temps d’autres travaillent avec des cabestans placez hj‘les murailles de í’éclufe,qui sont fort larges 8c bâties dpierre de taille. Outre ces cables, il y a de fort grosses cor-des, qu’on entortille à de grandes colomnes de pierre ou debois, afin de retenir la barque, s’il arrivoit que les autrecordages fe rompissent. Quand toutes ces cordes font atta-chées, on commence à tirer peu a peu, au son d’un hass"qu’on frappe d’abord fort lentement,8c de loin à loin ;lorsque la moitié de-cette barque est élevée à la nauteur dcanal supérieur, comme !e courant sait alors plus d’-mprd-sion, on frappe le bassin avec beaucoup de vitesse. Tous e"même temps poussent de grands cris > 8c font tant d’effi> rtensemble, que la barque acheve en un moment de monter*8c elle est mise en seureté dans seau morte, qui fe tronyfentre les cotez du Canal 8c le milieu du courant. On fa*descendre les barques avec plus de facilité 8c beaucoup d,promptitude ; mais aussi avec bien plus de danger. On attache à la poupe un grand nombre de cordages qu’òn lacssôc retient également de côté 8c d’autre. Dans le même tefflp’il y a de chaque côté des hommes, qui avec de grandes po-ches ferrées, conduisent la barque par le milieu du Can/ *pour /empêcher de heurter contre les jambages ou grosspierres, où les portes font attachées. Quand ia barque lespassées,tout d’un coup on lâche les cordes qui la retenoiess*8c aussi tôt elle est emportée par -le courant d’une vîteiségale à celle d’une flèche, jufqu’à ce qu’elle s’ari ête peupeu de même que l’eau , 8c recommence à voguer de *maniéré ordinaire. Ce Canal commence à la ville de /Ecbeu , éloignée de deux lieues 8c demie de Patin. II y 3 ul1 .riviere, dont on fuit le courant jnfqu’à ce qu’auprcs de 1mer, elle entre dans une autre que l’on remonte duranquelques joùrs. On entre ensuite dans un Canal fait à *main,8c aprés y avoir navigé vingt ou vingt cinq lieiiéV^trouve un Temple appelléF uen xui Hiao, c’est à-dire/Te/’pie de l’Efprit, qui divise les eaux. On va jusque-là furCanal contre le courant de /eau, 8c quand on est arrive V1à vis du Temple , on commence à descendre 8c à se f erV jdes feules rames. Ce Canal passe en quelques endroits p/milieu des villes, 8c ca|d’autres le long de leurs murail‘ e 'II traverse une partie de la Province de Pékin , enfuité tou ^celle de Xantum , 8c aprés qu’il est entré dans celle dekin, il fe décharge dans la grande riviere que les Cbín°nomment faune. On navige dessus un peu moins de dpu-journées, & on entre dans une autre qu’on remont.e envss 0deux portées de mousquet, au bout desquelles ontroU V jun Canal que les Chinois ont ouvert au bord Meridi° n , 3de cette derniere riviere , 8c qui court vers la villeHodi ngan ,il passe ensuite par beaucoup de villes 8c de boiss»jufqu’à ce qu’il arrive à la ville de Tarn cbeu , le plus fam eli gPort de cet Empire. Peu aprés il fe dégorge dans le fieuvKiam , à une grande journée de Nankin. C’est une gt 3 , ncommodité de pouvoir aller d’un bout de la Chine à D ^tre, durant /espace d’environ six cens lieues, toujours p 3des rivières ou par des canaux, à la réservé d’une seule j o0 ..née par terre, entre les Provinces de Quantum 8c deou entre les villes de Nanbium 8c de Nangan. C’est là <l u 0sc rembarque fur la riviere de Can. u

II n’y a personne qui n’ait entendu parler de la gr a °muraille de la Chine. On dit qiselle fut bâtie par le RoL°Empereur Xius, Chef de la Famille de Cina,qui ayant w upé le Royaume fur les Princes de la Maison de Cneva, ^ ■construire, tant parce qu’il aimoità faire paroître fa m a 8"ficence dans les bâtimens, que pour sc mettre à couver 1 dinsultes desTartares, fur lesquels il avoiteu plusieurs av 3 ^tages. Ce Prince la fit commencer en l’an 12x5.8c y cn*P -Ltant d’ouVriers, qu’elle-fut achevée entierement en tuff

îieuës U’Alemagne, depuis le Golfe^où la riviere d ^décharge dans la mer, qui est le lieu où elle commence,! ^qu’à la ville de Km où elle finit. Ce merveilleux hâtimen ^continué fans aucune interruption, si ce n’est auprès dVille de Siven , en la Province de Peìfin, où une mont 3 »