Band 
Tome I. [A - D.]
Seite
724
JPEG-Download
 

qui ieur est laissée de quitter cette profession quand il îellrplaît. Cependant les Moines en gênerai ne font guere plusestimez que les -Esclaves, à cause des grands tributs qu’ilsfont contraints de payer, & des ouvrages qu’on les obligeste faire. Leurs Supérieurs sont en grande estime , fur toutlors q u 1 ils sont fçivans ; & en ce cas là ils vont de pair avecles Grands du Pays. On les appelle les Moines du Roy, &ils en portent TOrdre fur leurs habits. Ils jugent commeOfficiers subalternes, font leurs visites à cheval, & font bienreçus par tout où ils passent. Ils rasent leur barbe & leurscheveux, Sc ne'peuvent rien manger qui ait eu vie. On leurdéfend la conversation des femmes > & si quelqu'un man-que à Ces Reglemens, il est banni du Cloître , aprés avoirreçu soixante Sc dix ou quatre-vingt coups fur les fesses.Dans le temps de leur premiere tonsure, ou incontinentaprés, on leur fait une marque au bras qu’on ne fçauroit effacer, & c’est à cela qu’on reconnoît ceux qui ont été enReligion. Ils travaillent, ou font quelque commerce pourgagner leur vie. Quelques-uns vont à la quête, & ils onttous quelque pension du Gouverneur. Leur particulièreapplication est d’apprendre à lire & à écrire à plusieurs pe-tits enfans qu on envoye chez eux. Si ces enfans ont envied’être rasez, ils les retiennent à leur service, & leur Maîtremourant,leurs biens vont à ces enfans, qui sont obligezd’en prendre le deuil comme d’un pere qui a pris soin de lesélever & de les instruire. II y a une autre sorte de gens quiressemblent à ces Moines, tant pour l’abstinence que pourle service des Idoles. Ceux-là ne sont point rasez , & peu-vent se marier. Ils croyent par tradition que tous les hom-mes parloient autrefois un même langage ; mais que le dessein de monter au Ciel en bâtissant une Tour, avoit causéîa confusion des langues. Les Nobles fréquentent beaucouples Cloîtres, où ils vont se divertir avec des femmes. Ilschoisissent ces lieux-là, parce qu’ordinairement la situationen est agréable, à cause de la beauté des vues & des jardina-ges ; de forte que l’on pourroit plutôt les nommer des mai-sons de plaisir que des Temples, ce qui doit s’entendre desCloîtres communs,où les Moines se plaisent à boire.

Les Coresiens ne peuvent se marier entre parens qu’auquatrième dégre , & sont dispensez de faire l’amour, à causequ’on marie les filles dés l’âge de huit ou dix ans. Elles en-trent dés ce moment dans la maison du pere de leur mari ,òù elles demeurent jusqu a ce quelles ayent appris à gagnerleur vie, ou à conduire un ménagé. Le jour qu’un hommeépouse une fille, il monte à cheval accompagné de ses amis,& aprés avoir fait le tour de îa ville, il s’arrête devant laporte de fa maîtresse, où il est reçu par les parens,qui pren-nent la mariée & la menent chez le mary > ou se celebrent le snoces fans autre cérémonie. Quoy qu’une femme ait plu-sieurs enfans , il peut la répudier & eq prendre une autre ;mais la femme n’a pas le même pouvoir, si le Juge ne l’or-donne. II est permis à un homme d’avoir autant de femmesqu’il en peut nourrir, & d’aller chez elles à toutes heures*fans qu’on y puisse trouver à redire ; mais il ne peut avoirchez luy que fa femme , les autres font en ville ou dans desmaisons séparées de leur ménagé. Les Nobles, outre leurfemme, en ònt encore deux ou trois chez eux > mais il n’yen a jamais qu’une qui domine. Les autres ont chacune unappartement séparé, òù le Maître du logis va les voir quandil luy plaît. II les traite presque comme des Esclaves , &les chasse pour la moindre faute, les obligeant même d’em-mener leurs enfans dont ces malheureuses demeurent char-ées. Les Nobles & les personnes libres prennent grand soine bien élever les leurs. Ils leur donnent de bonne heure desMaîtres qui leur apprennent" à lire & à écrire, à quoy cetteNation prend un grandplaisir.Ils n’usehtd’aucune contraintedans leur maniéré d’enfeigner,& represcntentavec douceuràleursEcoliers le mérité de leurs ancêtres,& la gloire de ceuxqui par leur science ont fait de grandes fortunes, ce qui lespique Sc les rend fort affidus.Outre leur étude particulière,il y a dans chaque ville une maison où les Nobles par uneancienne coûtume font assemb'er tous les jeunes gens pourleur faire lire l’état des affaires du Pays, & la condamnationdes Grands qu’on a fait mourir pour leur mauvaise condui-te. On fait aussi tous les ans des .Assemblées dans deux outrois villes de chaque Province» & les Ecudians s'y trou-vent dans l’esperance d’avoir de l’emploi pour la plume oupour l’épée. Les Gouverneurs des Places- y envoyeur desDéputez habiles pour les examiner Sc choisir les plus capa-bles , Sc fur le rapport qu’on leur en fait, ils en écrivent auRoy. 11 fe fait aussi tous les ans à la Cour une Assemblée ,

òù Ton examine là conduite de tous ceux qui sont etì chaNge. C’est-là qu’on distribué les èmplóis à ceux que l’on encroit dignes, Sc le Roy en fait expedier les Provisions. Lesperes chérissent fort les enfans,& en sont fort respectez.Ussont tenus des faits Tun de l’autre, & si Tun des deux fèretire aprés une méchante action, celuy qui demeure en estresponsable. Les Esclaves n’ont pas la même tendresse,étantassurez qu’on leur enlèvera leurs enfans, si-tôt qu’ils seronten âge de travailler.

Lors que la mort de quelqu’un arrive, ses parens courentpar les rues, pleurant, hurlant & s’arrachant les cheveux.Ils fe fervent pour chaque Mort de deux bières, épaisses dedeux ou trois doigts, qu’ils ferment exactement, les met-tant Tune dans l’autre, afin qu’elles résistent à l’eau. Us en-jolivent ces bieres» & les garnissent chacun selon son pou-voir. Leur coutume est d’enterrer leurs Morts au PrintempsSc en Automne, & pour ceux qui meurent en Eté , ils lesmettent dans une loge de paille, élevée fur quatre pieux, &les y laissent jusqu’à ce que le ris soit moissonné. Ce tempSvenu,ils les rapportent dans leur maison, & renferment aveceux dans leurs cercueils leurs habits & leurs bijoux. De IIaprés avoir passé toute la nuit dans la bonne chere, ils par-tent avec le corps à la pointe du jour , Sc vont l’enterrer estquelque endroit d’une montagne qui leur est indiquée parun Devin. Les Porteurs chantent Sc vont en cadence pen-dant que les parens poussent de grands cris. Trois joursaprés ils retournent fur la fosse où ils font quelques ossran-des, & ensuite ils mangent ensemble. Le menu Peuple faitfeulemesit une fosse fort bien creusée, & profonde de cinqou six pieds. On met les Grands dans des tombeaux de pier-res fur lesquels est élevée une statue de même matière , aiibas de laquelle on grave le nom Sc les qualitez du Mort.Dans toutes les pleines Lunes ils font couper l’herbe quicroît fur la fosse, Sc offrent du ris nouveau. C’est là leurplus grande Tête,aprés celle de Tannée nouvelle. Ils né comp-tent que par Lunes, & de trois ans Tun ils en intercalentune, ce qui fait qu’il s’en trouve treize dans cette année-là.Leurs Devins leur disent si le lieu où sont enterrez {eursMorts, leur est propre ou non , & leur superstition s’étendsi loin, qu’ils leur font quelquefois changer de place deuxou trois fois. Les enfans d’un homme libre en portent troisans le deuil, Sc pendant ce temps, ils vivent aussi austere-ment que les Moines. Us ne peuvent exercer aucune Char-ge , & si quelqu’un d’eux á un emploi, il est obligé de s’erîdéfaire. Ils n’ofent non plus coucher avec leurs femmes, Sts’ils avoient des enfans durant le deuil, ces enfans seroientbâtards. U leur est aussi défendu d’entrer en colere , de febattre, & de s’enyvrer pendant ce temps. Pour marque dedeiíil, ils portent une longue robe de toile de chanvre, SCn’ont dessous qu’une efpece de haire, faite d’un tissu de filtors, presque aussi gros que celuy de roseaux ou de bambou»dont on sait les cables des navires. U ont un gros roseau ouun bâton à la main, ce qui sert à distinguer de qui Ton portele deuil, ils marquent le pere par le roseau,& la mere par lébâton. Ils portent aussi en forme de crêpe une corde faite dumême fil que leur haire, fur un chapeau tissu de roseauxverts. Ils sont fort noirs, parce qu’ils ne fe lavent point pen-dant tout le temps du deuil. Lors qu’ils se sont acquittezdes devoirs funèbres, si le pere a laissé du bien, le fils aînéfe met en possession de la maison qui luy appartient avectoutes les terres qui en dépendent. Les autres biens fe par-tagent entre les antres garçons, Sc les filles n’y ont rien,parcequ’elles n'apportent que leurs habits en mariage.Lors qu’utîpere est venu à l'âge de quatre-vingts ans, il cede son bien àses enfans, comme se croyant incapable de le gouverner.L’aîné s’en met en possession,Sc fait bâtir une loge pour sonpere Sc pour sa mere, & les y nourrit aux dépens de la com-munauté. Les Coresiens ont un grand penchant à dérober ?& la tromperie n’a rien d’infame chez eux. Us font pol-trons, & ont beaucoup d’horreur pour le sang,fuyant quandils en rencontrent. Ils craignent extrêmement les maladies,fur tout les contagieuses ; de sorte qu’ils enlèvent aussi tôtceux qui en sont attaquez , & les mettent dans des loges depaille au milieu des champs. Ceux à qui on les donne íà engarde, avertissent les passans de se détourner, & si le ma-lade n’a point d’amis qui en prenne soin , les autres le lais-sent mourir plutôt que d’en approcher. Lors qu’il y a de lapeste dans une ville ou dans un village, on en ferme lesavenues avec une haie d’épines, & on en met aussi au hautdes maisons où il y a des malades, pour avertir ceux qui lepourroient ignorer.