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Tome I. [A - D.]
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La Corée est gouvernée-par un Roy dont rautòrité estabsolue , quoy qu’il reconnoiste le Tartare. II n’y a point deSeigneurs qui ayent des Villes, des Ifles ou des Villages enpropriété. Ils n sont que la jouissance de quelques terres,dont le fond revient au Prince aprés qu’ils sont morts, &c’est en cela seulement, & au grand nombre de leurs Escla-ves , que consiste leur revenu. Ces Esclaves & les personneslibres qui ne sont point dans les troupes, font la moitié desgens du Pays. Si un homme libre couche avec une femmeEsclave, ou un Esclave avec une femme libre,les enfans quien naissent font Esclaves ; & pour ceux qui viennent d’unpere & d’une mere Esclaves, ils appartiennent au Maître dela mere. Lors que le Roy sort,il est accompagné de toute laKoblesse de fa Cour,portant son Ordre, ou quelque ouvra-ge de broderie devant & derriere,fur une robe de soyenoire avec une écharpe fort ample, & suivi d’une grandetroupe de Soldats en fort bon ordre. Devant luy marchentdes hommes à cheval & d’autres à pieffi, les uns portadt desenseignes & des étendarts, & les autres divers instrumens deguerre dont ils jouent. Les Gardes du Corps, composez desprincipaux Bourgeois de la ville, marchent àgrés eux, & leRoy est au milieu porté fous un dais d’or tres superbe. Onobserve un st grand silence quand il passe, que son n’entendpas le moindre bruit. Immédiatement devant fa personne,est un Secretaire d’Etat avec une cassette, où il met touteslés Requêtes & tous les Placets que les particuliers prefen-tent au bout d’un roseau, ou qu’ils font pendre le long desmurailles ou des palissades , en sorte qu’on ne volt pointceux qui les presentent. II y a des gens établis pour les ap-porter au Secretaire qui les met dans la cassette, & quand leRoy est de retour au Palais il en juge souverainement, & onexécuté ses ordres fur l’heure. Toutes les maisons des ruesoù il passe font fermées, tant les portes que les fenêtres, &personne n’oferoit les entrouvrir ni regarder par dessus lamuraille ou la palissade. Lors qu’il passe auprès des Grands& des Soldats, ils sont obligez de tourner le dos fans oserni regarder ni tousser. L’Ambassadeur du Tartare ne vientHarnais en ce Royaume, que ce Prince n’aille en personneavec toute fa Cour le recevoir hors la ville. II raccompagnejusqu’à son logis , & par tout chacun luy fait autant d’hon-neur qu’au Roy même. Toutes sortes de Joueurs d’instru-mens, de Danseurs & de Sauteurs marchent devant luy pourle divertir, & tant qu’il est à la Cour, toutes les rues qui sctrouvent entre son logis & le Palais sont bordées de Soldats,à dix pieds les uns des autres. II y a deux ou trois hommesdont Tunique emploi est de ramasser les billets qu’on jettede la fenêtre du Tartare pour être portez au Roy, qui veutfçavoir à toute heure ce que fait f Ambassadeur, croyanttémoigner par-là & par de fort grands honneurs qu’il luyfait rendre, le respect qu’il a pour le Grand Cham.

Quant à ce qui regarde la guerre, le Roy entretient beau-coup de soldats dans fa capitale, & ils ne sont occupez qu’àîe garder & à le suivre quand il va dehors. Toutes les Pro-vinces font obligées une fois en sept ans d’envoyer tous leshommes libres en garde au Palais pendant deux mois, cha-que Province a son General qui a fous lui quatre ou cinqColonels. Ces Colonels ont sous eux chacun un nombrepareil de Capitaines, qui ont tous le commandement dequelque Ville ou de quelque Forteresse, jusque-là qu’il n’y& point de villages où il ssy ait un Caporal qui commande,avec des Dizeniers au dessous de lui. Ces Caporaux sontobligez de donner tous les ans à leurs Capitaines un rôlle desgens qui sont dans leur dépendance, & par ce moyen le Royfçait toujours de combien de monde il peut faire état dansle besoin. Leurs Cavaliers font armez d’une cuirasse , d’unpot & d’une épée , & portent outre cela un arc , des flèches& un fléau garni de petites pointes de fer. Les Fantassinsportent comme eux un corselet, un motion & une épée avecun mousquet ou une demi pique. Les Officiers n’ont quedes arcs & des flèches. On oblige les Soldats de porter àleurs dépens dequoy tirer cinquante coups à balle. Chaqueville fournit aussi tour à tour un certain nombre de Reli-gieux qu’elje tire de l’étendue de son ressort pour garder &entretenir aussi à leurs dépens les Forts & les Châteaux quifont dans les détroits & aux penebans des montagnes. Ilspassent pour tres bons Soldats , & obéissent à des Officiers

F ris de leur corps, qui observent les mêmes reglemens queautre Milice, de forte que le Roy fçait encore, à un Moinepris, combien il y en a qui sont en état de le servir* Ceuxqui ont atteint soixante ans sont exempts de faction, & leursenfans remplissent leurs places» La Corée étant presque tou-

te bordée de la mer, chaque ville est obligée d’entretenir unVaisseau équipé & pourvû de toutes choses. Leurs naviresont d’ordinaire deux mâts, & sont à trente ou trente-deuxrames, qui ont chacune cinq ou stx rameurs. Ainsi tant en.rameurs qu’en soldats, il y a prés de trois cens hommes furchacun de ces vaisseaux , qui ont quelques petites pieces decanon, & quantité de feux d’artistees. Cela.est cause quechaque Province a son Amiral, qui tous les ans fait la revue,des vaisseaux* Ils en rendent compte au Grand Amiral, quife trouve aussi quelquefois à ces revûës. Si quelqu’un desAmiraux ou des Officiers qui sont fous eux tombe en quel-que faute, on le bannit s’il n’est pas puni de mort. Les prin-cipaux Officiers de terre & de mer qui composent le Con-seil duRoy, s’assembíent tous les jours dans son Palais, & lefervent en toutes les affaires qui sc presentent fans aucunerécompense. Ils ne donnent jamais leur avis qu’aprés qu’ill’a demandé, & vivent & meurent dans leurs emplois ùujufqu’à l’âge de quatre-vingt ans, pourvû qu’ils ne fassentrien qui soit punissable. II en est de même des autres Char-ges inferieures de la Cour qu’on ne quitte que pour monterà de plus hautes. Les Gouverneurs de Places & les Officierssubalternes changent tous les trois ans ; mais il en est peu quifervent ce temps éntier, parce que le Roy tient par tout desespions pour être informé de leur conduite, & qu’ils sontpresque toujours accusez de diverses malversations, qui lesfont punir de mort ou bannir à perpétuité* Le Roy n'a derevenu pour l’entretien de ses troupes & de fa Maison quéles droits qu’on leve fur tout ce que la terre produit onqu’on tire de la mer. Les Fermiers qui font des gens ducommun prennent íe dixième de toutes choses, & ce dixiè-me sc recueille fur le champ dans le temps de la récolté &avant que l’on ait rien enlevé. II y a dans les villes & danschaque village des magasins où l’on ferre cette dixme, outrelaquelle il faut que les hommes qui ne sont point enrôleztravaillent trois mois de l’année à toutes les choses aufquel-Ies le Pays trouve à propos de les employer. On distribuetous les ans à chaque Soldat & à chaque Cavalier trois pie-ces de toile pour fe vêtir, qui valent en tout une pistole, cequi fait une partie de la solde des Milices qui font dans lacapitale du Royaume. Avant que le Tartare s’en fût rendumaître, il étoit rempli de débauches & de luxe, & les Co re-ssens fe plongeoient dans toutes sortes de dissolutions. Au-jourd’huy que les Tartares &Ies Japonnois les tyrannisent*ils souffrent beaucoup dans une mauvaise année, à cause desgrands tributs qu’ils payent fur tout au Tartare, qui vientf exiger trois fois chaque année* Ils croyent qu’ií n’y a danstout le monde que douze Royaumes ou Pays, commandezpar un seul Empereur qui fait fa résidence à la Cisine, à quitous les autres payoient autrefois tribut; mais qu’ils se sonttous mis en liberté, & n’ont pû être subjuguez depuis que leTartare s’est emparé de ce grand Empire. Ils nomment leTartare Tkck^çe & or m Km.

La Justice des Gordiens est fort fevere à l’égard des cri-minels. Celui qui fe révolté contre le Roy est exterminéavec toute fa race, & on rase scs maisons fans qu’il fe trouvepersonne qui ose les rebâtir. Tous scs biens sont confisquez& donnez quelquefois à un particulier. Si une femme a faitmourir son mari, on l’enterre toute vive jufqu’aux épaulesdans un chemin fréquenté, & à côté d’elle on met une ha-che, dont tous les pastans qui ne sont pas nobles sont obligezde lui donner un coup fur la tête jufqu’à ce qu’elle lbitmorte. Dans la ville où un semblable malheur arrive, oninterdit pour un temps les Juges ; on lui .ôte même le Gou-verneur, & on la rend dépendante d’un’autre Gouverne-ment fans lui laisser qu’un simple Gentilhomme pour y com-mander. On ordonne la même peine pour les villes qui ferévoltent contre leurs Gouverneurs , ou qui portent à laCour de fausses accusations contr’eux. Ûn homme qui ayanttué fa femme peut prouver qu’il fa surprise,en adultéré, oudans quelque autre faute considérable, n’en est point punisSi la femme tuée est esclave , on est quitte pour en payertrois fois la valeur au Maître à qui elle appartenoit. Ils sontmourir par les plus cruels tourmens les Esclaves qui tuentleurs Maîtres ; mais on ne compte pour rien qu’un Maîtretuë son Esclave, quoy que le sujet en soit leger. Pour punirun homme qui en a tué un autre,on le foule fort long-tempsaux pieds ; ensuite on fait passer du vinaigre fur le cadavredu Mort, & on le fait avaler au criminel avec un entonnoir*Lorsqu il est plein, on le frappe sur le ventre à coups de bâ-ton jusqu’à ce qu’il crève. Ils foulent aussi les larrons auxpieds jufqu’à ee qu’ils meurent z sc si un garçon est trouvé

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