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Tome I. [A - D.]
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ménagé, tres-avares , & fur tout extrêmement addotinéesfla luxure, vice qu'on peut dire qu’elles succent avec le lait,puifqu’elies jouent toutes nues pêle mêle avec les garçonsauíïì tout nuds jufqu’à Tâge de sept ou huit ans. Elles ontpresque toutes des pendans d’oreìlles, des colliers de corailpu de rasade , & des brasselets, nost feulement aux bras,mais aux jambes & aux chevilles des pieds, le plus souventavec des fils de l’écorce de l’arbre dédié à leurs Fétiches,qu’elles respectent comme des Diviniteìz. Cet Arbre est aumilieu- d’une Place où ils s’assemblent pour célébrer leurDimanche qui répond à nôtre Mardy. "tous les ouvragesceîïènt ce jour-là. Les Paysans n’apportent rien au Marché-,& il n’est permis à qui que ce kbit de trafiquer , fi ce n’est àceux qui font au bord de la mer. Ceux-là peuvent aller né-gocier avec les Etrangers à bord des navires qui se trou-vent à la rade. Les autres employeur ce jour-là,qui est saintpour eux au service de leur Dieu ou F etiche. Pour cela ilsdressent au pied de l’arbre qui luy est consacré, une table,sur laquelle ils mettent du ris, du mil, du mahis, du fruit,de la viande, du poisson,avec du vin & de l’huile de palme,afin que leurs Fétiches ayent à boire & à manger. Ils chan-tent , dansent & sautent autour de cet arbre,en faisant grandbruit avec des bassins de cuivre & autres «pareils instrumens.Ce même jour ils se lavent le visage avec grand soin, & jet-tent à terre en f honneur de leurs Fétiches , les premiersmorceaux de cequ’ils mangent. Le soir le Capitaine distri-bue le vin de palme à tous les hábitans du village,les Paysansétant obligez de luy en porter. lis crpyent tous une autrevie ; mais comme ils ne fçavent où ils seront, en haut ou enbas, dans la crainte que leur pere ou leur mere ne meurentde faim, ils-jettent dans leurs fosses des vivres & du vin depalme, & ils y en vont répandre de temps en temps,afin ques’íls ont faim ou soif,ils soient en pouvoir de venir boire &manger. Quand ils entendent tonner, ou qu’il fait quelquetempête,ils disent que le Dieu des Blancs est en colere,& onne voit aucun d’eux marcher dans les ruës.LeDiabie leur faittant d’horreur-, qu’ilstremblent à entendre feulement protioncer fora nom. Ils disent qu’il leur sait faire du mal parleurs'Fetiehes, pour lesquelles ils ont des superstitions in-croyables, quoy que la plupart soient choies inanimées, & leplus souvent sales & vilaines. Ils eft ònt tous qu’ils portentfur eux.De ces Fétiches,les unes íbnt de petits bouts de cor-mes remplies d’ordures ; les autres de petites figures,des têtesd’animaux , & autres choses semblables, que leur vendentleurs Prêtres, en leur diíànt qu’ils les ont trouvées à 1 arbrede la Fétiche. Ils entortillent cet arbre qui est dans la Placede leurs Sacrifices avec des cordons de paille ; & quand leurscérémonies font achevées, ils enfilent avec ces cordons lespetits ouvrages d’or qu’ils fe mettent aux bras & aux jam-bes, persuadez qu’ìls ont autant de préservatifs contre lesmaux qui leur peuvent arriver. Ils plantent des Fétiches àleurs.portes pour la conservation de leurs maisons Ce fontcomme des bâtons à crochets avec lesquels on tire les bran-ches des arbres quand on veut cueillir du fruit. Les P; êtresen mettent quantité autour d’une pierre qu’ils croyent aussivieille que le monde ; & quand ces Fétiches ont été là quel-que temps, ces Prêtres les vendent à ces pauvres aveuglez ,qui les vont trouver quand il leur arrive quelque disgrâce,pour avoir une Fétiche qui veuille leur faire du bien , ceque les Prêtres leur accordent, en leur donnant pour l’orqu’ils reçoivent d’eux, du fuis où ils auront fiché deux ou !trois plumes de perroquet,ou quelque herbe. Chacun d’euxs’abstient de manger de quelque chose à l’honneur de fa Fe-

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maisons. L’habit de Ces Prêtres est comme une cotte d’àr^mes, faite de grosse toile ou de serge. Ils ont autour d’euxdes écharpes de petits osselets de poulets brûlez , le reste àcorps tóut nud , & à leurs jambes des jarretières, faites du tìlde l’arbrc de la Fétiche où ils passent des rasades. Ils appré-hendent fur toutes choses de jurer par leurs Fétiches, s’ima-ginant que s’ils juroient faux ils mourroientune heure aprés.Si la pesche diminue,ils croyent que la Fétiche est fâchée,&pour l’appaiser ils donnent quelque chose au Piètre, & leprient d’interceder pour eux auprès d’elle. Ils vontau bordde la mer avec leurs femmes bien parées, & ayant autour deleur cou des branches de l’arbre de la Fétiche qu’ils jettentdânslà mer avec du ris, du mil & du mahis, en disant plu-sieurs fois en leur Langue Sois moy favorable.

Quand les femmes des Marchands, Officiers ou Capitai-nes du Pays sortent en public, elles ont une piece de foye,de tafetas ou quelque autre étoffe rouge, bleue ou violette,qui font les couleursqu’eilesaiment davantage,Scelles s’encouvrent depuis le sein jufqu’à my jambes, les relevant parderrière avec un gros bourrelet. A leur ceinture, de côté SCd’autre pendent de gros trousseaux de clefs, quoy que biensouvent elles n’ayent point de coffres. Eiies portent une íîgrande quantité de bagues, que quelques-unes en ont leursdoigts tout-à fait couverts. Les femmes du commun fe pa-rent aussi autant qu’il leur est possible, & resserrent leursbardes quand elles font de retour chez elles, ne fe servantquede grosses toiles, qui les couvrent depuis le nombril jus*qu’au milieu des cuisses. Chacune ainsi que les hommes, aimeà changer d’habits, & les filles employeur la plus grandepartie du jour à s’ajuster pour lâcher de plaire , & fur toutauxBlancs,qui leur plaisent bien plus que les Noirs. Quandun pere a son fils à marier, il jette les yeux fur quelque fil-le , & íi le fils la trouve à son gré, il la soit demander à sesparens. S’ils y consentent, ils s’ass mblent tous avec un deleurs Prêtres qui leur donne des Fétiches, par lesquelles lafille jure devant eux à son mari une fidélité inviolable. Lemari promet de f aimer , n’étant pas obligé de faire ce mê-me serment de fidélité. Les parens de fun & de l’autre fesont des presens, & donnent à leurs ensans ce qu’ils peuventselon leur bien , passent le reste du jour en réjouissances, SCle mariage est fait.Cecte premiere femme a tant de pouvoissor son mari, qu’il n’en sçauroit prendre d’autres qu’ellen’y consente, ce qu’elle luy refuse rarement. Ces autresfemmes ne font proprement que leurs concubines. Ailes nefont point jalouses les unes des autres. La premiere, pouffaire voir qu’elle est véritablement !a somme de ce mari *couche avec luy trois nuits tout de fuite , & les autres uneseulement selon l’aneieuneté de leur mariage.

Tout le monde ptut entrer dans la chambre d’une fem-me qui àccoUchei L’enfant étant né, on donne à l’accou-chée une calebasse d’ust breuvage fait avec du ris, du trnhisjde l’eau, de la malaguette & du vin de palme. On la cou-vre bien, sc on la laisse dormir deux ou trois heures, aprésquoy elle fe leve, fait laver l’enfant, & travaille à Fordi-naire. Lorsque l’enfant est lavé, le pere & la mere luy don- 1nent un nom, fort souvent celuy d’un Blanc qui leur aurâfait du bien, l’envelopent de quelques langes, & le posentfur une peau étendue fur des joncs jufqu’à ce qu’il ait ustmois, aprés quoy la mere le porte fur son dos fur une petiteplanche en luy passant les jambes fous ses aisselles, & liantses mains autour de son cou. Quand il crie , elle luy donneà teter par dessus ses épaules. Elle ne le quitte que la nuit »& le lave & le frotte tous les matins avec de l’huile de pas-

tiche, s’imaginant que s’ils en mangeoient aprés qu’il leur ' me. Dés que les ensans ont sept ou huit mois, on les laisse se

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ont promis de ne le pas faire, ils mourroient à l’heuremême.

Outre les Fétiches particulières, ils en ont qu’ils nom-ment Fr<r-rà Fétiches , qui conservent le Pays, par exempleun arbre, une montagne, une pierre, une forte de poisson,'Sc une efpece d’oifeaux qu’ils reverent comme desDivini-tez. Les arbres sacrez font ordinairement ceux au pied def-quels ils sacrifient. Ils fe persuadent que quiconque en cou-pe roit causeroit la perte de tousles fruits du Pays, & ils pu-niroient de mort eeluy qui auroit osé couper un tel arbre.Les montagnes les plus hautes sont celles qu’ils croyent êtrela demeure de leurs Fétiches. 11s les honorent, & en entou-rent le pied, de ris, de mil, de vin & d’huile de palme pourleur boire & leur manger. Qjant aux pierres qu ils croyentFétiches , elles ressemblent aux bornes plantées dans noschamps. Leurs Prêtres fichent autour de ces pierres les pe-tits crochets qu’ils vendent ensuite pour la conservation des

traîner à terre à quatre pattes * ce qui fait qu’ils marchentplutôt que ceux d’Europe. La mere leur met autour dtlcou de petits ouvrages d’or passez dans du fil de l’écor-ce de l’arbre de la Fétiche , & à mesure qu’ils croissentjusqu a quatre ans, elle environne leurs bras & leurs jam-bes de petits rameaux qu’on plie en forme de cercle*Les Prêtres Vendent ces petits rameaux aux meres quicroyent garantir par là leurs ensans de toutes sortes de maux,& en ont grand soin jufqu’à l’âge de huit ans qu’ils appren-nent à nager. A douze le pere en prend foin & leur apprendà gagner leur vie. S’il est Pefcheur, il les dresse à manier Dcanot, & s’il est Marchand , il les mene à bord des Etran-gers, leur enseigne la maniéré de trafiquer , & les instruitjuíqu’â ce qu’ils ayent dix-huit ou vingt ans. Alors le pereleur donne quelques esclaves, & se retire d’avec eux. Ostaccoutume les filles à tenir les maisons propres, à piler le ris»

à écraser le mahis, z cuire le pain, à faire des paniers de

jonc*