Band 
Tome I. [A - D.]
Seite
737
JPEG-Download
 

c o s

joncs & dë nattés, & enfin à prendre foin de tout cë qui peutservir au ménage. *

Toutes les maisons softt faites de terre , & ies murailles decelles du Peuplé excedent à peine la hauteur d’un homme.Sur Ces murailles est appuyée la charpente du toit * qui neconsiste qu en des perches qui soutiennent la couverture.Les Officiers & les Marchands du Pays qui ont appris desEuropéens fart de bâtir, ont fait faire des maisons avec deschambres hautes & plusieurs appartemens. D’ordinaire à laporte de leur chambre ils Ont deux Esclaves avec des zagayesqui les gardent , & qui fe relevent de temps en temps. LesMaisons des Grands, ainsi que celles du menu Peuple, fontcouvertes de chaume, & les unes & les autres n’ont qif untrou quarré, où ils attachent des portes de la maniéré qu’onen voit aux jardins des Villageois. Çes portes if ont ni gondsni ferrure* & ils fe Contentent de les fermer par dedans -ou■par dehors avec une corde, leurs fenêtres font petites. Laterre qui sert de plancher est sort unie & battue. Ils ont tou-jours tout au moins deux chambres qu’ils tiennent fort net-tes, les peignant par dehors & par dedans. Ils n’ont point delit, & passent la nuit fur des peaux qu’ils étendent à terrefur des nattes faites de joncs. Ils fe couvrent d’une peau debœuf ou d’une autre bête, fans traversin , à l’exception des'Nobles & des Marchands qui mettent des carreaux fous leurtête. Ils n’ont pornt de cheminée, & font le feu dans le mi-lieu de la chambre. Chaque femme a une petite maison quijoint celle de son mari, avec une chambre ou deux, où ellesfont leur ménage chacune séparément, mangeant rarementensemble, lice n’est quelquefois à leurs fêtes avec le mari.'A la pointe du jour les petites filles battent le ris & le mahisou bled de Turquie dans un mortier de bois, & quand il estécrasé , elles le réduisent en fariné avec une pierre fur uneautre pierre , le pâîtrissent ensuite avec de seau & du sel,partagent la pâte en pains qu’elles mettent dans un grandjpot de terre chaud qui est fur le feu, bouché d’un couver-cle de terre Couvert de brasier. Lorsque ee pain est biencuit, il est assez bon , & n’a point de mauvais goût. Quoyqu’ils ayent beaucoup de viandes que quelques- uns fontrôtir, & les autres bouillir, leur mets le plus ordinaire estdu poisson, qu’ils font cuire avec de seau , du sel & de lamalaguette. Ils mangent quantité de fruits, de pois & defèves, & ne font ordinairement que deux repas, l’un à So-leil levé, & l’autre à Soleil couché. Ils dévorent, tant ils man-gent avidement, fans presque jamais fe rassasier. Leur bois-son le matin est de seau ou une petite biere qu’ils font avecdu mays. Le soir ils boivent du vin de palme, que les Pay-sans n’apportent au Marché que l’apresdînée. Ce vin fie sepeut conserver jusqu’au lendemain, & s’aigrit la nuit. C’estpourquoy le jour les Marchands & autres s’assemblent fousune Halle, & boivent ensemble avec cette cérémonie qu’ilsen laissent toujours un peu au fond de la calebasse pour lejetter à terre en l’honneur de leur Dieu. Ceux qui ne fontpas ou qui ne peuvent faire de provision, vont acheter cequ’il leur faut à une petite place où se tient leMarché,avec cequ’ils peuvent avoir gagné à la pefche, à faire du vin de pal-me , à raccommoder les maisons, ou à porter au logis desMarchands ce que ces Marchands ont été acheter à bord.

Le plus beau Marché de toute l’Afrique est celuy de capCorse , où il se tient tous les jours. Les Paysans y apportentà la pointe du jour des canes de sucre liées en fagots, desfruits, des bananes, des bacchos, des patates, des ignames,des citrons, des oranges, du ris, du mil, du mays, de la ma-laguette , du pain, des poules, des œufs, & de tout ce quiest nécessaire pour la vie. Sur le midy ils y apportent le vinde palme, & entre quatre & cinq heures le poisson qu’ilsont pu. prendre. Les places font destinées dans ce Marchépour chaque forte de marchandise, & il n’y arrive jamaisde désordre. L’on ne fait point de crédit, & il faut toûjoùrsavoir l’or à la main.Si ce qu’on achete n’est pas-bien considé-rable, le Vendeur prend l’or avec le doigt, & l’augmente oudiminue comme il le juge à propos. Si la marchandise est degrand prix, ils pefent for. Leurs balances font deux petitesplaques de cuivre un peu plus grandes que nos écus blancs.Ils les suspendent avec du fil au bout d’un petit bâton, & lesaccommodent de telle sorte qu’elles font fort justes. Au dé-faut d’une aiguille qu ils n’ont point, ils attachent au milieuUne boucle de sil qu’ils passent dans leur pouce, & au lieu depoids ils fe fervent de certains grains rouges appeliez T ac-cus , avec lesquels peu à peu ils pèsent jufqu’à un marc d’or,quoyque chacun de ces grains ne pèse que la valeur de deuxíols. Tout ce qui vient à ce Marché qui fe tient tous lesTome U

C O $ 737

jours , I l’exception de léur Dimanche, hepàyé point détribut au Roy. Ils en ont encore d’autres semblables à nosFoires, qui n’arrivent guere que deux fois Tannée. Ces Foi-res ne se tiennent jamais en même jour dans deux villages dumême Royaume pour ne fe pas nuire les uns aux autres. Usy apportent ce qu’ils ont de plus beau & de meilleur, & cequ’ils ont acheté des François, comme aussi dans les Marchezordinaires des terres avancées ; mais à ceux qui fe tiennentaux villages situez au bord de la mer, on n’y trouve ord ; -nairementque les choses nécessaires à la vie, que les Pay-sans y apportent de cinq ou six lieues.

Lorsque quelqu’un est mort parmi eux, homme ou fem-me, ils le lavent, le mettent dans un tombeau d’ofìer, d’é-corces d’arbre ou de joncs , qui n’est proprement qu’ungrand panier. Les femmes vont inviter les parens, amis 8cvoisins, qui fe rendent à la maison du Mort où ils fe lamen-tent en luy demandant pourquoy il les a quittez. Us fau-tent, chantent des airs lugubres, tournent autour de la mai-son, & font du bruit fur des poiles. Cependant la femmeou la fille vade maison en maison faire une quête, & avecfor qu’elle trouve elle achete un bœuf ou des brebis, qu’elledonne à un Prêtre , afin qu’il prie les Fétiches du Défunt dele conduire au lieu de repos. Ce Prêtre fait tuer le bœufou les-moutons, & répand leur sang en l’honneur de cesFétiches, qu’il met toutes ensemble pour en faire une nou-velle , qu’il prie de n’empêcher point le passage du Défunt ,&de luy pardonner ce qu’il a pû commettre de mal. Pourcela il les met toutes en rond dans un des coins de la cham-bre, parées de corail & d’ouvrages d’or, & la plus grande aumilieu, avec quantité de pois, de fèves, de ris, de mahis, 8ed’huile de palme tout à Tentour. 11 arrose ces mêmes Féti-ches du sang d’une poule qu’il tuë, fait ensuite des colliersde certaines herbes qu’il fe pend au cou, tandis que les fem-mes mettent en morceaux la poule, & Tapportent devant cesFétiches, aprés quoy le Prêtre marmote long-temps, puisprend de l’eau ou du vin de palme eh fa bouche, & crachefur les anciennes Fétiches, dont il tire le suif & la graissequ’il mêle avec d’autres & avec les feuilles des colliers,broyant le tout avec les pieds, & saluant les Fétiches, juf-qu’à ce que toutes les feuilles des colliers soient bien mêlées,& qu’il les réduise en une grossi? pâte qu’il sépare en plu-sieurs petits morceaux que l’on passe dans du sil de l’écorcede Tarbre sacré. Alors il en donne à tous ceux qui font pre-scris , qui croyent que ces Fétiches font les meilleures detoutes. 11 en réservé une partie qu’ils enterrent avec le Dé-funt pour Taccompagneren Tautre monde. Ces cérémoniesachevées, ils l’exposent à la vûë de tout le monde un demijour les mains étendues, & les femmes le portent ensuite aulieu où il doit être enterré, fans être suivies des hommes quin’y vont jamais, si ce n’est qu’il faille porter le Mort dansquelque autre village, parce qu’ils ont tous Tentêtement devouloir être enterrez dans le lieu de leur naissance. Pourlors les hommes accompagnent le corps à main armée. Lorsu’on Ta porté au lieu de la sépulture, on creuse une sosiee quatre à cinq pieds de profondeur où il est mis , & on lecouvre de bois, en forte que la terre n’y touche pas. Aprescela les hommes tournent autour de la rosse, & luy disent ledernier adieu en faisant des cris épouvantables. Celle de sesfemmes qu’st paroît avoir le plus aimée jette fur luy ses Fé-tiches, & met à son côté la meilleure partie de ce qu’il avoidservant au ménage , chaudrons, habits, & fur tout ses ar-mes. S’il a aimé une chose particulière , comme le vin depalme, ses amis en mettent autour de luy avec du ris , dumil, du mahis, & autres choses nécessaires à la vie, afin qu’ilpuisse ne manquer de rien. Ils font fur fa tombe un petittoit pour le garantir de la pluye & des autres injures dutemps. Personne ne touche à ce qu’ils ont mis dans la fossejufqu’à ce que le corps soit entierement pourri. Si unefemme meurt en travail, & que son enfant meure era mêmetemps, on les enterre Pensant entre les bras de fa mere.Toutcela fait, ils retournent au logis toujours en pleurant, & leshommes & les femmes fe vont laver, âpres quoy ils mangentle bœuf ou les brebis que l’on avoit achetées, & passent lereste du jour en joye & en festin.

Les habitans des côtes d’Afriquê aiment fort les chan-sons, les instrumens,& surtout la danse, à quòy tous lessoirs ils paffent deux ou trois heures avant que de se cou-cher. Pour cela, les hommes & les femmes fe parent de cequ’ils ont de plus beau, accommodent leurs cheveux, &portent quantité de Médaillés d or & d’y voire. Les hommestiennent en leurs mains des éventails faits de queuës de à-

A A a a a