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Tome II. [E - O.]
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Ceux-cy sont fort honorables, peints & façonnez de toutessortes de couleurs & figures. Les Bramins se marient dés l’ágede sept à huit ans ; mais ils ne se mêlent point avec les autresraces , Sc les hommes se peuvent marier deux fois.

Les Naires sont tres-bicn formez & bien proportionnez ,mais de couleur bazanée. Ils aiment tous à avoir les oreillesgrandes , & se servent d’artifice pour les faire venir de cettesorte. Pour cela, ils percent le gras de Torcille aux jeunesenfans mâles 8c femelles, Sc remplissent le vuide avec de pe-tits rouleaux de feuilles de palmier , qui dilatent cette par-tie , 8c de temps en temps ils ont soin d’en remettre de plusgros pour l’alonger davantage, jusqu’à ce qu’elles ne puissentplus croître. Cette excessive grandeur d’oreilles leur paroîtune beauté, & on dit qu’une Reine de Calecut les avoit pen-dantes plus bas que le sein. Ils les remplissent d’or & depierreries. Qnoyque les Naires soient toujours nourris auxarmes & des plus vaillans, leur conversation est agréable &douce, & leurs maniérés sont des plus civiles à leur mode.Ils sont cependant tellement enclins au vol, que si l’on n’yprenoit garde, ils pilleroient & tueroient même souvent lespassans. Cela oblige les Mahométans qui demeurent parmyeux à prendre l’efcorte d’un Naire, à qui ils donnent quelqueargent pour aller par terre à la ville la plus proche. Us enchangent de ville en ville, & par ce moyen ils marchent ensûreté dans tout le Malabar , passant fans rien craindre aumilieu de plusieurs milliers de Naires. Quoy que les garçons& les filles soient souvent pêle mêle ensemble, & aussi nudsles uns que les autres, il n’échappe jamais aux premiers aucuneparole ou action mal-honnête. Us ne rient presque jamais,à moins qu’ils n’en ayent un fort grand sujet , tenant le rirepour une chose indécente. Ceux qui se tiennent aux portesdes Villes pour servir d’efcorte aux paflàns, sont les plus pau-vres d’entre eux qui préfèrent cet employ aux Mécaniques ,qui les feroient déroger à leur noblesse. Les Naires escri-ment souvent les uns contre les autres avec des rondaches &des épées nues, & cet exercice les rend fort adroits. Aussiles plus grands Seigneurs d’entre eux sont ceux qui montrentà tirer des armes, 8c ils ne peuvent entreprendre cette maî-trise fans permission du Roy. Ces Maîtres d’armes font re-marquez entre les autres, à cause qu’ils portent au bras droitun gros anneau d’or , ou de corne de buste ou de bœuf.Us chassent quelquefois aux Tigres, & il y en a qui s’addon-nent aux Mathématiques ; mais ils ne fe mêlent d’aucunmétier ny trafic. Ils mangent de tout , à 1 exception de lachair de vache,, 8c ne sont couverts que d’une grande toilefine de coton ou de soye, depuis la ceinture jufqu'aux ge-noux. Ils fe la passent entre les cuisses , & fe ceignent par des-sus d une grande écharpe de taffetas rouge, avec de la franged’un demy pied de longueur , moitié or Sc moitié soye demême couleur. Us vont nud-pieds & tête nue, laissant croî-tre leurs cheveux qu’ils ne coupent jamais , & c’est par làqu’ils sont distinguez du menu peuple. Us fe les attachentfur la tête en forme de houpe proprement accommodée. Ilsportent ordinairement la rondache en une main & l’épéeen l'antre, ou un javelot ou mousquet, une arquebuse ou unepique.Lcurs femmessont habillées de la même sorte. Le séjourdes Naires n’est pas dans les Villes, mais par les champs.II y en a toujours un grand nombre auprès du Roy enquelque lieu qu’il puisse être. I!s ne peuvent épouser quedes femmes de leur sorte , & si une femme Naire avoitquelque commerce d’amour avec un autre qu’un Naire, onla feroit mourir aussi-tôt. La même chose fe fait à l’égarddes hommes Naires. Aucune personne de bassé conditionn’oferoit approcher d’eux ; & quand ils vont par la ville &qu’ils voyent quelque roturier . ils crient aussi tôt pour lefaire retirer, & s’il les avoit touchez en passant, ils luy feroientun fort mauvais traitement. Les femmes peuvent prendre jus-qu’à trois Maris à la fois ; mais une femme de race de Bra-mins n’en peut avoir qu’un. Ces trois Maris contribuentà l’entretien de cette femme & de ses enfans, fans aucune ja-lousie entre eux ; & lorsqu’un des trois est avec la femme , illaisse sos armes à la porte , & les deux autres n’oferoient en-trer qu'il n’en soit sorty. La commodité qu’ils retirent decette coutume, est qu’un Naire qui n’a pas moyen d entre-tenir une femme en peut avoir seulement le tiers d’une.Comme cela cause de l’inccrtitude fur la naissance des en-fàns, ils ne succèdent pas à leurs peres, & ce sont les en-fans des sœurs qui jouissent de l’heritage de leurs oncles.Les armes des Naires étoient autrefois des dards , des flè-ches, une épée & un bouclier; mais depuis que les Euro-péens leur ont porté des armes à feu, ils ont si bien réussi

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& à les faire & à s’en servir, qu’ils ne manquent ny ^ a L> oi irie ny de mousquets, dont ils fe fervent aufli-bi en st u ^ 0 j e ntpuisse faire. U n’y a qu’eux dans le Malabar q u J, j eUtpropres à la guerre. On les rend souples 8c dispos aplus bas âge par le soin qu’on a de leur étendre & o - netirer les nerfs qu’on leur frotte fort souvent d’une c ^

huile. Us combattent nuds, ne pouvant souffrir lecalst j uS!a cuirasse. Les Européens qui les attaquent demeure"fermes 8c font un plus grand effort ; mais aussi les Jes’avancent plus promptement, & peuvent fuir avec P »j| sfacilité quand ils fe trouvent les plus foibles. Oilí^ j. e uXsoient tous grands guerriers » on estime principalem 211 ^,,.ju’on appelle Amocos. Ceux-cy font vœu de venger les jnC,es que leurs compagnons reçoivent, & s’obstinent avd’ardeur á ne pas laisser fans punition les meurtriersRois,qu’ils les poursuivent à travers les flèches Sciemes, de forte que ceux de ces Rois qui ont le plus d jf „font tenus les plus puiflans , furquoy il est bon de r ^ £ j cquer que toutes les Villes des Malabares qui fe troU arIÎ) eSlong de la côte, font si pleines de Naires avec leurs gr ati'de toutes sortes, qu’cn y passant, on croit traverser u ° 6de armée. &

Le menu peuple de Malabar est fort méprise , ^ |jcomme s’il étoit esclave. Ceux de ce bas rang a l ^ „eMoucovis , ou Poulia , font plus bazanez que les Nat* 25 p £U j{-peuvent avoir les oreilles aussi grandes qu’eux , IIial5 ren t &ment longues de trois doigts. 11 y en a qui plus

bord de la Mer , & à qui il n’est pas permis d’habi p s e-avant dans le Pays. Ce sont ceux-là qu’on appel} 2 ? ^ p.,tment Moucovis. Us sont tous pescheurs, & font le s £ ‘ > _ 0 uftoute la côte de Malabar on ne fe sert point d'autres g 2

ramer loríqu’on veut aller en mer. Leurs femmes af-filies travaillent à tout ce qui est à faire fur la terre, j„ttent du bois comme font nos crocheteurs. Elles ne to sscdifficulté de s’abandonner pour de l’argent à toutes ° 0 e(í i,gens de quelque race , nation , ou condition st ulS jyfii 5 'lans que leurs Maris osent s’en fâcher. Ces pescheu 1 p]uScovis prennent quantité de petits poissons qui ne sont t ^j eI jr»grands que la main. Ils les fendent par la moitié, les ^les font sécher au Soleil, Le c’est Ieu^plus grand qu’s 5

peschent d’autres qui se mangent frais,& leurs va | j. un e jet 5 'nomment Tontiy, & les Portugais Almedies, sont faits “le piece. Les Artisans 8e les Laboureurs sont compter f £ ((i -peuple. C’est une même race de personnes qui s a r en-semble , quoy qu’il y ait quelque distinction d , n " 0 ní^ftre eux, 8e que ceux qui labourent la terre soient pl |JS g, n ârez que les autres. Tout ce menu peuple va tout nu< > jj e il*autre chose qu’une ceinture au milieu du corps > aattachent un petit morceau de toile, ou une feuille a t0 î!fleur pend julqu'à my-cuiflé. Les femmes y attachent . „gs>qui tombe jufqu’aux genoux, & portent les cheveu ^c,ce que neífont point les hommes qui les coupent enP ^ gfslS8c qui en laissent seulement sur le sommet de le ul s et . ^fts jptoupet de la longueur d’une paume. Tous les ^* a nt acc° u }général ont les dents noires, â cause du bétel qu’ils 0 pr

tumé de mâcher. Les Maisons, excepté les Templ^^^n-lais des Rois, 8c quelques magasins où l’on met lesdises de grand prix, sont fort baffes 8c couvertes o ■ cì} i>de palmiers, 8c il n’est permis à personne de fe los 2 ^

si ce n’est â ceux que leur rang distingue. Us ont ^ pibien entretenus, 8c demeurent hors des villes, asm ^ jtfdfêtre souillez par sabord du peuple. Ces maisons * ^es à ifont environnez de fossèz, de remparts, & de ° rabres nez au même lieu, 8c pliez l’un fur l’autre, ^ p o»

ques buissons fort épais entrelaflèz parmi ces ram peUrempêcher la vue 8c l’entrée. Les maisons du com ^ eS Çoont leurs murailles faites de terre ; mais celles des ^[q 51bâties de pierres 8e couvertes de tuiles. Ils 7 *°{î e ile >étages, 8c leur charpenterie 8c menuiserie est tres '. t pa^Ldiverses figures agréables. Tous les Malabares, - n5> d 0 ^que riches, font des parvis à l’entrée de leurs machacune est environnée de murailles ou de r ntí^néde fortes palissades de bois. Toutes ces clôtures i0 Q xt& ^qu'on ne peut aller d’une maison à une autre » s anS j fe céchelle de cinq ou six échelons, 8c fans en defee ^ a c ^11 y a des deux cotez des barrières de bois q ul -f 1 nt à rC íj| 5Ces parvis qui sont pratiquez dans le dehors, eQr e (evoir les Etrangers, qui peuvent partir la nuit a q U ’ils ^veulent , après qu’on les a fait boire & mangersont reposez. Les Palais des Rois sont assis su rílbâtis de pierres, 8c ont environ demi-lieuc de tou •