6io MAR
appelloicnt Mauritanie Tingitane, deTangi ou Tanger,capitalede cette Province. La raison qui a oblige les Latins à nommerces Peuples Mauves, vient apparemment de ce qu’autrefois ilsavoíent le teint fort brun. Le Royaume de Maroc a POcean& le Golfe de las íegaas, ou des Jumens pour bornes à l’Oc-cident 6c au Septentrion, 8c s’étend le long de la côte depuisla ville de Messe & l’embouchûre du Fleuve Suz, jr.squ’à laville d’Azamor, 6c à l’embouchûre de la riviere Uma-Rabea.Au Midy le même Fleuve, qui sort du mont Atlas, appelleDedes, le sépare du Royaume de Fez, & l’environne en par-tie du côté du Septentrion. Sa largeur est d’environ soixantelieues depuis Mazagan jusques à Dara, 8c elle est de cinquantele long des côtes, de l'Orient en Occident. depuis Azamorjusqu’au Cap d’Aguer. Le Fleuve le plus considérable quil’arrose est celuy de Suz. Ses autres rivières font Tensifs,Ecifemel.Niseis, Asiseval, Teccubin , Habid,Uma-Rabea,Silîcva ", Tesethne, Teculeth, Imiffen & autres. Outre ces ri-vières . il y a quantité de ruisseaux & de canaux, qui arrosentles plaines de Maroc, & qui les rendent fertiles en toutes sor-tes de fruits. On y trouve de beaux oliviers, des vignes quiportent des Raisins en abondance, des dattes, des figues , despêches , des noix, du sucre , du chanvre, du lin, du miel, &des mines d’or, d’argent & de cuivre. Diego de Tories ditque dans les montagnes appellées Mmtes claros , il y a d'excellentes mines d’or, dont le Chéris défend l’ouverture. Lesrivières produisent de l’ambre gris, une infinité d’aloses, debrochets, d’anguilles & de plusieurs autres poissons.
Les habitans du Royaume de Maroc font d’ordinaire robu-stes & bien faits de corps. Ils ont l’csprit vif 8c fort pénétrant,& le tempérament bilieux & mélancolique. Ils s’addonnentau négoce, à l’agriculture, à la guerre & aux sciences, Lc s’en-têtent facilement de magie. Les femmes sortent rarement 6c sediversifient à filer, à coudre & à faire de la tapiflcríe. Elles ontdes Esclaves de l’un 8c de l’autre sexe pour les servir. Comme. les plus grasses 8c les plus grosses sont celles que l’on estime leplus, elles ne mettent jamais d’habits qui les serrent, ce quileur rend les mamiselles abbatuës 8c pendantes jusques à l’ex-cez. Elle s portent toutes des écharpes dont elles se ceignentle ventre, 8c se tiennent le corps propre , quoy qu’elles ayenttoujours les jambes nues. Elles se mettent beaucoup de ver-millon aux joues 8c aux lèvres, 8c noircissent leurs sourcilsavec de la fumée de noix de galle. Elles se jaunissent le des-sous des pieds sc le dedans des mains, 8c se rougissent les on-gles. Elles se parent la gorge,les oreilles,les bras 8c les jambesde colliers,de bracelets,de pendans 8c de quantité de babioles,ne se croyant belles, que quand elles ont tous ces ornemens.Lorfqu’elles sortent par la ville, elles se couvrent d’un grandvoile blanc fort délié, 8c se bandent le milieu du visage afinde n’étre point vûës. Ainsi elles ont seulement lés yeux dé-couverts , 8c ne parlent jamais aux hommes dans leur chemin ,non pas mêmes à leurs maris qui ne peuvent les reconnoître, àcause qu’elles font couvertes toutes de la même forte. Elles sedéfont de tout cela quand elles entrent dans la chambre deleurs amies, 8c laissent leurs souliers à la porte , afin que lemaître de la maison n’y entre point, ce que le mari de cellequi rend visite n’approuveroit pas. Quoy qu’elles n’ayentqu’un mari à plusieurs, & que la plupart vivent ensemble, el-les ne sont point jalouses les unes des autres. Aucun hommene les voit jamais dans leurs maisons, 8c quand le mari a quel-ques amis à régaler , elles montent fur 1e tort fait en terrasse oudans quelque chambre haute, & y demeurent jusqu’à cequ’ilssoient sortis. La manière de manger parmi ces peuples, est des’asseoir en ronds, maîtres & valets, à terre 8c fans souliers, au-tour d'une peau de cuir toujours fort grasse , qui leur sert detable 8 c de nappe. Le mets le plus ordinaire qu’on leur sertdans une terrine, large par le haut & fort étroite en bas, est duC oufeouffous. C’est une pâte faite de fine fleur de farine, & sem-blable à de l’anis un peu couvert, que l’on fait cuire avec quel-ques poules & des pigeonneaux ou du mouton. Ils mangent ceCoufcouflòus à poignées, & en font une maniéré de petitespelotes qu’ils lancent dans leur bouche, rejettant dans la terri-ne ce qui en reste fur leur barbe ou dans leur main. Commeils ne se servent point de couteaux,quand ils prennent la viandepour la rompre-, chacun tire son morceau fans dire un seulmot pendant le repas. Ceux qui font un peu meilleure chere ,sont servis aprés ce mets de quelque baffin de cuivre ou écuel-le de terre, remplie de viandes fricassées avec du miel 8c desamandes, ou rôties fur la flame ou frites dans de l’huiíe, 8c dequelques confitures à leur mode fans aucun fruit. Le repasétant achevé, ils s'essuyent les doigts fur les bords du plat ouavec la langue, 6í ne boivent que de l’eau, Lc Cous dans un me-
A R
non P 3 ’
me vase, parce que l’Alcoran leur défend le vin ; maisl’eau de vie dont ils s’enyvrent souvent. La plupart oe ^
pr c-
qui demeurent prés du mont Atlas boivent du moût ^ ult v3Í ,etendant que ce ne soie pas du vin. D'autres font un bre = ede miel 8e de dattes, & il y en a qui ne boivent que du 3 ^chèvre 8c de chameau. Voicy quel est leur habil!em en • ^hommes portent une chemise assez courte, avec des ® 3l, /^ eSlarges, quelquefois pendantes, mais le plus souvent rétrofur les épaules, fur tout en Eté qu’ils ont les bras nudS; ^cette chemise est un caleçon de toile, qui leur laisse les F r sllI .nues jusqu’auxpieds, qu’ils mettent dans une maniéré . .
fiers appeliez Babouches,& qui n’ont ni oreilles ni talo -Mara bous ou Talbes qui sont leurs Prêtres, ont au I>a ^leurs babouches de certaines pieces découpées par » on Jesmaniéré de fleur de lys, 8c ce n’est qu’à cette marque fl u -stdistingue des autres. Us portent tous par dessus leur cun cafetan ou veste de drap fans manches de relie couleurs ^veulent, 6 c ceignent cette veste d’une écharpe de soye > j £U )£devant de laquelle ils mettent une guaine avec un o 11 , (Scouteaux, affectant que Je manche de la guaine sest t0 1 st.de quelque riche métal fort bien travaillé. Par dessus ce ^tan qui n’est boutonné que jusques a la ceinture, ils p° r | . u npiece d’étoffe de laine blanche tres-fine, qu’ils app e) í. ^Hayque. Elle contient environ cinq aunes de long, 11 z& demie de large, & ils s’en couvrent la tête Ôc tout le cplusieurs tours 8 c détours, par dessous 8c par dessusUs ajoutent à touc cela, fur touc en Fliver, un bernons ^pece de manteau de laine ou de drap bordé d’une fr^E^c,d’ou par derriere pend un capuchon avec une houpe aU n.Lorsqu’ils vont à la campagne, ils portent un chapeau sejjle j mais par tout ailleurs , ils ne mettent fur leur tete seAont toujours rase, qu’un stmple bonnet de laine rouge |entourent quelquefois de mousseline afin d’en faire unpourvu que ce ne soit pas en présence de leur Roy * 0 > o fclequel aucun d’eux, quelque qualifié qu il puifië et T e o 3paraître qu’avec un bonnet. 11 n’est permis qu’aux Chf r u jfsDescendans de Mahomet de les porter verds ,8c ceux cl J^ne sçauroient être que noirs. Les jeunes gens vont tjusqu’à l’âge de vingt ans, à moins qu’ils ne foientou qu’eux ou leur pere n’ayent été à la Mecque. On lC a nS;met en ce cas d’avoir un bonnet dés l’âge de cMtorCette sorte d’habillemeçc est commune à tous les Mac 1 ^sé-né se distinguent entre eux que par la richesse de j el, ‘. t,
" ~ " ' " " Hcay^Ç
brodez u oí
Les
se
tans, 6í par la finesse de leurs hayques. Le-s Alcay« es „ o{ gU
jes,ioEa'utf*
font remarquer par des ceinturons de cuir
r dessus
pend un sabre, 8c qu’ils portent en baudrier, 6c par ^ p 0 jefpeces de bernous de drap, écarlate ou noir. Us n 0 a 'ui.de capuchon , 6c le Roy même ne s’habille pas d uforte. Les Noirs, destinez pour fa garde, sont vêtus £ [ûU s& on les voit rarement avec des bernous. Us ont pre fl ^ st-des bas de soye dont iís sent fort curieux , 6c f ° rten i p [S s’eUbres. La précaution des Maures contre la pluye q 11311 ^re-trouvent surpris à la campagne , mérité qu’on se re nl)t ls>Ceux qui n’ont point de bernous, se déshabillent c h e "font un paquet de leur hayque, de leur veste & de q cç
mise, 3c s’asseient dessus. Us essuyent ainsi la pluye , qut
qu’elle soit passée , aprés quoy ils remettent leurs h 3 j^lesse trouvent secs, & continuent leur chemin. L’habílse ^Jjeífemmes ne différé de celuy des hommes que par lesde leurs chemises qui leur couvrent les bras, 8c qui 100 j JeU 1juíqu’au poignet, Sc par la longueur de leurs easeç° nSdescendent jusqu’au gras des jambes. Le col de y r eur v e ^ cses est plissé, & presque toujours orné de broderie. L test ouverte par devant jusqu’à la ceinture. Elles attac qu<-manches de ces vestes de grands morceaux de mou jup oílpendent fort bas. Dans leurs maisons elles portent 13 ^
fort court, 6c quand elles sortent, elles s'entourent ^ j cl js.que, qui les couvre entierement depuis le co! jusqU a > S / 0 cSLeur coëffure est peu differente de celle des Efpaguo jV eCfont deux tresses de cheveux qu’elles jettent en f 11 tíC Á’^quelques plaques de rubans, & ne se couvrent sestmple voile. Elles ne portent ni babouches n3 ^ oU - 1 un c, ^seulement des chaussons de maroquin rouge ou srf'
semelle & fans talon. On parle dans cé Royaumf fl eC ete-tes de Langues, Maure, Arabe, Gemique Lc Tan ^j a0 geMaure, ancienne Langue des Africains, est u , n . in j 3e oj ■plusieurs langages 8c d’un Arabe corrompu. L Ara^ q £ 0 í'pas sert pur, à cause du commerce des Etrangers. ^que est un mélange d’Efpagnols & de Portugais, tf a ro c acete est un jargon qu’on ne peut écrire. En alla nt j aS , u £Taradante , on trouve au Septentrion d u m ont
>í