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Tout le corps de ces carroffes étoit verni de noir, en-forteque l’on y voyoit tourner les roues comme dans un miroir.Le dedans étoit enrichi de figures d or broyé .& de nacre deperles, & toutes les extrêmitez étoient garnies d’or. Deuxgrands bufles noirs couverts d'un réseiiil de íbye cramoisie ,traînoient chaque carrosse, & étoient conduits par quatre Es-tafiers vêtus de blanc. Quantité de Gardes à pied, & plusieursPages les accompagnoient des deux cotez. Vingt-trois Nori-mons faits de bois blanc comme albâtre, & couverts de lamesde cuivre , suivoient ces carrosses. Ils étoient remplis de-Concubines & de Dames d’honneur, & portez encore cha-cun par quatre hommes. Il y en avoit deux autres des deux co-tez , qui portoiení un parasol. Apres les femmes , marchoientdans un équipage des plus lestes, soixante & huit Gentilshom-mes du Dairo à cheval, & deux à deux, suivis d’un nombreinfini de Pages & d'Estaficrs. Ensuite les Seigneurs du premierrang, portoient les presens comme en triomphe. Ces prcsensétoient deux grands sabres dont la chaîne de la poignée étoitde diamans fins,le reste à proportion; une horloge d’un artificeadmirable ; deux grands chandeliers d’or t deux colomnesd’ébene ; trois tables quarrées auílï d’ébene, diversifiées d’y-voire & de nacre, & dont les layettes étoient pleines de livrescurieux & reliez délicatement. II y en avoit encore quatre au-tres de même matière, mais bien plus grandes ; deux grandsplats d’or, & une paire de pantoufles d’un tres-beau vernis.Deux carrosses magnifiques parurent aprés, ayant le dedansorné des armes de ì’Empereur dans une bordure d’or. Dansle premier étoit l'Empereur, & son fils dans l’autre, précedezde deux cens soixante Gentilshommes des premieres Maisonsde l’Empire, marchant deux à deux , & ayant au côté chacundeux sabres & une pique à la main. Ces Gentilshommes sontles Gardes ordinaires du Corps, & on les nomme Sambreys.Huit vcnerables Vieillards qui alloient immédiatement de-vant le carrosse de l'Empereur, saisissent faire place, les quatrepremiers avec des bâtons d’ébene, & les quatre autres avecdes verges de fer. Deux fort beaux chevaux de main super-bement couverts & enharnachez, étoient menez devant le mê-me carrosse, chacun au milieu de dix Soldats, armez d’arcs &de flèches , & d une longue javeline. Les freres de l’Empc-reur au nombre de quatre suivoient à cheval, accompagnezde cent soixante & quatre tant Rois que Princes ses tributaires,chacun avec un cortège digne de son rang. Ces quatrefrères marchoient un à un , & les autres Princes deux àdeux, les plus qualifiez prenant la main gauche , qui estparmi eux la plus honorable. Aprés tant de Rois & tant dePrinces,on voyoit paroître quatre cens Gardes duCorps dans lemême ordre avec leur livrée blanche.CesGardes étoient suivisde six beaux carroffes neufs, une fois plus grands que tous lesautres, mais à peu prés de la même forme , & traînez feule-ment par un buste. Ils étoient encore remplis des Concubinesdu Dairo, 8c suivis de soixante 8 1 huit Gentilshommes à che-val . accompagnez d’un grand nombre d’Esclaves & d’Efta-fìers. Le Sécrétasse du Dairo venoic aprés cela dans un car-rofle qu’entouraient trente à quarante Gentilshommes encoreà cheval. II précedoic immédiatement quarante-fix Seigneursde la Maison du Dairo, gui se saisissent porter dans des Nori-mons , dont il y en avoit quinze d’ébene garnis d’yvoire,treize autres vernissez & d’une dorure merveilleuse,dix-huitautres d’un vernis noir tres-luiíant. Aprés cela suivoit la Mu-sique du Dairo, composée de cinquante-quatre Musiciens,fort bizarrement, mais tres-richcment vêtus , qui jouoient deleurs instrumens. C'étoient des tambours, des timbales, desbassins de cuivre . des clochettes & de certains luts, dont lecorps est d’un bon pied en quarré, un peu voûté, ayant lecol long & étroit, comme n’écant fuit que pour quatre cordes.Elles sont de foye, & les Japonois les touchent avec une tou-che d’yvoire de la grandeur d’un doigt. Cette Musique quin’étoitqu’un.bruit confus de voix & d’instrumens, ne laiffoitjpas.de divertir le Dairo, qui la suivoit immédiatement. IIétoit aíîìs dans une petite littiere faite comme les chaises desPorteurs. mais beaucoup plus grande. Elle avoit sept ou huitpieds de hauteur & presque autant en quarré, & de tous cotezelle étoit percée de fenêtres, qui étoient garnies de rideaux enbroderie. Le toît de cette littiere étoit voûté, & avoit au mi-lieu fur un gros bouton un coq d’or massif, ayant les deux ai-les étendues, dans un champ d’azur, parsemé d’ctoilcs d’orbroyé, autour du Soleil & de la Lune, qui y paroislòient clansun éclat approchant du naturel. Cette machine étoit entouréede grandes figures des meilleurs Ouvriers, avec un rang d’a-grasses d’or aux quatre coins depuis le haut juíqu’au bas.Cin-quante Gentilshommes de l’Empereur, vêtus de longues robes
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blanches, & ayant fur la tête de petits bonnets d'un tres- ^vernis, la portoient tour à tour fur leurs épaules. Devantmarchoient deux à deux quarante autres Gentilshommes v ^à la maniéré des anciens Romains. Us avoient le calque:tête, tenant d’une main une demi pique dorée > & de J a ^un bouclier, au milieu duquel étoit attaché un trousseauflèches. Ces quarante Gentilshommes representoient la g a .du Corps du Dairo. Le Capitaine de cette garde wai^seul à cheval derrière fà chaise, armé d’une rondache P erau milieu de plusieurs flèches, & faisoic porter aprés luyrante parasols pour les Gardes > derriere lesquels assolentquante-deux hommes, portant treize grandes cassettes du f ^beau vernis que l’on pût voir. Quatre cens Soldats vêtublanc fermoient la marche , & comme ils se mettoient ,front,ils empêchaient que l’ordre n'en fût rompu, par la lN ^tude du peuple qui suivoit en foule. La cérémonie ne ^qu’avec le jour, & on se rendit au Palais de l’Empereur, 0 ^Dairo demeura trois jours , servi pendant ce temps-la P ar ^Monarque, par son fils & par ses freres, avec toute sort ,respect. Ces Princes prenoient eux-mêmes le soin de faite Pparer les viandes, & à chaque repas, elles luy étoient so r fen cent quatorze plats. Les premiers Ministres de l'Empet^fervoient à table les trois Maîtresses concubines du Dairo > .quel le fils de l’Empereur fit présent de trois mille lingots ^gent, de deux sabres dont les fourreaux étoient d’or mat» ^deux cens robes de chambre de ce beau taffetas figure q u ® ?admire en Europe, de trois cens pieces de satin, de u°mille livres de soye écrcuë, d’une piece de bois de Cals &de cinq grands pots d’argent pleins de musc, & de dixvaux, dont les housses en broderie étoient d'un prix p reinestimable. On donna au Secretaire du Dairo trois sens ^res d’argent, & vingt robes de chambre fort belles; rn a h ^presens de l’Empereur ne furent pas si considérables. Ce rfretourna à Jedo.de la même sorte qu’il étoit venu. I' crn j n peordinairement vingt-huit jours à ce voyage ; & quoy st u ‘J o0 „puisse faire trois ou quatre lieues fans rencontrer quelqufne ville, l’Empereur a néanmoins fait faire depuis Jed°Meaco vingt-huit belles maisons dans une distance egale.tre ces maisons, il y a vingt grands Châteaux, & ^^nris'dans chaque maison un équipage de Roy,composé de f
hommes, de Gardes, de chevaux, d’Officiers & de ; n ,avec les vivres nécessaires pour nourrir tout ce grand ^Ceux qui Raccompagnent au sortir de la ville de Jedo > ,e .^ esent entre les mains dc ceux qu’ils trouvent en la P r f^; n íîmaison. Ceux-cy Raccompagnent jusqu’à la seconde, j * sde suite jusqu’à Meaco, d’oìi il part avec le même or m • ^équipages qui attendent son retour, le reconduisant de 3me sorte jusqu’à Jedo. ,
Un peu au dessous de Meaco est la montagne, ayp e EmP 6 'no)*mA , qui semble s’élever jusques aux nues, & où un " Issereur du Japon fit bâtir, il y a prés de neuf cens ans, troishuit censTempIes,& autant de demeures pour des Prêtres» 5deux grands villages au pied, pour leur fournir tous les v j tnécessaires. Ce grand nombre de Temples fut réíiuic rcScens, par les guerres civiles que fít naître la licence des i ^ou Moines qui en avoient foin, & qui furent enfin tous ^minez par l’Èmpereur Nobunanga. Celuy de Canon, n s (tmida, si célébré par les Japonois, est bâti fur cette m ° n .^cre,C’est le lieu de tout l’Empire où l’on va le plus en pe' er ^
& où l’on fait les plus beaux presens, chacun s’imagw 3 ?.ce Dieu accorde une longue vie à proportion de la rl p, 0 rn-des dons qu’on luy fait. Sa statue a le visage d’un jeune t j c0 tme, trente bras & trente mains, en chacune desquesses i ^deux dards, & fur fa poitrine, sept têtes de jeunes en» ^ ot6couronne qu’il avoit fur la tête est d’or massif - &couverte de diamans. r cr é à
A quatre lieues de Meaco on trouve un Temple con 3Amida. 11 est de l’ordonnance des anciens Empereurs » ^ £lìía ajouté depuis de grandes beautez. Ce Temple. 3 c j- u fa;pieds de long, & deux trapes au milieu dont on ignorege. Ce qui frappe les yeux quand on y entre, c’est uneextrêmement grande , quia les oreilles percées,.la tête c j slC s.le menton ras , & qui est faite comme les anciens Dti a * r m eíElle a cinq sonnettes fur la tête & des figures de soldats A,„cà ses cotez. DesVieilles, des Maures & des-Dernom y^ e sdes postures différentes. On monte par sept grandes » t é,auprès de ces statues, & il y en a cinquante de c . a S U r e v ífi'qui represcntent le Dieu Canon fils du Dieu Amid a - $ge en est assez agréable , mais elles ont toutes trentetrente mains qui les défigurent.Deces trente bras.il y e ° a d$qui se courbent sur les cotez, & qui font beaucoup P ius 5