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Tome II. [E - O.]
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épaules une grande chaudière de Gom cuit, & un autre à de-mi nud en sert avec une pêle de bois à chacun un morceau quipese du moins trois livres. Deux autres un peu moins malfaits,apportent un chauderon de ce grain plus blanc que l’autre. Onn’ensert qu’aux gens de condition. Les jours ouvriers on nedonne que cela au commun du logis, & les Maîtres ont un peude legumes, ou un peu de viande , ou de poisson sec rôti. Lesjours de fête, ou lorfqu’on traite quelqu’un, on tue un cochon,un bœuf, ou une vache, & i’animal n’est pas plutôt égorgéqu’ils l’habillent & le mettent au feu fans sel & fans sauce, dansla chaudière où ils font cuire leur gom. 'Quand la viande a unpeu bouilli, ils la tirent de dessus le feu , jettent le bouillon, &la fervent ainfi demi-cuite fans aucun assaisonnement. LeMaître de la maison a toujours devant luy une fort grandeportion de viande. On luy sert aussi la plupart des legumesquand c’est un feítin qu’il donne , auííì bien que tout le pain,toute la volaille & tout le gibier. II en envoye à ses hôtesSí à ceux qu’il veut distinguer. On porte tout à la bouche avecles doigts & fort salement. Quand on a commencé à manger,deux hommes donnent à boire à la ronde. II est aussi incivilparmi eux de demander du vin que d’en refuser ; il faut atten-dre que l’on en présenté, & le prendre quand on le vient presenter. On donne au moins demi-seprier à chaque coup ,ce qu’on fait trois fois dans les repas ordinaires. Aux fêtes &aux banquets les conviez boivent jusques à ce qu’ils soientyvres. Ils boivent tous le vin pur ,tant hommes que femmes ,& quand ils font échauffez, ils trouvent les coups de chopinetrop petits. Le Gom est un grain menu comme la coriandre& ressemble assez au millet. On le semé au Printemps de lamême maniéré qu’on fait le ris. On fait un trou en terre avecle doigt, on y met un grain & on le couvre. Ce grain produitun tuyau de la grosseur du pouce & de la hauteur d’un hom-me , au bout duquel il y a un épi, qui a plus de trois censgrains. Ce tuyau ressemble assez aux cannes de sucre. Oncueille le Gom au mois d’Octobre , & aussi-tôt on lepend à des clayes élevées & exposeesau Soleil. Après qu’il ya été vingt jours & qu’il est séché, on le ferre fans le battrequ’à mesure qu’on le veut faire cuire , & on ne le fait cuirequ’aux heures du manger. II est insipide & pesant. II se cuitfort vîte & en moins de demi-heure. Lorsque seau où il a étéjetté, commence à bouillir, on le remue doucement avec unbâton , & pour peu qu’on appuyé dessus > il se met en pâte.Quand tous les grains font dissous & que la pâte cít jbien pé-trie , on diminue le feu & on laisse ébouillir l’eau, & sécher lapâte dans Je chauderon qui asservi à le faire cuire. Cette pâteest fort blanche & on la sert avec de petites pelles de bois fai-tes exprès. Les Turcs rappellent Pa/ht. II sc met facilementen morceaux avec les doigts. Sa qualité est trés-froide & laxa-tive. II ne vaut rien froid, ni rechaussé. Les Circaffiens, lesMingreliens, les Géorgiens, tributaires de Tui quie, les Ab-cas, les habitans du Caucase , tous ceux qui habitent les côtesde la mer Noire , depuis le Détroit des Palus-Meotides, jus-ques à Trebisonde, ne vivent que de cette pâte. Ils font si ac-coutumez à cette forte de pain, qu’ils le préfèrent à celuy defroment.

La venaison qu’on mange dans la Mingrelie est excellente.Elle est de sanglier, de cerf, de biche,de daim & de lievre.Ils ont aussi des perdrix , des faisans, des cailles en quantité ,des oiseaux de rivière , des pigeons sauvages, qui font fortbons , & de la grosseur des plus gros poulets de grain. La No-blesse ne s’occupe qu’à la chasse qui se fait principalement avecdes oiseaux de proye que l’on apprivoise. II y a quantité delaniers , autours, hobereaux & autres,qui font leurs nids dansle mont Caucase. Si-tôt que les petits sont éclos, ils sc vien-nent jetter dans les forêts qui font au dessous, & où l’on enprend grand nombre. II y a aussi beaucoup d’aigl es & de pé-licans. Le mont Caucase produit tout cela, & une infime detigres, de léopards, de lions, de loups, de chacals, qui estune espece de renard , mais plus gros > on croit que c’estl’hienne des Anciens. II va déterrer les Morts & dévore lesanimaux & les charognes.

La Mingrelie est aujourd’huy fort déserté , & n’a qu’envi-ron vingt mille habitans. Cela vient de ce que depuis fortlong-temps on a tiré chaque année douze mille personnes deMingrelie ou par achat ou par troc, dont on,en mene du moinstrois mille tous les ans. à Constantinople. On les vient prendrede-là cn échange d’armes, de draps & autres chofes.Les vais-seaux de Constantinople & de Cassa, chargent en Mingre-lie outre les Efclaves.de laíbye, dulin en fil & en toile , dela semence de lin , des peaux de bœuf, des martes, du castor,de la cire, du buis & du miel, Le miel y est excellent, il y cn

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a de blanc & de roux, le premier qui s’y trouve en moiuàquantité que l’autre, est un manger ferme fous la dent & .

délicat. Outre le miel domestique, il y cn a un sauvage q u ^se trouve dans les trous & dans les fentes des arbres. Celuy'là est fort abondant & les vaisseaux dc Cassa l’emportent po ula Tartarie , où avec du grain on en compose un breuvage aplus violens. L’inhumanité des Mingreliens est surprenante*Ils enlevc-nt les femmes & les enfans de leurs voisins pourvendre, & ils vendent même leurs propres enfans, leurs temes & leurs meres. La Mingrelie entiere ne fait guere p lude quatre mille hommes d’armes. II n’y a que trois ecpiétons & tout le reste est Cavalerie. Ces Soldats ne fo°point distribuez en Regimens ni en Compagnies. EhaquGentilhomme mene ses gens au combat, faus ordre , sens rang& fans Officiers , & il s’en fait toujours suivre, soit en suyan »soie quand il attaque l’ennemi. Leurs guerres avec leurs vofins ne font proprement que des pillages. S’ils font fuïr )eennemi, ils courent tout son pays, brûlent, pillent par tou >& emmenent toute forte de personnes pour les vendre., Lurqu’ils font attaquez, ils sc pressentent au passage de quelqurivière, & mettent de la mouíqueterie en embuscade p°“empêcher le passage à l’ennemi. S’ils sont forcez ils se tetisedans les bois laissant le pays à la merci du vainqueur. Dc ccforte leurs guerres font bientôt finies. Le Prince delie envoye souvent au Roy de Perse des Faucons & d autoiseaux de proye & il en reçoit des brocards d’or & de foy e 'des tapis, des armes, & de la vaisselle. II entrerient un p atecommerce avec le Kam de Géorgie. Sa cour dans Ics sefolemnelles est de deux cens Gentilshommes, & dedans les autres temps. Son train va à trois cens personnes la ,les Gentilshommes, & celuy de la Princesse elì de centl’un & de l’autre sexe. Aux grandes fêtes elle a une Coursoixante femmes bien faites & bien vêtues. Quanta leur R. ligion , les uns disent que le Roy, la Reine & les Grandsj Cokhide, aujourd’huy Mingrelie,furent convertis à la foy Çun Esclave du temps du grand Constantin qui leur envoyéPrêtres & des Docteurs pour les baptiser, & pour les ss'^ rU cre dans les mystères du Christianisme. D'autres attribuela connoissance qu’ils en ont eue à un Cyrille qui v * v0 j avers l’an huit cens soixante. O» montre sur le bord demer en un lieu nommé pigívítas , proche du Fleuve L0rax, une Eglise qui a trois nefs & qui est fort grande. Ceuxpays assurent que saint André a prêché à l’endroit où ceEglise est bâtie. Le Catholicos qui est le Chef du Ciergece pays-là , y va une fois en fa vie faire l’huile Sainte queGrecs appellent Myrone. Us ne fçavent présentement ce qc’est que Religion, que Loy , que péché, que Sacrement,plupart tenant pour fable la Vie éternelle, le Jugement etnel, & la résurrection des Morts. Le Clergé ne fait aucundevoirs Ecclésiastiques, & presque aucun ne sçait lire ei e . c|1 ^Les Prêtres font profession publique de prédire l’avenir >quand quelqu’un est malade , ils les appellent nonse confesser,mais afin qu’ils regardent dans leurs livres,s d ^mourir de la maladie dont il est attaqué,& de quelle cause eest provenuë.Le Prêtre aprés avoir feuilleté son livre,ptono.avec une voix d’Oracle ,que telle Cati, c’est-à-dire, telle J ^ge, est irritée contre luy, & que s’il ne sc hâte de luy * aire c0-bon pressent, elle le fera mourir. Ce présent consiste en un ^chon, en un bœuf, en une chevre, ou en quelque argent, Hle Prêtre s’approprie. Le Catholicos que le Prince de M>uglie fait & dégrade comme il luy plaît, a plus de quatre cvassaux, qui entretiennent fa maison de toutes les chosescessaires à la vie. 11 vend leurs enfans aux Turcs, & vl • foyDiocèses avec une fuite de deux cens personnes ce q uí 'fait amasser beaucoup d’argent. C’est son but unique nans ^fortes de visites, & non l’examen de la conduite du ’ jf e

l’inssruction des peuples. La Sainteté exterieure de ce Po ^consiste à ne point manger de chair,à s’abstenir de vin P eI f jjle Carême & à faire de longues oraisons le jour & J a V nSest si ignorant qu’à peine peut-il lire dans le Breviajt e ^le Missel, & sc met si peu en peine de la simonie qu’il ne c .cre point d’Evêque à moins de six cens écus. II en pset^ £

cens pour une Messe des Morts & ne dit les autres q u 3 ^

écus chacune. 11 prend aliffi beaucoup d’argent pour_uf> e n( ,session. II y a six Evêques en Mingrelie, qui non se u ® .g.ne visitent jamais ni les Eglises ni les Diocèses, rnaI! 5 U ore ntsent tomber les Prêtres en toutes sortes d’erreurs. U s J £ n eJltla forme du Baptême, souffrent la Polygamie, & P cnn uandque les meres enterrent vifs des enfans nouveaux nez qelles n’ont point le moyen de les nourrir. Leur occupa ^font les festins continuels, où ils s’eny vrent presque tou