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Tome II. [E - O.]
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& ces kaftaïis sont faits de toile de coton, de taffetas, de da-mas ou de satin, selon la qualité des personnes. Quand ilssortent, ils mettent sur leurs habits une veste qui va jusqu’àterre, & qui est faite de drap violet, tanné ou verd brun, avecdes boutons à queue aux extrêmitez. Celles des personnesconsidérables font de damas, de satin ou de brocard, & c’estde cette derniere étoffe que sont toutes les vestes qu’on tire dutrésor du Grand Duc, pour ceux dont il se fait accompagnernux cérémonies publiques. Tous les Moscovites portent dessonnets au lieu dc chapeaux. Les Knez, les Bojars & les Mi-nistres d’Etat en ont de renard noir ou de martre zibelineaux cérémonies. Ils font de la hauteur d’une demi-aune, maisceux qu’ils ont par la ville & dans le logis font de velours avecPeu de bord, & chamarrez aux cotez de boutons à queue d'or& d’argent. ou en broderie de perles. Le commun peuple aPendant l’Eté des bonnets de feutre blanc. L’Hiver il en a dedrap qui font fourrez de peau de mouton, ou de quelque autrepelleterie commune. Leurs bottines font courtes & pointuesVers les doigts des pieds. Ils les font de cuir de Russie ou deMaroquin de Levant qu’on leur apporte de Perse. Les femmesRhabillent comme les hommes, si ce n’est que leurs justaucorps°u hongreîines font plus larges. Les riches les font chamarrerfor le devant, de paísemens d’or, d’argent ou de soye, & seservent de boutons à queuë de la mëme étoffe, ou de grosboutons d’argent ou d’étain pour les fermer. Les manchesstennentau corps, en forte qu’elles les peuvent vêtir ou lesLìíïèr pendre. Elles ne portent ni kafean ni ces collets hautsdont les hommes fe parent. Les manches de leurs chemisesfont longues de quatre ou cinq aunes, & se rangent sur le brase n plusieurs petits plis. Elles portent de grands bonnets larges,faits de damas, de satin ou de brocard , chamarrez ou en bro-derie d’or & d’argent, & fourrez de castor dont le poil leurcouvre presque tout le front. Les filles qui font en âge d’êtremariées, se couvrent la tête d’u n bonnet de drap doublé d’unePeau de renard. Les souliers des femmes ont le talon de la hau-teur d’un demi quartier tout garni de petits clous, ce qui faithu’clles ont beaucoup de peine à marcher, ne pouvant appuyerstue le boutdu pied. Quoy que les Moscovites se vantent d’ê-tr e descendus des anciens Grecs, ils en íont entierement éloi-gnez pour la politesse. C’est dans la plupart une brutalité in-supportable. Ils n’ont nul amour pour les Arts ny pour lessciences, & ne Rappliquent jamais à l’étude. Ils font d’ailleursfins, rusez, contredisons, opiniâtres, insolens & impudens,Réglant la raison sur leur pouvoir, & se plongeant dans toutesfortes de vices. La mauvaise éducation qu’on leur donne enfour jeunesse, pendant laquelle ils Rapprennent tout au plusstu’à lire 5 c à écrire, leur fait suivre aveuglément ce qu’on^Ppelle instinct dans les bêtes. Ils n’ont ni déférence pour lesEtrangers, ni complaisance les uns pour les autres. Il n’y aPoint de lieu au monde où l’yvrognerie soit si commune.Joutes les personnes, de quelque condition qu’elles soient,Ecclésiastiques & Laïques , hommes & femmes, jeunes &vieux, boivent de l’eau de vie à toute heure. Ils n’aiment nyfo vin du Rhin ny ceîuy de France, parce qu’ils ne le trouventpoint aííèz fort ; mais ils aiment fort î’hydromel, qu’ils prépa-ient avec des cerises, des fraises > des mûres ou des framboi-* e *. Celuy qu’ils font avec des framboises est le plus agréableûe tous. L’hydromel commun se fait avec du miel oùjla ciree si encore attachée. Les gens du commun ne se contentent pasV e demeurer au cabaret jusqu’à ce que l’argent leur manque,*« y engagent souvent leurs habits jusqu’à leur chemise,& ilsen sortent quelquefois tout nuds, Autrefois ils prenoienttQ Us du ra bac, ou en poudre ou en fumée ; mais Ì1 en naiffoitta nt de désordres, parce qu’ils employoient tout ce qu’ils ga-Snoîenr ^ plûtôc en tabac qu’en pain, & que souvent ils met-£ oient le feu à leurs maisons, que le Grand Duc & lePatriar-c he jugèrent à propos en 1634. d’en défendre absolument laVente & l’usoge. Ceux que l’on convainc d’en avoir pris ouVendu, íbnt severement punis. On leur fend les narines, oubien ils font condamnez au fouet. La bassesse en laquelle ils*°nt nourris , fait que les coups ne sont rien pour eux. Ainsi ilnst impossible de les porter au travail, si l’on ne sc sert ou dufostec ou du bâton. Ceux qui sont nez libres, mais pauvres,comptent pour rien cet avantage , & sc vendent pour peuy e chose avec toute leur famille. Les Maîtres disposent^ defours Esclaves comme de leurs autres meubles, & mêmenn pere peut vendre son fils & l’aliener à son profit. Le nombreEsclaves n’est point réglé. Il y a des Seigneurs qusen ontPfos de cent en leurs maisons de campagne. Ceux qu’ils gar-dent pour les servir à la ville, ne sont pas nourris dans le logis.On leur donne leur argent à dépenser, & c’est si petitement,Tome II,

qu’ils Ont de la peine à vivre, Le besoin qu’ils ont èst une deSprincipales causes des désordres qui arrivent à Moscou, où ilne sc paffe presque point de nuit qu’il ne s’y commette plu-sieurs meurtres. Les grands Seigneurs & les Marchands quisont riches, ont des gardes qui veillent toute la nuit dans leurscours, & qui font obligez de faire connoître leur vigilanceen frappant à toutes les heures de la nuit fur un ais avec un bâ-ton , aprés quoy ils y frappent autant de coups qu’il a sonnéd'heures. La sujettion où sont nez les Moscovites , & la nour-riture grolïìere à laquelle on les accoutume dés leur premierejeunesse, font qu’on trouve parmi eux de fort bons Soldats. Ilsservent sur tout fort utilement dans une Place assiégée, où ilsse défendent avec beaucoup d’intrepidité & de courage. Ilsrèglent leur ménage fur le bien qu’ils ont, & font fort peu dedépense , tant les Bojars que les personnes de condition mé-diocre, Ce n’est que depuis soixante ou quatre-vingts ans queles grands Seigneurs & les principaux Marchands bâtissent desmaisons de pierres. Avant ce temps-là ils n’étoient logez quedans de médians bâtimens. Leurs meubles ne consistent le plussouvent qu’en trois ou quatre pots & en autant d’écuelles debois & de terre. II y en a qui en ont d’étain, mais fort peu, ìla réservé de quelques gobelets & de quelques tasses. Les mu-railles ne sont garnies que de nattes chez les plus aiscz, &deux ou trois méchantes images en font rornement. Ils ne vi-vent d'ordinaire que de gruau , de navets, de choux & de con-combres frais & confits au sel & au vinaigre. Quoy qu’ils nemanquent ny de bœuf ny de mouton à cause de leurs bons pâ-turages, & que leurs forêts nourriíïent des pourceaux en quan-tité , comme ils craignent la dépense > & que d’ailleurs leur an-née est composée de plus de jours maigres que de gras, ils sésont si bien accoutumez aux légumes & au poisson, fur toutau poisson salé dont ils font leurs délices, qu’ils estiment peula viande. II n’y a point de Moscovite qui ne dorme aprés dî-ner. Cela fait que sur le midy on trouve presque toutes lesboutiques fermées dans les villes, & les Marchands ou leursgarçons endormis devant la boutique.

Ils observent les degrez de consinguinité dans leurs maria-ges , qu’ils ne font pas volontiers avec de proches parens. Ilsne permettent pas même que deux frétés épousent deux sœurs*ni que les parrains & les marraines se marient ensemble. LeGouvernement politique de l’Etat de Moscovie est Monarchi-que & Despotique. Volodimer , fils naturel de Jaroflas quipousse ses Conquêtes juíqu’à la mer Noire, s’étant rendu maî-tre de toute la Ruffie, prit le titre de Grand Duc, & en épou-sant la Princesse Anne, sœur de Constantin & de Basile, Em-pereurs d’Orient, il renonça à l'Idolâtrie, & introduisit dansses Etats la Religion Chrétienne, selon la croyance des Grecs»Ses fils les partagèrent aprés fa mort, & la division s’étant miseparmi eux > la cruelle guerre qu’ils sc firent donna occasion auxTartares d’envahir la plus grande partie de ces Prineipautez,qui devinrent tributaires. Le Prince étoit obligé de donner ìmanger du foin dans son bonnet au cheval du Cham de Tar-tarie , & la ville de Moscou luy envoyoit tous les ans millevestes de peaux de cerf, mais dans la fuite elle s’assranchit dece tribut. Jean, fils de Basile l’Aveugle, réunit toute la Mosocovie sous fa domination vers l’an 1500. & se fit appellerMonarque de la Russie, Ga, son fils, qui luy succéda en 1504,sous le nom de Basile, se rendit maître des pays voisins de lamer Glaciale, enleva aux Polonois les Duchez de Smolensko& de Severie, & prit le premier le titre de Czar, que ses Suc-cesseurs ont conservé jusqu'auGrand Duc Pierre qui régné au-jourd’huy, Les Moscovites sc vantent d’être membres del’E-glisc Grecque ,& leurs Histoires disent que la ReligionChré-tienne a eu son commencement en Russie dés le temps desApôtres ; que saint André en partant deGrece Rembarqua surle Boristene, d’où il vint par mer de Ladoga àNovogorod oùil prêcha I'Evangile, & que depuis ce temps-là, la ReligionChrétienne ayant été abolie dans toute la Moscovie par lesTartares & par les autres Païens qui s’en étoient .rendus lesmaîtres, elle y fut rétablie en 989. par Volodimer, L'exereicequ’ils en font consiste principalement au Baptême. Comme ilsreconnoistent qu’ils sont conçus en péché, ils font baptiserles en fans dés qu’ils sont nez.Si Pensant est malade,on le baptisefur l’heure,ailleurs toutefois que dans la chambre de l’Accou-chée.S’ilse porte bien,on le fait porter à l’Eglisc par le parrain&par la marraine,que le Prêtre reçoit à la porte.Ils luy donnentneuf bougies, qu’il allume & qu’il attache en croix à la cu-vette dans laquelle le Baptême se doit faire, & qui est au mi-lieu de l’Èglise. Le Prêtre donne dç l’encens aux parrains &consacre l’eau avec beaucoup de cérémonie, aprés quoy ilsont ensemble la procession autour de la cuvette, ayant des

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