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retraite pour manger & pour coucher , & qu’un trou quarté à rla ruë, sur lequel ils étalent leurs denrées. Ces maisons fontcouvertes de tuiles blanches, & plâtrées en dehors depuisle bas jusqu’au haut de chaux fusée & détrempée avec l’eau.Celles des Marchands fameux sont tres-bien bâties & ontdivers corps de logis de plusieurs étages, & de tres- bellesboutiques, remplies d’étoffes de cotton & de soye, de porce-laines , de perles, de diamans & d'autres marchandises degrand prix. On voit devant chaque boutique le nom du Mar-chand écrit en lettres d’orsorune planche, & tout proche il ya un mât qui s’éleve au dellus du toit. Cet mât est orné d’unebanderole, ou d’une autre marque qui fait connoítre la de-meure du Marchand. On compte plus d’un million d’ha-bitans dans cette ville où le Lieutenant General des Pro-vinces du Midy fait fa résidence, fans comprendre une garni-son de quarante mille hommes que les Tartares y entretien-nent. Les vivres y sont à un fort bas prix à cause que les cam-pagnes voisines sont fertiles en toutes sortes de fruits.Les Sim-ples y croissent fort heureusement, & le Ciel y est si serein & sitemperé,que les Médecins choisirent Nankin préférablementà tous les autres lieux du Royaume, pour y établir la premiereAcadémie de leur Faculté.La premiere muraille de cette ville atreize portes revêtues de lames de fer avec des canons de chaquecôté.Son circuit est de 20 . milles d’Italie & selon quelques-unsde six grosses lieues d’Alemagne, fans parler des fauxbourgsqui sont d'une longueur incroyable. II y a encore une murail-le qui est d’une plus vaste étendue, mais elle n’est pas conti-nuée tout à l’entour, elle ne va qu’aux endroits où il y a leplus de danger , & où la nature semble avoir besoin du secoursde l’art. Les Chinois qui veulent vanter ia grandeur de cetteville, disent que si deux hommes sortoienc à cheval au pointdu jour par la même porte, & qu'ils prissent le grand galop,l’un d’un côté & l’autre de l’autre , ils ne pourraient se rencon-trer que le soir. Le Palais Impérial, quin’est presque plus au-jourd’huy qu’une masure de ruines, avoit plus d’une lieue decircuit, & étoit environné d’une fort bonne muraille.il y avoitau milieu une voye croisée qui servoit à la promenade, & quiétoit couverte d’un pavé de gradés pierres quarrées Sc unies,&défendue de chaque côté d’un bas mur de pierres de taille dontle pied étoit mouillé des eaux d’un ruisseau. On voit encoreau dessus de ia porte du deuxième rez de chaussée une cloched’une grosseur extraordinaire, de la hauteur de deux hommes,de trois brassées & demie de tour, & de l’épaisseur d’une bon
a uart d’aune.Les Tartares qui ont fait dans cette ville de moin-res dégâts qu’ailleurs, ont déchargé leur fureur fur ce Palais,par la haine qu’ils avoient pour la lignée de Taiminga quiavoit tenu son Siégé en ce lieu-là jufqu’à ce qu’il fût transpor-té à Pékin. Les villes de Kiviung , de Lieyang, de Liexui,de Caoxun, de Kiangpu & d’Eoho , sont sous la dépendancede celle de Nankin ou Kiagntng. au sortir de laquelle on entredans une grande plaine que les habitans appellent Paolinxi ouPmlingyng. Cette plaine enferme un beau bois planté de pins,quia de circuit plus de douze milles d’Italie, & contient unpetit mont qui a servi de sépulcre aux anciens Rois de laChine.On voit dans cette plaine plusieurs magnisiques bâtimens, desort hautes tours, & desTemples somptueux. II y en a un entreautres qui est un ouvrage véritablement royal. II est bâti dansun lieu fort haut fur une levée ou terrasse faite toute de pierresquarrées, avec quatre escaliers dont les degrez sont de marbre,& qui regardent les quatre parties du monde. Ce Temple acinq Nefs qui ont deux rangs de colomnes de chaque côté.Ces colomnes sont longues, rondes , bien polies, & d'unetelle grosseur que deux hommes n’en sçauroient qu’à peineembrasser une. Chacune de ces colomnes a plus de vingt qua-tre coudées, & elles soutiennent de fort grosses poutres, furlesquelles on a dressé des piliers plus petits pour mettre la cou-verture ,qui est faite dais, lambrissée & d’une structure rare.On voit dans les portes de ce Temple des lauriers gravez &des lames dorées que l'on a pris soin d’y enchâsser, les fenêtresy font défendues d’un fil d’archal si fin & si délié, qu’il ne metaucun obstacle a la lumière. On montre encore au milieu duTemple deux troncs fort bien bâtis, enrichis de perles & depierres précieuses. II y a aussi deux sièges dans fendrait leplus élevé. L’un servoit au Roy quand il vouloir sacrifier ence lieu-là,ce qui n’étoit permis autrefois qu’à luy. L’autre quia toujours été vuide, est pour la Divinité qu’ils croyent s’ytrouver invifiblement. On trouve encore un grand nombred’autels de marbre rouge, dressez dans les cours du Temple,& qui representent le Soleil, la Lune , les monts & les fleuvesde la Chine. Ce Temple est environné de diverses chambres,vù les bains du Roy étoient enfermez. Des chemins fort spa-
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cieux y conduisent ainsi qu’aux sépulcres. Ces chemins fo ntplantez de pins en échiquier dans une distance égale , & cesallées d’arbres étoient autrefois si bien conservées qu’il y alioitde la vie d'en couper la moindre branche. La Tour de porce-laine , qu’on nomme la grande Tour, embellit la même plaine.
II y avoit un Temple appelle par les Chinois le Temple de taReconnoiflànce, bâti par l’Empereur Yonlo depuis plus detrois siécles. II est élevé fur un massif de brique, qui forme ungrand perron entouré d’une balustrade de marbre brut. On ymonte par un escalier de dix à douze marches qui régné toucle long. La folle qui sert de Temple a cent pieds de profon-deur , & porte fur une petite baze de marbre, haute d’un pied.qui en débordant laisse tout à l’entour une baguette large dedeux. La façade est ornée d’une galerie & de quelques piliers*II y a deux toits selon la coutume de la Chine , l’un qui naît dela muraille , l’autre qui la couvre. Ces toits sont de tuiles ver-tes , luisantes & vernissées. La charpente qui paraît en dedansest peinte & chargée d’une infinité de pieces differemment en-gagées les unes dans les autres, & cette forêt de poutres > detirans , de pignons & de solives qui règnent de toutes parts aquelque chose de fort singulier. La salle ne tire le jour que deses portes. II y en a trois à l’Orient extrêmement grandes patlesquelles on entre dans la grande Tour, qui fait partie de ceTemple. Elle est de figure octogone, large d’environ quarantepieds, de sorte que chaque face en a quinze. Cette Tour enenvironnée par dehors d’un mur de même figure , éloigné dedeux toises & demie & portant à une médiocre hauteur unton couvert de tuiles vernissées qui paraît naître du corps de laTour, & qui forme au dedans une galerie assez propre. LaTour à neuf étages dont chacun est orné d’une corniche detrois pieds à la naissance des fenêtres, & distingué par destoits semblables à celuy de la galerie si ce n’eit qu’ils ontbien moins de saillie, parce qu’ils ne sont pas soutenus d’unsecond mur. Ils deviennent même beaucoup plus petits à me-sure que Ia Tour s’éleve & se rétrécit. Le mur a du moins su fle rez de-chaussée douze pieds d’épaisseur 8c plus de huit Ademi par le haut. II est incrusté de porcelaine posée de champ*La pluye & la poussière en ont diminué la beauté. Cepen-dant il en reste encore assez pour faire juger que c’est £tleffet de Ia porcelaine, quoy que grossière. Ì1 y a beaucoupd’apparence que depuis plus de trois cens ans que cet ou-vrage subsiste , la brique n’auroit pas conservé le mém eéclat. L’escalier qu’on a pratiqué en dedans est petit & in-commode ,à cause que les degrez en sont extrêmement hauts*Chaque étage est formé par de grosses poutres mises eC1travers, & qui portent un plancher formant une chambre, dontle lambris est enrichi de peintures du pays. Les murailles desétages supérieurs sont percées d’une infinité de petites nichesque l’on a remplies d’Idoles en bas relief, ce qui fait une espè-ce de marquetage tres-propre. Tout l’ouvrage est doré & Pa-raît de marbre ou de pierres cizelées. Quelques-uns disentque ce n’est qu’une brique moulée & posée de champ. LeSChinois ont une addresiè admirable pour imprimer toutessortes d’ornemcns dans leurs briques, dont la terre extrê-mement fine & bien Passée est plus propre que la nôtre à pren-dre les figures du moule. Le premier étage est le plus éleve»Les autres font entre eux en même distance. On y compte centquatre-vingt dix marches presque toutes de dix bons pouces,ce qui fait cent cinquante-nuit pieds. Si l’on y joint la hauteurdu massif, celle du neuvième étage , qui est fans degrez, & J ccouronnement, on trouvera que la Tour est élevée de plussedeux cens pieds fur le rez-de-chaussée. Le comble n epas une des moindres beautez de cette Tour. C’est un g r ° smât qui prend au plancher du huitième étage, & qui s’élev®plus de trente pieds en dehors. II paraît engagé dans ungrosse bande de fer de même hauteur, tournée en volute,éloignée de plusieurs pieds de l’arbre > de forte qu'elle for^ien l’air une maniéré de cône vuidé & percé à jour,fur la p 0l , ntduquel on a posé un globe doré d’une grosseur extraordinaire*Cet ouvrage est le plus solide, le mieux entendu, & le P‘ umagnifique qui se voye dans l’Orient. Du haut de la Tour »on découvre preíque toute la ville , & fur tout la grande colta'ne de l’Ohservatoire qui est à une bonne lieuë de là , & st 1 ]reste au Nord demi quart à l’Est, de Ia boussole. On y aV ° ^autrefois pratiqué une plate- forme, & dressé des machines p roprés aux observations, mais les instrumens ont été transposeà Pékin , & l’on n'y voit plus que quelques bâtimens ancien
une grande íàlle quarrée, nouvellement bâtie en reconno* 'fonce de l’honneur que l’Empereur Camhy a fait à la ville dsta visiter.
La superbe ville dc Nankin, ayant été forcée de recevoir > e