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NAPLES. Ville d’Italie , qui en est estimée ía premièrepour la force & pour la beauté, quoy qu’elle ne soit que latroisième pour la grandeur. Elle a d’un côté de belles collines,de belles places, des Palais & des jardins, & de l’autre la vûcfur la pleine mer, qui luy sert d’objet agréable. Les anciensRomains faisoient tant de cas de la bonté de son air, que laplûpart des personnes distinguées avoient leurs maisons deplaisance aux environs. Elle est bien bâtie, les provisions yabondent, & il y a quantité de Noblesse curieuse de beauxchevaux. La plus belle de toutes ses rues est celle qu’on ap-pelle Strada di Tolède , qui est pavée de pierres de taille, & em-bellie d’un grand nombre de Palais & de fort belles maisons.La plûpart font couvertes de plateformes, où l’on peut prendrele frais. II y a plusieurs places publiques, où la Noblesse s’as-semble pour se promener selon ses rangs. Elles font toutes en-tourées de balustrades de fer & peintes au dedans. Les (Hu-mains qui avoient été Fondateurs de cette ville, Ja ruinèrentde peur que par fa puifíance, elle ne s’élevât au dessus de cellede Lûmes , où s’étant retirez, ils souffrirent une longue & ru-de peste, & furent avertis par I’Oracle qu’eile ne ceíseroitpoint qu’ils n’eussent rebâti Parthenope, qui étoit le nom queNaples eut d’abord, & qu’ils n’honoraffent le tombeau de cetteDéesse, qui s’y trouvoit ensevelie. Ainsi ils remirent la villesur pied, & l’appellerent Neapolis, de deux mots Grecs, quiVeulent dire Ville nouvelle. Les uns disent qu’elle fut l’ouvra-ge de Phalere, qui y fit mourir tous les Etrangers fans en ex-cepter aucun, non pas même laSyreneParthenope, dont leshabitans ont honoré le tombeau , & qu’ils adorèrent commeDéesse, fous la forme d’un oiseau. D’autres veulent qu’elleait été bâtie par Hercule , d’où elle fut appellée le nouveauChamp d’Hercule. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle est plusancienne que Rome, à laquelle elle fe soumit & garda tou-jours fa foy inviolablement, en reconnoissance de quoy lesRomains, non seulement au temps des Consuls, mais mêmedes Empereurs, Pont mise au rang des villes libres & confé-dérées , & Pont toujours cherie par dessus les autres. Elle estla capitale du Royaume de Naples, & le Roy d’Efpagne à quiil appartient, y envoye Un Viceroy tous les trois ans. Son Pa-lais est parfaitement beau, devant une grande place, où l’onVoit renouveller tous les soirs fa garde , qui est de quatreCompagnies d’autant de disserentes Nations, tant d’Infanterieque de Cavalerie, formée d’Espagnols, d’Alemans, de Da-mans & de Bourguignons, qui s’cn retournent tous dans leursquartiers l’épée nue à la main , au même ordre que les autresfont venus. Ce Palais est composé de trois grandes ailes, en-tretenues par des galeries qui Penvironnent. Les chambres, lessalles & ses autres appartemens font fort richement meublez.Au dessus de ce Palais est une terrasse, comme à la plûpart desgrands édifices de cette ville, d’où l’on a une vuë charmantefur la mer, fur touc le Port & fur les Isles voisines. La placequi régné des deux cotez de ce beau Palais n’est pas feulementagréable , parce qu’elle s’étend jusque sur le bord de la mer ,waÎ8 elle Pest encore par ses deux belles fontaines.La premierequi a été faite par le Duc de Médina, Viceroy , est la plus bel-le de la ville. Autour de son grand balïìn font huit lions detaarbre qui font autant de jets-d’eau, & entre eux plusieurs au-tres jets. Au milieu, il y a un bassin plus petit, où quatrehommes montez fur des tigres font rejaillir autant de fontaines,2c entre eux font des têtes de disserens animaux qui donnentleurs eaux d’une maniéré fort ingénieuse. Tout au milieu, onVoit une taise où quatre chevaux marins en fournissent en abon-dance . ainsi qu’un Neptune par son trident. La seconde fon-taine qui sert d’ornement à la même place, est de Gusman ,Viceroy. Les Dauphins & ses chevaux marins y forment dif-ferens jets d’eau, & du côté de la mer à P extrémité de la place,ïl y a une belle structure de marbre où font diverses statues.Deux femmes, deuxenfans, & au milieu quatre autres foû-tiennent un bassin qui reçoit ses eaux d’un jet d’eau fort éle-vé.On voie d’un côté & d’autre deux statues qui s’en envoyentl’une à l’auîre. Celle de la fontaine qui est dans la place devantce Palais, est reçue dans un aqueduc fur lequel d’espace en es-pace sont des tigres, lions & autres animaux qui fe donnentRs eaux les uns àux autres. A Pextrêmité de cet aqueduc, est*ane autre fontaine aussi de mabre. On y voit un grand Fleuvecouché, avec deux Esclaves des deux cotez qui jettent de Peauen abondance & quelques autres statues. II n’y a qu’un fossé quidistingue !e Palais du Viceroy d’avec le Château neuf, où ilPeut entrer par le moyen d’un corridor, en cas qu’il s’élevâcquelque tumulte dans la ville. Ce Château est le plus fort destrois qui font à Naples. II cil élevé au bord de la mer qui Par-afe û e tous les cotez. II y a dans ce Château un superbe Palais,
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rempli de meubles si riches qu’un Roy pourroit Poccuper. Iísemble être suspendu à cause de la quantité de mines, de caves& de lieux qui font dessous. C’étoit autrefois JeConVent,nommé Santa Maria dell.i N nova, qui appartenait à des FrereSMineurs de PObfervance. On Pappelloit aussi la Torre Maef-tra. Charles I. Roy de Naples, fit transporter ce Convent àPendroit où il est présentement, & fit un Château de cetteTorre Maëftra. Quelques-uns veulent que les quatre Tours démarbre de Piperno qu’on y voie, ayent été faites par l’ordred’AIphonfe I. qui ses fit bâtir fur le modèle de cette premiere*,Ils veulent aussi qu’il ait fait construire la cinquième Tour,qui est d’une pierre differente des autres 5 mais les Archivesde la ville font foy que les Normands en ont été les Fonda-teurs, & que la construction de ces^Tours, qui font 1e corpsde ce Château, a coûté deux cens trente-cinq mille écus,L’Empereur Charles-Quint rendit ce Château parfait en yajoûtant trois bastions, & en joignant la ligne de défense de-vant la courtine par le moyen d’une autre Tour qui est du cô*té de la terre, & qui fer voit autrefois comme d’avant-gardede ce côté-Jà, de même que celle de S, Vincent faifoit du cô-té de la mer, à une distance égale de la Tour Dell’oro> qui estimmédiatement au milieu de 1 ‘Atramontana , en ligne directe.Outre une grande quantité de pieces d’artillerie que l’on gar-de dans ses magasins, il y en a toujours quarante-deux fur lesremparts, & entre autres neuf que Charles- Quint y fit porterde ceux qu’il prit à l'Electeur de Saxe, lorsqu il le battit dansson propre pays & qu’il le fit prisonnier. On ne peut voiífans étonnement un canon qui est fur lc bastion dcl Sari Spi-rito. II pèse soixante & dix cantates de Naples, chaque can-tate étant du poids de trois cens livres. Ce canon porte centvingt livres de balle. 11 est tres bien travaillé & enrichi de fesetons depuis son embouchûre jusques à la culasse. Cette piecefut fondue du temps de l’Empereur Maximilicn, Prédecesseufde Charles Quint qui l’y fit porter d’Akmagne. On y litpour inscription Maximilianus Romanorum Imperator. Le mêmeEmpereur Charles-Quint, voyant que ce Château étoit fansfossez, & qu’il y avoit une grande vallée au bas du che-min, sit creuser en cet endroit & combler cette vallée de laterre tirée des fossez. II fallut pour cela démolir plusieursmaisons , & en bâtir d’autres par dessus. On y éleva aussiPEglife de l’incoronata. Quant â celle des Chartreux , quiétoit en ce temps-là dans un lieu si haut qu’on n’y pou-»voit aller qu’en montant, elle est aujourd’huy dans un en-droit enfoncé, où l'on ne va qu’en descendant par plusieurs de-grez. Avant que d’entrerdans le Château, on passe les vieillesfortifications & l’on voit entre deux tours un tres- bel Arc detriomphe. qui fut fait, dic-on, peur P entrée d’AIphonfe I.On y lit deux Inscriptions, dont l’une contient ces rnots ,Alphonfus Regum P rinceps banc condidit arcem , P autre est conçûéen ces termes, Alphonfus Rex lìifpanus . Siculus , ltalicus , Pnis,Clemens , Invittus. Sur une porte de bronze de cet Arc sontgravez en bas reliefs les plus grands exploits des Rois d’Ara-gon. Apres qu’on a passé cette porte, on remarque fur l'archi-trave de la partie interieure une peau de crocodile mise là parun Espagnol qui Pavoic apportée du Nil, pour s’acquitterd'un vœu fait à une Image de Notre-Dame de Bonport, quiest dans la Chapelle du Corps de Garde. On entre de-là dansune place d’armes q narrée, où l’on peut ranger mille Soldatsen bataille. D’un côté est un grand escalier de marbre de Pi-perno , qui conduit à une salle fort vaste & remplie d’un asse2grand nombre d’armes pour équiper cinquante mille hommes.Sa voûte est d’une architecture admirable. Cette inscriptionse lit sur la porte. Carolosecundo Rege H fpanìarum, fub tutela-ribus Aufpiciis Maria Deipar... Maria Aujlnaca matas , Armamen-tarïum injlruttum. II y a dans ce Château une Eglise appelléede l’Affunta , de saint Sebastien & de sainte Barbe. Élie estParoissiale , non seulement du Château . mais aussi du PalaisRoyal, de P Arsenal, délia Darfena & du Môle. On voit dansle Chœur de cette Eglise un tableau del’Adoration des Mages,du célébré Zingaro. dont les trois têtes font les portraits deCharles,Roy de Naples , du Prince de Salerne & du fils duDuc de Calabre. II y a aussi plusieurs autres tableaux sortessimez & de tres-belles statues de marbre. Un escalier decent cinquante degrez conduit à Pappartement des Prêtres,& l’on monte de-là au clocher. Ce qui fait la principalebeauté de ce Château, ce sont des sources abondantes d’eauvive que la nature y a distribuées en plusieurs endroits, desciternes merveilleuses que Part y a jointes & une fontaine quirecevant Peau par disserens conduits soûterreins ne peut jamaismanquer ni tarir. Prés de ce Château est la tour de saint Vin-cent , que Pon croît avoir été élevée par le Roy Charles & où