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pieds. L’on défend auíîî en ce lieu-là à qui que ce soit,quoy que la chaleur soit insupportable, de se servir deson éventail qu’ils portent tous dans leurs manches pour serafraîchir dans le besoin; mais il faut qu’ils tiennent leursmains en repos,l’une dans la manche de l’autre, & toutesdeux couvertes & fur la poitrine. Lors qu’on entre dans lagrande Salle des Audiences, avant que de joindre le Roypour le saluer, on est obligé de faire quatre génuflexionsles deux genoux en terre, le gauche le premier, ensuite ledroit, avec une profonde inclination de la tête jusqu’àterre. On commence cette cérémonie dés la porte de laSalle ou de l’endroit d’où l’on part pour avoir audiencedu Roy, ensorte qu’on soit à ses pieds à la quatrième re-verence. Alors celuy que l’on y admet fe leve, & joignantles mains avec les doigts entrelacez l’un dans l’autre , &couvertes des grandes manches de leur robe de dessus, illes porte en cette posture jusque sur sa tête , & aprés unemédiocre inclination qui est la derniere, il le salue en di-sant, Vive le Roy l’ejpace de dix mille ans. Lors que les grandsMandarins, aprés avoir eu audience , prennent congé dece Prince , ils sortent avec empressement de fà chambre &s’en retournent chez eux en courant. S’ils en usoient au-trement, ce seroit une incivilité inexcusable.
Tous les Cavaliers, de quelque qualité qu’ils soient,doivent descendre de leurs .chevaux ou de dessus leursélephans quand ils passent devant le Palais Royal. C’est àquoy l'on n'oblige point les femmes, mais quand la qua-lité des personnes qu’elles rencontrent est au dessus durang qu’elles tiennent, alors elles cessent d'avancer &c s’a-baissent pour s’asseoir fur leurs genoux. Dans cette postu-re elles joignent les mains, & font une profonde inclina-tion jusqu’à toucher la terre cinq sois avec le front. Onne se sert point de sieges dans le Tunquin pour la conver-sation ; l’on s’y contente d’une natte que l’on étend fur laterre. Les personnes distinguées s’entretiennent fur uneespece d’estrade élevée d’un pied, & couverte d’une bellenatte au lieu de tapis. Si quelqu’un de leur même condi-tion leur rend visite, ils luy donnent place sur la mêmeestrade, &s’il est inferieur ils le font asseoir plus bas furune natte double, la donnant simple aux personnes de mé-diocre condition , & ne laissent que la terre fans natte àceux qui font de la populace. Ils ne traitent jamais d’af-faires en fe promenant, mais toujours assis ou debout fansremuer les mains. Si un Tunquinois en rencontre un autrequi luy soit égal, il le salue en disant , fe me réjouis avecvous, 8c s’il le regarde comme étant d’un rang au dessus deluy, il luy donne la main gauche par honneur, pour luytémoigner que s’il fe conserve la liberté de la droite , c’estpour le défendre contre ceux qui le voudroient insulter.
Ils accompagnent cescivilitez de festins & de banquetsdont ils se régalent réciproquement, & plusieurs fois cha-que mois. Ce qu’il y a de fort condamnable , c’est qu’ilsne mangent & ne boivent jamais qu’avec excez, ensorteque celuy qui s’en acquitte le mieux est le plus considéré.Au lieu de pain ils usent de ris qui est cuit fans sel, à quoyils ajoutent du poisson de diverses especes, de la chair debuffle, de bœuf, de coqs,de poules & de porc, & commeiï tout cela ne suflisoit pas pour rassasier leur gourmandise,ils multiplient les mets & chargent les tables, qui font pré-parées à terre fur une natte pour ceux du commun, ourondes comme un tambour pour les gens de qualité. Cetteforte de table est pourtant si basse , que pour y mangercommodément, il faut être assis à terre & avoir les jambescroisées. Celles des Princes & des grands Seigneurs fontdisposées avec quelques nattes de jonc fur une pierre plate.On sert quelquefois la chair des jeunes élephans fur celledu Roy, comme quelque chose de fort délicat, mais furtout la trompe qui passe en ce Pays-là pour un mangertres délicieux. La chair de cheval ne leur déplaît pas, nonplus que celle de tigre , de chien , de chat, de taupes , decouleuvres, de chauvesouris,de civettes, & autres sembla- jblesanimaux. Ils mangent indifféremment les œufs de ca-nards , d’oyes ou de poules, fans avoir égard s’ils sont oucouves ou frais. Ils sont fort sales dans leurs repas, & nefe lavent jamais les mains devant ni aprés, à cause quetout ce que l’on sert sur leurs tables est coupé par mor-ceaux, & que pour les prendre ils ont deux petites baguet-tes d’ivoire, ou de quelque espece de bois solide de lalongueur de demi-pied , dont ils se servent au lieu decuëillers & de fourchettes. C’est pour cela que l’on n’yvoit point de serviettes ni de nappes, & qu’il leur sussit !
que leurs tables rondes soient peintes de ces beaux vernirouges ou noirs, que l’on tâche inutilement d’imiter ai 'leurs. Ils boivent beaucoup , & quoy que leur vin nefasse ordinairement que de ris,il est aussi violent que 1 c aU 'de-vie. L’ivrognerie ne passe chez eux que pour une g^Tlanterie, pourvu que celuy qui en a pris l’habitude neporte à aucune violence. Si quelqu’un s’apperçoit qu il ° epourroitplus fe contenir s’il continuoit de boire, d ° e 'mande la liberté de fe retirer & s’en va dormir. Ils rond’ordinaire quatre grands repas par jour, & fi un momenaprés quelqu’un les invite à venir manger chez luy, A s n Xmontrent pas moins d’avidité que s’ils étoient encore ajeun.Le mets qu’ils estiment davantage dans les grands fe -tins où ils sont appeliez par leurs pareils, c’est un plat d hej'bes odoriferentes assaisonné avec de petits morceaux qviandc ou de poisson crud , auprès duquel il y a ordm* 1 'rement une grande tasse de leur bon vin , dont chacun deConviez fe sert comme d’un antidote pour aider à 1 est 0 'mach à cuire ces cruditez.
On doit admirer la Discipline militaire qui régné p ar 'mi ces Peuples, & en laquelle les Capitaines les plus exp c 'rimentez élèvent ceux qui s’enrôlent dans les troupe 5.Chaque Province a des gens qui ont commandé dans learmées, & qui sont obligez de faire faire tous les jo°fl’exercice aux Soldats, & de leur apprendre à se f erVladroitement du mousquet en tirant au blanc. Le R°f *toujours trois cens mille de ces hommes-là , qui se rende°à ses ordres par tout où il veut, outre quarante mille q 01demeurent ordinairement auprès de fa personne pour 1garde. II y a dans le Royaume de la poudre en quantité, ^il s’y fait des mousquets en si grand nombre, qu’en tcmP’de guerre on en pourroit armer cinq cens mille homme*II y a aussi des lances, des piques , des javelots, des épées *deux mains dont les poignées ont plus d’un pied de 1°"gueur, & dont les lames sont faites comme celles desciweterres. Ils les portent d’ordinaire toutes nues & éleveecomme des halebardes. Elles sont si polies & fi éclatantes»qu’il semble en les voyant au Soleil que ce soient atitad^de feux allumez. Ils se servent d’arcs, de flèches & d arb alêtes, & ont comme nous l’ufagc des canons & des grenades. A l’exception du soufre qu’on apporte cn partie <*dehors, on trouve dans le Tunquin du plomb, du fer »‘qd’autres métaux que l’on tire en fort grande quantité demines qui s’y rencontrent.
Quant aux forces maritimes, le Roy met en mer deU^mille galères , fans compter un nombre infini d’autres P £tits bâtimens. Ces galères ont environ trente-cinq PJ £d.e long fur quinze de large. Elles n’ont rien fur les cotequi avance au dehors, & font fans éperon à la proue. Lep^gouvernail est semblable à ceux dont on se sert sur I 3 rlviere dans les grandes barques, non furie côté, mais vele milieu de la pouppe. Quelques unes, comme toutes ce .les de la flore Royale , ont trente rames de chaque cote »d’autres n’en ont que vingt-cinq, & les moindres so te
dix-huit ou
vingt, mais il*n’y aqu’un seul homme à cb aque rame, de sorte que d’ordinaire toute la Chiourrnn’estque de cinquante ou soixante hommes, qui sont aubons Soidats que bons Matelots, quand il faut quitterrame pour le mousquet. On ne conduit pas ces sortesvaisseaux à coups de sifflet. Le Pilote qui est fur un liedla pouppe élevé en forme de loge, en frappant d’un p et _: bâton fur un autre qu’il tient à la main , tantôt promp tej ment, tantôt lentement, marque le mouvement qu’il le| faut donner , & les rameurs le suivent avec une fi gra°j justesse , qu’ils fe trouvent toujours d’accord ,de quelq ufaçon qu’ils voguent. Toute la Chiourme de la Oale^Royale doit être de jeunes gens adroits ,de même âge .d’une même hauteur. Us vont presque toujours nuds J u jqu’à la ceinture, & leurs habits ordinaires ne font que .toile comme leur bonnet & de la même couleur. Le siedplus honorable est à la proue , où il y a une chambr® P r °portionnée à la grandeur du vaisseau, ornée par dehorsplusieurs sculptures enchâssées dans for, & pavées pardans de lames d’or , d’exquises peintures & de drapsfoye. Le plancher est toujours couvert de tapis de natde jonc, avec une balustrade & de petites colomnes toistl’entour en forme de galerie où font quelques pieces d atillerie de huit livres de balle fur leurs affûts. Eli^ s ,° cchacune leur tiìlac. La pouppe & la proue qui sont d 0forme ronde , paroissent également relevées hors de 1 £à la hauteur dc quatre ou cinq pieds, Sc sont orfl eeS