66 4 T U N
par derriere, & âpres luy avoir noué ses cheveux fur lesommet de la tête, il sa luy abbat d’un revers de coutelas.Comme la Loy défend de faire mourir les Princes du Sang& les Nobles par le fer, parce qu’il n’y a que les gens debaffe condition à qui Ton coupe la tête, quand il faut punirquelqu’un du premier rang, on luy décharge fur la tête uncoup de bâton d’un bois précieux qu’on nomme Sandal, &qui a trois pieds de long.Pour lesNobleson les étrangle oubien on les pend.C’est parmi eux le genre de mort le moinsinfâme. Les plus ignominieuses des peines font celles donton punit les Larrons. On les expose trois jours à la risée duPeuple,assis fur une charrette au milieu d’une Place publi-que , sens aucun abri & aux ardeurs du Soleil. On menede-là le Criminel au supplice par de longs détours en lemaltraitant incessamment ; & de ruë en rue le Prévôt faitsonner un timbre, au bruit duquel on s’arrête quelquetemps pour faire lecture de la Sentence.Alors l’Executeurprenant un rasoir,coupe un morceau de chair à ce miséra-ble, & cette inhumanité fe renouvelle autant de fois quele Prévôt fait sonner le timbre & lire la Sentence. Lors quel’on est arrivé au lieu où l’exeeution fe doit faire , on ledescend tout chargé de playes, & aprés qu’on luy a coupéla tête , on divise le corps en plusieurs pieces que l’on ex-pose en divers quartiers. S’il arrive que quelqu’un du sangRoyal fe soit révolté,on luy met le cou entre deux bâtons,comme les deux bras d’une échelle, & ceux qui font desti-nez à ce triste office , ferrent ces bâtons avec tant de vio-lence, qu’ils luy ôtent la respiration. Pour s’asseurer s’ilest mort, ils allument deux flambeaux, & si aux approchesde ce feu il montre encore quelque sentiment,ils le ferrentdavantage, jufqu’à ce qu’il ne donne plus aucune marquede vie. On coupe le nez à un Soldat qui a deferté, & s’il estCapitaine,on luy coupe aussi les pieds. Pour punir les que-relleurs , on leur donne fur les doigts, & selon la qualitéde la faute,on leur en coupe un,ou tous ensemble.Les ho-micides font condamnez à la peine du talion ,avec ce sur-croît, que celuy qui a tué est obligé d’acquitter le Mortenvers l’épargne ,du tribut qu’il auroit payé depuis sagede vingt ans jufqu’à soixante qu’il auroit pu vivre; & afinque la Chambre Royale ne perde rien de fes droits, si leMeurtrier n’a pas de quoy satisfaire, la Justice y obligetoute la famille.Qup s il n’a pointdeparens,ouqu’ils soientfans bien , la ville d’où il est natif en est responsable.
La façon de contracter le mariage chez les Tunquinoiscommence par les fiançailles. Les parens du futur époux ferendent chez la prétendue épouse , & luy font quelqueprésent de peu de valeur. Si elle le reçoit, cet agrémentsuppose le consentement donné. Selon la Loy du Royaumele mari est obligé de porter à la femme la dot qu’on a sti-pulée avant que l’on paílè au mariage, & cette coutumequi la dispense de rien apporter à la communauté, luy estd’autant plus désavantageuse, qu’étant regardée comme sion l’achétoit,ellc devient en quelque façon l’efclave de sonmari, qui est obligé au jour fixé pour les noces de faire unfestin superbe aux parens des deux familles, &d’envoyerau Mandarin & aux Conseillers du lieu quelque argent, &une certaine quantité de ris, de vin & de viande, asin quetout le bourg puisse être ce même jour dans la bonne che-re & dans la joye. Le festin fe fait le plus souvent chez lamariée, que les parens accompagnent le soir au logis dumarié, en chantant & au son des instrumens. Si-tôt qu’elley est entrée, elle va dans la cuisine,où elle adore le trépiedqui est fur le foyer. Cette superstitieuse cérémonie s’ob-ferve en mémoire d’une femme qui ayant épousé deuxmaris en même temps, vécut parfaitement unie avec euxdans une même maison reprefentée par la cuisine, commeces trois personnes le font par le trépied , ce qui leur fitmériter d’être mis au rang des Dieux. Les nouveaux ma-riez ont accoutumé de leur adresser des vœux, afin qu’ilsles fassent joiiirde la même paix qu’ils ont eue en cette vie.La mariée aprés avoir adoré le Dieu du foyer, va faire com-pliment à fes ayeux & bifayeux, vivans ou non,ct leur faitplusieurs reverences, comme s’ils étoient prefens; & enfinelle fe prosterne en terre, protestant qu’elle veut être sou-mise à son mari tant qu’elle vivra. Ces cérémonies fontobservées toutes les fois qu’un mari ,qui n’est pas contentde fa premiere femme qu’il a épousée en recherche d’au-tres ; mais les dépenses ne sont pas si grandes aux secondesnoces. Si cette premiere femme est stérile, ce qui est pourelle une espece d’insamie, elle presse son mari d’en prendreune autre, & s’il en a des enfuis, ou d’une troisième,ou de
T U N
quelqu’autre que ce soit, ils appellent du nom de ®? e 'non pas celle dont ils font nez qu’ils nomment leur 1® *mais la premiere quoy que stérile. Les répudiations onaussi permises; mais le seul mari est en pouvoir de répu ®fa femme, & non pas la femme de faire divorce avec 0mari. Pour cela il prend devant des témoins la fourche®de bois dont il a coutume de fe servir dans fes repas,& arompt en deux, ce qu’il fait de la même sorte d’une p® ltemonnoye de cuivre , dont il garde la moitié & donne 1 aUtre à la femme qu’il répudie.
Les Médecins Tunquinois conviennent tous de ce p® 0 "cipe, que les maladies doivent être gueries par leur contraire, de forte que s’ils conjecturent que l'infirmité donun malade fe plaint,ait pour cause une chaleur intempe reC »ils ordonnent aussi tôt des remedes froids, & s’ils J u § enqu’elle vienne de quelque humeur froide, ils ont recon sSaux remedes chauds. Ils fe fervent ordinairement de lagnée, & plus rarement de ventouses, qu’ils appliquent inla partie affligée. Si la douleur continue,ils ordonnentdiette,qui consiste à ne manger quedu ris cuit dans de 1 eaUavec un peu de poisson sec salé, ou un œuf de canne ctut'age. Les lancettes ne font point en usage parmi eux, &■ils fe fervent pour ouvrir la veine d’un fragment de p° r *celaine fine. Si le mal s’irrite contre les remedes, le mabfe met entre les mains du Magicien, qui aprés avoir con-sulté les Livres, invoque le secours du Démon, ou desp arens défunts du Malade , & il I’oblige de leur ossrir q 1 ® ^ques sacrifices pour les avoir favorables. On immolesieurs animaux dont leMagicien prend toujours la meifl cur .part, & tant qu’on efpere quelque amendement, ces sap®fices font incessamment renouveliez. Lors que le Mag< cieabandonne le Malade,parce que son art ne fçauroit Y a ^ C J ele mal, les parens recourent au dernier remede, qu> e ®prier quelque Sorcière d’en prendre le foin. Cetteprend un grand miroir de bronze, & au son d’un taniboi^qu’elle frappe plusieurs fois avec de certaines inaptesrions qu’elle prononce confusément & de temps eia tenss^entre fes dents, elle fait paroître dans ce miroir des p^ rsonnes mortes que les parens du Malade qui font assemmont connues pendant leur vie,leur faisant croire q ueí vMorts luy disent secrettement, ce qu’il saut faire pourguérison. Les parens luy accordent volontiers toutqu’elle leur demande de la part des Morts, & si le maldiminue point, alors ils fe mettent fous les armes, Sc c°Prefit par tout le logis le cimeterre à la main. On less’efcrimer en l’air comme des Gladiateurs, & porter cecoups d’estramaçon dans chaque recoin, persuadez q u 1 _blesseront les esprits qui s’y font cachez,lesquels ilssent être la cause de la maladie , & empêcher l’effetremedes. , s
Quant à ce qui fe pratique dans le Tunquin à l’ég ar<aMorts, les parens leur ayant fermé les yeux , charge 1 ® u ,-j stable de toutes fortes de viandes & d’excellent vinjfl 11 ^approchent du lit où le Mort est étendu. Ils l’invites® ,boire & à manger avec eux, & employeur quelque tesn P| í5cette ridicule cérémonie , pour faire connoître quechoses nécessaires ne luy ont point manqué tant q u 1vécu,puis qu’ils ne luy épargnent rien même aprés fa w? 'Gela étant achevé, les Prêtres des Idoles viennent reC i eleurs prières d’un ton triste & languissant, & en® £ -temps si rude, qu’on croiroit entendre des démons flhurlent. Ces prières faites on consulte les Devins pourvoir d’eux l’heure la plus favorable à rendre au Défuntderniers devoirs, & en quel endroit ils le pourront en terer. Lors qu’on est d’accord du lieu & du jour, ils P r,e ^ equelqu’un de ceux qui ont soin d’enfevelir les Morts,revêtir le Défunt de fes plus riches habits, aprés avoir cployé des eaux de senteur à le laver; & afin que p e ® 011 j en’ait la hardisse de le dépouiller, ils renferment dan* - scercueil avec le corps quelques figures horribles de n
Í ieint, comme autant de sentinelles pour empêcher seseurs de s’en approcher. II arrive quelquefois qu’ils gdent le cadavre plusieurs jours en la maison,à cause Q .selon leurs supputations annuelles , l’année où est ^celuy qu’ils regrettent , porte le même nom que c£ ^dans laquelle il étoit né. Ils laissent le cercueil ouve®»ne le serment qu’au septième jour, pour observer si 1 a .ne retournera point dans ce corps. Quand la corrup 1 -j 5leur a ôté l’esperance du miracle de la résurrection duss^fe flatent, ils sont publier dans le bourg le jour qu ^>itvent enterrer le Mort, afin que le concours du Pe lI P je j uS